Les élections générales seraient-elles vraiment derrière la porte, pour reprendre la phrase répétée pratiquement toutes les semaines depuis 2015 par le leader du MMM ? Il semblerait que oui si l’on se fie, d’une part, à la multiplication des sorties médiatisées de Pravind Jugnauth et, de l’autre, à l’annonce qu’il ne participera pas aux travaux de l’assemblée générale des Nations Unies. C’est vrai que Pravind Jugnauth multiplie les inaugurations qui lui permettent d’assurer une présence dans les médias et de lancer de petites phrases sur ses supposées intentions politiques, mais surtout pour attaquer son adversaire principal.

Mais comme d’habitude, l’inventeur de ces petites phrases censées mettre en valeur le PM, ne mesure pas les ripostes qu’elles peuvent générer et se transformer en boomerang. C’est ainsi que le “un bandit restera toujours un bandit”, destiné à crucifier Navin Ramgoolam, lui a valu en retour “enn Pinochio pou reste toujours enn Pinochio.” Navin Ramgoolam n’est pas en reste de petites phrases destinées à son adversaire, comme le démontre la dernière selon laquelle “PTr pou délivré Maurice des bann Jugnauth.” Il faut également souligner une autre phrase du leader du PTr destinée aux rodeurs de tickets qui alimentent la presse des bribes de leurs négociations supposées secrètes et du nombre de tickets soi-disant obtenus : “Dans PTr ziska jour Nomination Day, encore kapav reprend ticket.” De quoi faire frémir ceux qui sont prêts à tout – mais vraiment à tout! – pour obtenir ce ticket tant désiré.

Pour cela, il faut non seulement avoir de la patience mais aussi  savoir flatter celui qui les distribue. C’est à cet exercice que se sont livrés les Duval père et fils – l’autre dynastie politique –, cette semaine. Après que la Cour intermédiaire eut rayé l’affaire dite de Roches-Noires, piti et papa bleu ont déclaré qu’un complot avait été ourdi contre Navin Ramgoolam par le gouvernement.

Le seul problème c’est qu’ils ont oublié que le complot qu’ils dénoncent a été ourdi par le gouvernement dont faisaient partie le papa comme Premier ministre adjoint et le piti comme Speaker adjoint. Comme quoi,  pour éviter des effets boomerang, il convient de tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de lancer des petites phrases. Steve Obeegadoo, qui avait quitté le MMM pour montrer comment faire la politique autrement, vient de déclarer qu’il est impossible de faire la politique sans être membre d’un parti et sans que ce dernier ne fasse partie d’une alliance. C’est donc pour faire la politique comme les autres qu’il a quitté le MMM, créé la plate-forme militante avant de se joindre au MSM, comme un transfuge à la recherche d’un ticket ?

Nando Bodha, ministre des Infrastructures et du Transport, vient de déclarer que “le calendrier du métro est temporaire.” Et ce, à huit jours de l’inauguration de ce métro, de plus en plus lourd, dont la date avait  été annoncée en grande pompe il y a un an. Comment le responsable de la mise en place du métro, et donc de son calendrier, peut venir déclarer que ce dernier est temporaire? Cette incapacité à tenir les engagements pris est une des caractéristiques de ce gouvernement, surtout dans le dossier métro léger. Il a réussi l’exploit de rendre le temporaire permanent, tout comme les marchands ambulants revendiquent officiellement des places fixes.

Terminons par le Commissaire de Police qui, à la veille de son départ à la retraite annoncée mais pas encore confirmé – est-ce qu’il y aurait une prolongation dans l’air ? –, se lance lui aussi dans les petites phrases assassines. Lors d’une cérémonie de promotion des policiers, jeudi dernier, il a déclaré que “la malhonnêteté est devenue monnaie courante” au sein de la police. Continuant sur cette lancée, il a ajouté qu’il faut inculquer “une culture d’honnêteté et d’intégrité au sein de la force policière.” Le Commissaire de Police vient de s’administrer une magistrale claque en public. Car c’est lui qui est responsable du bon fonctionnement de la police et c’est donc à lui et à personne d’autre de veiller à ce que   la malhonnêteté ne devienne monnaie courante au sein de la force, et de lui inculquer une culture d’honnêteté et d’intégrité.

Ces critiques ne sont, en fait, qu’un aveu criant de son incompétence à la direction des Casernes Centrales. Si souvent les petites phrases de Pravind Jugnauth lui reviennent à la face comme un boomerang, les deux dernières du Commissaire de Police équivalent à scier la branche sur laquelle il est encore assis.

Oui, ceux qui veulent prendre la parole devraient tourner leur langue sept fois dans leur bouche avant de parler.