Des frictions régulières ont émaillé la cohabitation du PMSD avec le MSM depuis l’installation du gouvernement Lepep. Le dernier épisode en date porte sur le passage de seulement deux semaines de Jean Max Baya en tant qu’attaché de presse auprès de la ministre des Droits de la Femme, Aurore Perraud. Si Xavier Duval a été cette semaine minimaliste en qualifiant en public cet incident impliquant l’ancien responsable de communication de ses anciens collègues travaillistes James Burty David, Hervé aimée et Deva Virahsawmy de « chagrinant », en privé, les commentaires sont bien plus virulents sur une certaine manière de faire du MSM et ce qui est considéré comme un désir d’accaparement de la part du parti de Pravind Jugnauth. Alors que, du côté du Sun Trust, l’opération a bien pour nom « cut the PMSD down to seize ».
Le PMSD n’est pas content de certaines choses et la façon dont il est traité, et le MSM, qui mise tout sur un dénouement heureux dans l’affaire MedPoint, veille au grain et a décidé de tout faire pour freiner l’ardeur de Xavier Duval, qui a entrepris d’explorer des terrains qui lui étaient jusqu’ici si ce n’est étrangers mais réputés hostiles. Il faut dire à cet effet que ce sont précisément les déboires de Pravind Jugnauth avec la justice qui ont insufflé chez les bleus des envies de viser plus haut.
Ils se sont dit que s’il arrivait quelque chose à SAJ et que Pravind Jugnauth voyait sa condamnation confirmée, un boulevard pourrait s’offrir à XLD étant donné qu’il est le numéro deux du gouvernement Lepep et donc éligible au poste suprême en cas de défaillance ou d’incapacité du titulaire. D’autant que, selon leur analyse, le MMM est en repli et en pleine crise d’identité et d’orientation depuis les dernières élections générales.
Il faut dire que cette idée a traversé les esprits au PMSD depuis l’accession de Paul Bérenger au poste de Premier ministre en 2003. On se souviendra d’ailleurs d’une déclaration publique de Jacques Laval Panglose évoquant au temps de Navin Ramgoolam une possibilité de partage de pouvoir premier ministériel bien avant la campagne 2010.
Fort des résultats des récents sondages qui le classent en termes de popularité au haut de l’affiche et devant un sir Anerood Jugnauth absent du devant de la scène, le PMSD a décidé d’entrer dans une campagne en vue d’offrir une ouverture plus large à son leader et au PMSD.
Un travail de sape
C’est ainsi que des initiatives se sont multipliées pour donner une image plus nationale à XLD, avec tantôt des incursions en milieu musulman tantôt en direction d’organisations culturelles hindoues. Ceux au MSM qui estiment les sondages d’opinion manipulés par des cabinets proches du leader du PMSD ne manquent pas de railler un « Duval qui ferait du Bérenger des années 1980 ! » Aussi, le MSM s’est embarqué dans un travail de sape des initiatives des bleus et ce, depuis le début.
La première tempête a d’ailleurs lieu très tôt. L’histoire rattrapant le ministre des Finances Xavier Duval dans l’affaire BAI, son bon ami Vishnu Lutchmeenaraidoo essaie de l’absoudre en affirmant que c’est Navin Ramgoolam qui avait écrit sa fameuse réponse à la PNQ de Paul Bérenger du 21 novembre 2013 sur les dérives de la BAI. Il rectifiera en disant avoir lui-même décidé de ses réponses et ne reviendra absolument pas sur ce qu’il avait dit alors au Parlement.
Mais ce n’était que le début d’une longue série de malentendus pour le PMSD au sein de Lalians Lepep. L’ancien ministre des Finances de Navin Ramgoolam Xavier Duval aura ainsi à aller s’expliquer sur le comité qu’il avait présidé sur Betamax concluant que le deal était bien à l’avantage du pays.
Des ministres, sans s’en rendre compte peut-être, n’arrêtaient pas par ailleurs de parler « des sous-bassements pourris » de la structure économique du pays, dont avait la charge précisément Duval après un bref passage à ce poste de Pravind Jugnauth.
Après les municipales de juin 2015, pour lesquelles les bleus revendiquent la meilleure part de la victoire, grosse douche froide au moment de la distribution des postes de maires, avec le MSM s’adjugeant trois mairies et laissant au PMSD la ville de Curepipe et au ML Beau Bassin-Rose Hill.
S’enchaîne un autre gros macadam juste après le départ de SAJ pour une longue visite privée à l’étranger en juillet 2015. Il y a d’abord le fait que Showkutally Soodhun s’attendait à avoir un petit bout d’intérim durant les 18 jours d’absences de SAJ et qu’il ne l’a pas obtenu.
« Écart de langage »
Au lendemain de la fête Eid ul fitr, des banderoles bleues sont installées un peu partout dans le pays avec les inscriptions « Xavier wishes you a blessed Eid ul fitr ». Showkutally Soodhun entre alors dans une colère bleue et qualifie la démarche de son collègue de « révoltante » et « indécente » et l’accuse de « politiser une fête nationale » et se demande même « s’il croit devenir le leader des musulmans ».
Un peu surpris par cette charge aussi violence qu’inattendue, XLD se contente de « regretter cet écart de langage ». Toujours est-il qu’à la prochaine absence de SAJ du pays, en septembre 2015, Soodhun aura l’occasion de partager l’intérim au poste de premier ministre avec XLD. Le MSM l’a voulu, le MSM l’a eu !
Si les éclats publics entre oranges et bleus semblaient s’estomper, les rapports restent en tout cas assez tièdes et les antagonismes bien réels. À la fin de l’année, un concours pour désigner la personnalité de l’année par Radio Plus provoque une âpre passe d’armes entre les deux mieux classés, Roshi Bhadain et Xavier Duval, dont les partisans se déchaînent sur les réseaux sociaux, chacun y allant de sa petite attaque perfide à telle enseigne que le Premier ministre adjoint et ministre du Tourisme demanda à l’organisateur de retirer son nom de ce concours. Résultat, le concours est annulé.
Début 2016 voit la révolte justifiée des artistes après de graves incidents impliquant la vente de disques piratés et intervention musclée de la police non pas contre les vendeurs illégaux mais contre les auteurs d’oeuvres piratées. Comme le ministre de la Culture, Dan Baboo, est un PMSD aussi inaudible qu’incompétent, les bleus essaient de sauver la mise, d’autant que les artistes sont, dans leur majorité, d’un certain profil et ils décident alors de pousser Aurore Perraud sur ce dossier. Elle est d’ailleurs bien visible lors de la marche des artistes du 29 janvier.
Sauf que cette ministre, que les conseillers du MSM jugent comme étant inefficace comparée à une Sheila Bappoo, n’arrivera pas à obtenir la présidence du High Powered Committee qu’elle et son parti convoitaient et que le conseil des ministres, sous l’impulsion des conseillers du MSM, décide de confier cette tâche à un officiel du State Law Office et la ministre du PMSD est ainsi reléguée au statut de simple membre.
La pique du 1er février
Ce sont ces mêmes conseillers qui vont profiter des célébrations du 1er-Février — que le PMSD, d’autant que c’est un de ses ministres qui est à la Culture, essaie de récupérer sur le plan populaire — pour lancer une petite pique à XLD présent au Morne pour les célébrations officielles. Dans son intervention officielle, le Premier ministre trouve le moyen de rappeler ce qui est une vérité historique, le rôle qu’a joué Paul Bérenger pour que le 1er février soit décrété jour férié. Le message étant loin d’être équivoque, le PMSD prend bonne note.
Comme dans la bonne tradition du baté randé, les bleus attendent la prochaine occasion pour riposter. Quoi de mieux que la circonscription de SAJ lui-même, le numéro 7, pour célébrer les 58 ans de Xavier Duval en compagnie des dirigeants de la Gahlot Rajput Sabha à Barlow. L’état-major du PMSD y est présent mais pas de trace des élus locaux.
Dès que la nouvelle s’est ébruitée, le mot d’ordre a été passé au MSM pour qu’aucun de ses membres ne participe à cette activité. Le député du MSM Raj Rampoortab, pas très au fait des injonctions de son parti, y est présent en tant que dirigeant de cette organisation socioculturelle. Cela n’a pas empêché qu’il ait dû ensuite s’expliquer au Sun Trust.
Ainsi vont les relations du MSM et du PMSD. En 1988, Gaëtan Duval claquait la porte parce qu’il n’était pas d’accord avec l’attitude de SAJ vis-à-vis des Mauriciens nés à l’étranger et à qui on refuse la nationalité mauricienne, Paul Orian étant devenu alors un symbole de cette exclusion. En décembre 1995, rebelote, avec SGD qui décide de quitter le gouvernement dans lequel il avait installé son fils Xavier onze mois plus tôt.
Est-ce à dire que les bleus s’entendraient mieux avec les rouges ? Peut-être. La rumeur ne voulait-elle pas que XLD ait été invité au congrès que le PTr avait tenu le 21 septembre 2015 à Kewal Nagar….