Pauvreté et misère
Au coeur de ces 9 principes élaborés par la commission Justice et Paix, une approche humaine favorable à la véritable autonomisation (empowerment) des personnes vivant dans la misère, une vie indigne de la dignité humaine. Nous utilisons en français le terme « personnes vivant dans la misère » pour distinguer des pauvres qui, eux, vivent une certaine dignité faite de simplicité de vie, de liberté devant les possessions emprisonnantes, de sagesse issue de leur enracinement dans les choses basiques de la vie. Dans la misère les personnes ne vivent pas de dignité parce qu’elles vivent en dessous du minimum vital, démunies devant les maladies, les handicaps. Coupées des opportunités, elles ne sont pas propriétaires de terres, sont squatters, vivent dans des bidonvilles en agglomérations en mal d’équipements sociaux. Le seuil de misère est fixé par la Commission à Rs 10,000 de revenu d’un ménage de quatre personnes. Mais on verra que pour le gouvernement ce seuil est actuellement à Rs 6,500, après avoir été à Rs 5000. On peut comprendre que pour les besoins de l’application concrète des financements il convient de fixer un chiffre. Mais dans la réalité nous plaidons que ce chiffre concerne un minimum que l’on doit appliquer au cas par cas.
1. Le logement est un droit humain
Le logement décent est un droit humain fondamental inscrit dans la Déclaration universelle des Droits humains, Article 21,1 dont la République de Maurice est signataire. Ce droit comprend la nourriture, le vêtement, le logement, les soins médicaux, les services sociaux, la sécurité en cas de chômage, de maladie, de handicap, de veuvage, de vieillesse.
La commission Vérité et Justice en page 2, paragraphe 9 du Volume Un indique que des plans de relogement ont échoué malgré les bonnes intentions.
2. Une Maison (pas seulement un logement)
Une maison est un besoin de base qui permet à des personnes humaines de remplir leurs activités quotidiennes : se reposer, préparer à manger, le lavage et nettoyage, l’éducation, la santé, la socialisation, la culture. La personne humaine doit habiter sa maison avec un sentiment d’appartenance qui lui donne suffisamment de confiance en elle-même pour qu’elle puisse s’arracher du cycle de la misère et s’engager dans son développement intégral et celui de sa famille. Adaptée au climat tropical, la maison doit être en phase avec le concept Maurice Ile Durable, un plan qui respecte la culture mauricienne et la dimension de la famille notamment pour éviter la promiscuité. La Commission recommande des maisons d’une chambre à coucher pour un couple, de deux chambres pour une couple et un enfant, de trois chambres à coucher au minimum pour un couple et plusieurs enfants – ce qui permet aux filles et aux garçons d’avoir des chambres distinctes.
3. L’infrastructure pour des communautés dans la durée
Dans les projets de création de villages ou d’agglomérations, les infrastructures communautaires comprenant les aménités sportives, jardins d’enfants, centres communautaires, espaces verts doivent être complétées avant l’installation de nouveaux résidents. On veillera aussi à l’accessibilité (transport en commun) aux institutions scolaires, aux commerces, aux centres de santé et aux centres récréatifs.
4. Participation financière
Être partie prenante de sa maison est un droit, un privilège et une responsabilité. La participation financière donne une responsabilité citoyenne pour la maintenance, l’agrandissement, la sécurité et le sentiment d’appartenance. Chaque budget des ménages bénéficiaires du logement social devrait faire l’objet d’une évaluation qualitative (non quantitative) afin de déterminer le quantum de remboursement de sa maison. En général la contribution devrait tourner autour d’un tiers du coût total, excluant la terre et les infrastructures.
5. Critères d’éligibilité pour un logement social
Rs 10,000 : c’est le revenu minimum par ménage. Ce minimum doit être souple et personnalisé dans son application pour éviter son caractère de tout ou rien. Un ménage dont le revenu serait de Rs 10001 ne serait pas éligible ; nous demandons une approche compréhensive et non pas technicienne. Des cas spéciaux existent. Une veuve avec trois enfants touchant la Sécurité Sociale de Rs 5,500 ne serait pas éligible alors qu’une autre veuve sans enfant touchant Rs 5000 le serait ! Les « bénéficiaires » doivent être identifiés par un comité composé de représentants des Ong, de la NEF et du CSR et non pas seulement par des personnes sous la coupe d’un politique.
6. Le contrat social
Le contrat social encourage et éduque la responsabilité citoyenne. En tant que contrat moral, le contrat social vise à l’empowerment des personnes. En ce sens, il doit promouvoir l’initiative, la responsabilité et proposer des « incentives », plutôt que de brandir des interdits. Il doit respecter la culture des pauvres comme par exemple le sens de l’hospitalité et du partage au lieu d’imposer la culture individualiste de classes moyenne et bourgeoise. L’approche doit être de participation qui inclut les familles, les Ong d’expérience, des professionnels / personnes ressources et la NEF.
7. L’accompagnement social
L’accompagnement social compétent, soutenu et durable est la condition sine qua non de la réussite d’un plan de relogement social. Il s’agit d’une proposition d’évolution fondamentale dans la vie de personnes qui passeraient de l’exclusion (parfois l’auto-exclusion) à l’intégration, mais dans le respect de leurs différences. La CJP recommande un accompagnement social avant, pendant et après avec des programmes de formation du style life management donné par Caritas afin que les personnes deviennent progressivement les acteurs de leur propre intégration. Le know-how développé par les travailleurs sociaux des Ong sur le tas doit être mis à contribution et ces accompagnateurs doivent bénéficier de formations adéquates pour développer une approche professionnelle.
8. Des communautés humaines et durables
En accord avec les principes de la bonne urbanisation pour des communautés durables les principes suivants devraient être appliqués :
• Les lotissements ne dépassant pas une cinquantaine de maisons.
• Veiller à une heureuse mixité avec un équilibre social et économique.
• Éviter l’isolement et la concentration des cas sociaux pour favoriser la construction nationale.
• Dans les cas d’expulsion, favoriser des mesures préventives comme les avertissements.

9. Un travail de partenariat
Une approche participative et partenariale favorise les échanges des idées et la promotion d’une culture de société civile pour atteindre l’intégration sociale. La NEF devrait promouvoir cette approche avec tous les acteurs concernés et intéressés : les familles elles-mêmes, les Ong, le Secteur privé.
Concluons en disant que cette approche demande du temps et ne saurait apporter des résultats probants pour qui veut des résultats immédiats. Souvent les décideurs sont des gens pressés qui, avec une approche technicienne attendent des résultats visibles, immédiatement chiffrables. L’humain échappe à ces critères.
15 avril 2012