Le Premier ministre Narendra Modi a remporté haut la main jeudi un deuxième mandat à la tête de l’Inde, cimentant la suprématie des nationalistes hindous sur le paysage politique et sociétal du géant d’Asie du Sud.

En début de soirée, le chef de gouvernement de 68 ans a fait une entrée triomphale au siège de son Bharatiya Janata Party (BJP, Parti du peuple indien) à New Delhi, sous une pluie de pétales de roses et les hourras de ses partisans.

Ces élections législatives « reflètent l’attachement du peuple à la démocratie. Le monde entier devra en prendre acte et reconnaître la force démocratique de l’Inde », a lancé l’homme fort du pays depuis une tribune à ses supporters.

« Chaque moment de mon temps, chaque partie de mon corps, seront uniquement consacrés au peuple de ce pays », a déclaré Narendra Modi, dont le premier mandat à la tête de cette nation de 1,3 milliard d’habitants a été marqué par une crispation politico-religieuse et une polarisation de sa société.

Le dépouillement encore en cours donnait à 20H30 locales (15H00 GMT) autour de 300 sièges au BJP, sur 542 députés élus à la chambre basse du Parlement, au cours d’un gigantesque scrutin étalé sur six semaines, d’après le site de la commission électorale.

L’hémicycle de la Lok Sabha offrira pour les cinq prochaines années une écrasante dominante safran, la couleur des nationalistes hindous. Le BJP y détiendra encore seul la majorité absolue, un tour de force dans ce pays habitué aux larges coalitions.

Principale formation d’opposition, le Congrès devrait remporter seulement près de 50 circonscriptions, une douche froide pour ce parti-clé de la politique indienne depuis l’indépendance en 1947.

– « Nation hindoue » –

Pratiquant une ultra-personnification du pouvoir et doté d’un sens politique redoutable, Narendra Modi avait fait de ces législatives un quasi-référendum sur sa personne. Cet adepte d’une gouvernance par coups d’éclat (bombardement au Pakistan, démonétisation surprise de billets…) avait axé sa campagne sur un discours sécuritaire anxiogène, s’érigeant en défenseur de la nation.

« Il a amené le programme nationaliste hindou dans chaque foyer. Il a dit que le pays était en danger à cause du Pakistan et les gens l’ont cru », analyse Hemant Kumar Malviya, professeur de sciences politiques à l’université hindoue de Varanasi.

Plus tôt dans la journée au siège du BJP, des militants du parti fêtaient leur victoire en allumant des pétards et dansant au rythme de tambours. « Le drapeau safran a gagné, l’heure est venue pour la nation hindoue », criait un homme âgé dans un haut-parleur.

« Modi rendra sa grandeur à l’Inde », a déclaré à l’AFP Santosh Joshi, un partisan du BJP, en référence au slogan électoral du président américain Donald Trump, « Make America great again ». « Modi est le Premier ministre le plus fort que l’Inde ait jamais eu et aura jamais ».

Dans un contraste frappant, les militants avaient déserté le quartier général du Congrès dans l’après-midi. « Modi a menti tout du long et a trompé le pays et ses soutiens », affirmait l’un d’eux, Dinesh Koushik.

Des stars de Bollywood aux modestes vendeurs de rue, des agriculteurs de la plaine du Gange aux magnats milliardaires, 67% des 900 millions d’électeurs indiens se sont exprimés pour ces 17e législatives depuis l’indépendance.

– Congrès pulvérisé –

Narendra Modi, charismatique fils d’un vendeur de thé du Gujarat (ouest), affrontait dans les urnes une myriade de puissants partis régionaux bien décidés à le faire chuter, ainsi que l’historique parti du Congrès emmené par l’héritier de la dynastie politique des Nehru-Gandhi, Rahul Gandhi.

Le BJP a infligé au Congrès l’une des pires défaites de son histoire, cinq ans après l’humiliation de 2014, qui risque de plonger la formation fondée en 1885 dans une nouvelle crise existentielle.

Preuve du séisme: Rahul Gandhi a même perdu la circonscription familiale d’Amethi, dans l’Uttar Pradesh (nord), l’un des bastions traditionnels des Nehru-Gandhi. Il siégera tout de même au Parlement car il se présentait en parallèle dans une circonscription du Kerala (sud).

« La campagne (du Congrès) a été un désastre et leur existence même est maintenant en question », a estimé Hartosh Singh Bal, journaliste politique au magazine The Caravan.

De la Chine à Israël en passant par le Japon ou la France, les messages de félicitations adressés au Premier ministre ont afflué du monde entier.

« J’ai hâte de travailler avec lui pour la paix, le progrès et la prospérité en Asie du Sud », a tweeté Imran Khan, le chef de gouvernement pakistanais. L’Inde et le Pakistan ont connu une grave crise au début de l’année, allant jusqu’à des combats aériens entre leurs deux armées au-dessus de la région disputée du Cachemire.