On est en droit de se demander, après cette élection partielle, si on doit désespérer de l’électorat mauricien. En effet, c’était une élection sans enjeux majeurs, avec des candidats intéressants hors du circuit politique traditionnel, dans un contexte d’une apparente insoumission des Mauriciens aux diktats des dinosaures de la politique mais cela n’a pas empêché un apparatchik du système d’être élu. Mais plus grave encore, ce vote indique clairement que Ramgoolam serait réélu aux prochaines élections et qu’il serait premier ministre. On croit rêver. Les Mauriciens sont prêts aujourd’hui à refaire confiance à un homme qui a été mêlé à de sombres affaires, le coffre-fort parmi.

Nous avons, à l’ère de l’Internet et de Facebook, accès aisément à l’information. Personne ne peut aujourd’hui prétendre à l’ignorance. La presse, dans l’ensemble, fait son travail et elle met en lumière tous les excès des politiques. Nous savons que nous avons affaire à une classe politique qui est au service du pouvoir et de l’argent. Il n’est pas faux de dire qu’ils sont tous les mêmes.  Pourquoi voter pour eux ? Mais, plus encore, pourquoi voter contre ses intérêts ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit. On vote pour des politiciens qui perpétueront un système fondé sur l’inégalité et l’injustice. À la limite, on pourrait dire qu’on leur donne les moyens de nous opprimer.

Nous avions, par ailleurs, deux très bons candidats, Parapen et Bizlall. On peut ne pas avoir de sympathie pour l’extrême gauche mais on se doit de reconnaître que leur démarche est légitime et sincère.  L’électorat avait ainsi l’occasion, en les élisant, de donner un sévère avertissement aux politiciens traditionnels. Qu’ils comprennent enfin que nous ne sommes pas des moutons, encore moins des imbéciles, qu’on en a marre de la corruption, du petit copinage, qu’on exige une alternative à la bêtise et à la médiocrité. Mais non, on a élu, une fois de plus, quelqu’un provenant du sérail, ce qui servira ultimement à renforcer l’emprise des oligarchies et des dynasties.

Il est temps, sans doute, que le citoyen mauricien s’interroge. Que veut-il au fond ? Il n’arrête pas de se plaindre, il sait que ce pays est, dans un certain sens, foutu, il dit qu’il rêve de changement, qu’il souhaite un meilleur avenir pour ses enfants. Mais, au moment crucial, il apporte sa caution à ce qui rend sa vie justement infernale. Est-ce parce qu’il est un carapate, toujours prêt à s’incruster sur le dos des puissants du jour ? Est-ce parce qu’il est ce communaliste, incapable de subjuguer son réflexe communal, qui votera, encore et toujours, pour “nou bann” ? Est-il un grand naïf qui se laisse berner par les politiques ? Est-ce parce que ces derniers, qui sont des maîtres dans l’art de la manipulation, parviennent à nous faire prendre des vessies pour des lanternes ? Qu’en est-il vraiment ?

Il est vrai de dire que nous avons les politiciens qu’on mérite. Et la médiocrité qu’on mérite. La prochaine fois que vous aurez envie de vous plaindre, parce que la vie est dure, parce que votre enfant est au chômage, parce qu’il n’y a pas d’avenir à Maurice, arrêtez-vous un moment et dites-vous que vous êtes le complice de cette souffrance parce que vous êtes coupables d’indifférence ou parce que vous votez toujours pour les mêmes.