Situé sur la route principale de Terre Rouge, Les Meubles Meunier est un atelier et magasin spécialisé en meubles et objets de décorations en rotin. Chaque jour depuis trente-trois ans, on y travaille et natte le jonc à la main.

Scope a suivi les différentes étapes de fabrication avant que cette tige originaire d’Asie prenne différentes formes. Un métier et un savoir-faire que Sylvio Bontemps et Georges Augustin continuent de transmettre à leur petite équipe pour permettre à cette tradition artisanale de perdurer. D’autant que le rotin est à nouveau tendance en décoration.

Le fauteuil coquille est sans aucun doute la star indémodable du mobilier en rotin. Chaque famille “en a possédé au moins un. Aujourd’hui encore, les gens viennent vers nous pour réparer des pièces qui datent de plus de 75 ans”, confie Sylvio Bontemps, l’un des trois propriétaires des Meubles Meunier. Dans le magasin à Terre Rouge, ce fauteuil trône dans la vitrine d’exposition. On y trouve aussi d’autres meubles et objets : berceaux, paniers, tables, canapés, fauteuils, armoires, lampes, abat-jour…

Douceur et robustesse.

Le rotin résiste au temps et à tout. Du moins “à presque tout”, souligne Sylvio Bontemps pour expliquer les raisons de la notoriété de cette matière auprès des Mauriciens. À voir les différentes possibilités de formes et de créations, il est clair qu’il est bel et bien fini le temps où le meuble en rotin était réservé uniquement à la génération des grands-parents et arrière-grands-parents. La douceur, l’aspect épuré et naturel et la robustesse de cette fibre naturelle originaire d’Asie du Sud-Est trouvent grâce auprès d’une clientèle en quête de chic, de pièce sur-mesure, de contemporain ou de vintage.

Outre sa légèreté permettant d’élaborer du mobilier pratique et facile à déplacer, “cette matière se prête sans aucun problème à notre climat tropical et ne nécessite pas de grand moyen d’entretien. Le prix n’est plus aussi abordable qu’avant et nous avons eu de la concurrence avec d’autres matières comme la plastique, mais ces quelques années de passage à vide n’ont pas eu raison du rotin. Heureusement pour nous qu’il est revenu à la mode”, précise notre guide, dont les pièces traditionnelles et restaurées côtoient des créations plus en vogue.

Tout est fait à la main.

Les Meubles Meunier, c’est avant tout l’histoire de deux passionnés, Sylvio Bontemps et Georges Augustin. Avant de s’installer dans l’emplacement situé sur la route principale de Terre Rouge, ils ont commencé à fabriquer chez eux leurs premiers meubles en rotin. “Travailler à la maison ne nous ramenait pas beaucoup de clients et il fallait absolument trouver une solution.”

C’est finalement Eileen Meunier qui va permettre à l’aventure de cette entreprise de prendre naissance en 1985. La famille de cette dernière tenait une boutique et décida de leur offrir un espace d’à peine “8 pieds carrés”. De bouche à oreille, les clients ont franchi la porte. Aujourd’hui, le carnet de commandes ne désemplit pas. De quoi les encourager à poursuivre dans ce domaine.

C’est à la main que les propriétaires ont appris, puis transmis patiemment l’art de redresser le rotin à leur vingtaine d’employés. “Il n’existe pas de formation particulière dans ce métier. Le travail s’apprend sur le tas; cette matière, il faut la respecter”, confie Sylvio Bontemps. “On le fait surtout par amour, sans jamais compter ses heures.” Arlequin à la main, ils ont appris, puis transmis l’art de redresser le rotin. La particularité de leur vocation est “qu’aucune machine ne peut faire ça à ce jour”.

En effet, chez Les Meubles Meunier, on continue à “natter” les meubles en utilisant le minimum d’outils : un sécateur, une scie, un marteau et un chalumeau. Ici, parmi les amas de rotin, il n’y a pas le moindre appareil électrique.

Meubles sur mesure.

Pour mieux comprendre, direction l’atelier. Premier arrêt devant un ouvrier qui fait soigneusement et méticuleusement chauffer le rotin “sans le brûler”, à l’aide d’un chalumeau. Le jonc sert le plus souvent aux armatures et aux structures. Le processus permet “de détendre les fibres, tout en sentant les forces et les faiblesses de la matière” et éviter ainsi la rupture lors du pliage pour obtenir le galbe parfait à l’aide d’un gourgourie. “Sa solidité et sa grande souplesse permettent d’obtenir des formes très variées, parfois même très complexes. Ce qui permet de créer des meubles entièrement sur mesure et de s’adapter à n’importe quel intérieur.”

Une fois la structure de base complétée, d’autres ouvriers prennent le relais en veillant à la solidité des ligatures à travers le nattage ou tressage serré et précis. Ils utilisent alors l’osier, la paille ou la moelle du rotin. Selon les styles, les demandes et les envies, les meubles sont laqués, vernis et peints avant la livraison.

Dans ce “désordre”, on repère des formes de tous calibres, des gabarits de chaises et fauteuils qui évoquent la richesse de cette petite entreprise qui opère en ce lieu depuis trente-trois ans. Dans chaque coin et recoin, les artisans rotiniers mêlent force, dextérité et délicatesse à assembler ou réparer à la main différents meubles ou objets.

Aujourd’hui, la matière première, importée d’Indonésie, coûte cher, mais cela n’enlève rien à la touche exotique et originale d’un meuble en rotin. Comme le conclut le propriétaire, “c’est un investissement rentable, qui peut avoir une durée de vie de plus de quarante ans. Associé à d’autres meubles et matières, le rotin ajoutera une touche de poésie et de délicatesse à votre décoration”.