— Tu ne connais pas un quelqu’un de bien placé dans le gouvernement, par hasard ?
— Pourquoi tu cherches quelqu’un de bien placé au gouvernement ? Tu as un problème ?
— C’est pas moi, c’est ma coiffeuse. Elle doit transférer son petit salon, mais on lui fait toutes sortes de niches, je te dis.
— Ki senla ?
— L’administration.
— Mais quelle administration.
— Toutes celles dont elle a besoin pour avoir ses permis
— Mais quels permis ?
— Les permis pour le transfert de son salon de coiffure.
— Mais pourquoi elle veut le transférer, il n’est pas bien là où il est sur la grande route ?
— Oui, mais le propriétaire a besoin de son bâtiment, donc il faut qu’elle parte.
— Et elle va aller où ?
— Chez elle.
— Comment ça chez elle ? Tu viens de me dire que son propriétaire l’a mise dehors ?
— Elle va déménager son salon chez elle, dans sa maison, tu comprends ?
— Mais si elle va installer son salon dans sa maison, pourquoi elle a besoin de permis ?
— C’est la loi.
— De quels permis elle a besoin, comme ça ?
— Plusieurs. Le principal c’est celui de la municipalité, mais il faut avant celui du CEB, de la CWA et de la RDA.
— Tous ces permis pour qu’elle déménage son salon de coiffure dans sa propre maison ? Mais pourquoi elle a besoin de tous ces permis. ? Qu’est-ce que la municipalité a à faire dedans ? Elle a fait construire un bâtiment, elle a ajouté une nouvelle pièce à sa maison ?
— Elle n’a touché à rien du tout. Elle a tiré les meubles de son salon pour les remplacer par les affaires du salon et changé de rideaux. C’est tout.
— Il faut un permis pour ça ?
— D’après la municipalité en tout cas, une dame mari minante qui travaille là-bas.
— Qu’est-ce que ta coiffeuse doit faire pour avoir ce permis ?
— Soumettre les plans de sa maison et faire une demande.
— Mais la municipalité n’a pas les plans de sa maison dans son dossier ?
— Oui, mais la dame mari minante veut des plans neufs. Donc, ma coiffeuse a dû aller retrouver les plans de sa maison construite il y a vingt ans. Ça lui a pris du temps.
— A la fin, elle a pu avoir son permis de la municipalité ?
— Non.
— Mais pourquoi ?
— Pour demander le permis de la municipalité, il faut avoir les permis du CEB, de la CWA et de la RDA avant.
— Je ne comprends pas une affaire : ta coiffeuse elle a de l’eau et de l’électricité dans sa maison, non ? Elle n’a que se servir de ce qu’elle a chez elle, foutour va !
— Non, parce que la municipalité veut des rapports neufs de la CWA et du CEB. Il faut que tu ailles faire la queue à la municipalité, puis à la CWA, puis au CEB, puis à la RDA, qu’on retrouve ton dossier, que les inspecteurs aient le temps de venir faire l’inspection tout ça. Tout ça prend des jours et des jours.
— Mais pourquoi ta coiffeuse avait besoin d’un permis de la Road Development Authority ?
— La RDA avait besoin de savoir si elle a de la place dans sa cour pour faire un parking pour ses clients.
— Quelle grandeur est le salon de ta coiffeuse ?
— Elle a trois fauteuils et deux séchoirs.
— Et pour ça elle a besoin de faire faire un parking dans sa cour ?
— Oui, toi.
— Mais là où était ta coiffeuse, la RDA a donné un permis à une grande pizzeria dans un bâtiment à deux étages sur la route royale, sans parking.
— Ma coiffeuse est au courant. Elle voulait aller dire ça à la RDA, mais on lui a dit que si elle faisait ça, elle pouvait oublier son permis. Et comme sans le permis de la RDA, elle ne peut pas obtenir celui de la municipalité… Donc, elle a fait la queue, attendu obtenu les permis et fait sa demande.
— Elle a eu le permis final de la municipalité.
— Pas encore, parce que le comité ne s’est pas encore réuni.
— Mais en attendant, ta coiffeuse ne peut pas travailler ?
— Non. Il faut qu’elle attende son permis.
— Combien de temps ça va prendre ?
— La dame mari minante de la municipalité lui a dit sur un ton : « Ça prendra le temps que ça prendra ! »
— Dis-moi une affaire : est-ce que les choses n’iraient pas plus vite si ta coiffeuse donnait un ti dithé là ou il faut. Un bon petit bribe pour faire avancer son dossier ?
— Je lui ai dit, mais elle ne veut pas. Elle dit que si elle donne à un, il faudra donner aux autres et que ça ne finira jamais.
— Elle n’a pas tort. Mais pourquoi tu cherches quelqu’un de bien placé au gouvernement ?
— Pour dénoncer tout ça, toi. C’est pas possible de faire toutes ces démarches pour un simple déménagement ! .
— Mais ta tête est bonne même, toi ?
— Pourquoi tu dis ça ?
— Tu crois que quelqu’un de haut placé va se battre contre la corruption ?
— Mais oui, toi.
— Arrête de rêver, donc. Si les commis demandent un ti verre de dithé, tu sais ce que les gros paletots réclament eux pour faire avancer les dossiers : de grosses bouilloires de dithé !