Le moins que l’on puisse dire, c’est que les épithètes les unes plus assassines que les autres n’ont pas manqué à la State House jeudi. Répondant à des questions de la presse après une cérémonie de rencontre avec les lauréats, le chef du gouvernement n’y est pas allé de main morte. «PMSD pas au courant enn tas kiksoz !» devait-il déclarer en réponse à la position exprimée par Jacques Panglose, selon laquelle son parti n’avait pas été informé de la constitution d’un comité mixte pour se pencher sur la rédaction d’un texte sur la réforme électorale.
Mais cela ne devait pas s’arrêter là. Interrogé sur la campagne de banderoles du PMSD revendiquant la paternité de la zone franche, du tourisme et des cités ouvrières, Navin Ramgoolam devait alors carrément s’emporter et dire que le «PMSD veut réécrire l’histoire. Le tourisme est l’oeuvre de sir Seewoosagur Ramgoolam et d’Amédée Maingard pas celle du PMSD. La zone franche s’est développée après», a sèchement lancé le Premier ministre.
Interrogé sur ses relations avec Xavier Duval, il a dit qu’elles sont «bonnes» mais «nou pa d’accord manière li pé fer». Et de renchérir et dire son désaccord absolu avec la proposition de 5% du PMSD pour accéder à la proportionnelle. «Li pa posib, nou pa kapav desann anba 10%», a-t-il martelé tout en disant ne pas comprendre pour quel motif «le PMSD veut utiliser le recensement de 2011».
Et comme pour provoquer la basse-cour bleue, il a même été jusqu’à dire son optimisme quant à la conclusion d’un accord sur la réforme et la rédaction d’un texte en ce sens. «Si MMM ek PTr tombe d’accord, tou bann pessimiste bizin al rod enn poteau pou al anpandan».
Petites phrases et grandes piques
Cette salve est la toute dernière illustration de la détérioration grandissante des rapports entre le PTr et le PMSD. Les petites phrases et les grandes piques ne datent pas d’hier. Avant les dernières élections de 2010, et alors même que les pourparlers allaient bon train entre Navin Ramgoolam et le MMM, le Premier minister avait, en décembre 2009, profité du lancement du livre de Jean-Claude de l’Estrac Passions Politiques pour brocarder sir Gaëtan Duval.
Il avait en effet raconté que le leader bleu avait, lors d’une visite à Paris, obtenu une meilleure chambre d’hôtel que le Premier ministre en tire, sir Seewoosagur Ramgoolam, parce qu’il avait décidé de conclure un accord pour l’implantation d’une base militaire française à Maurice.
Faute d’une alliance avec le PMSD, le leader du PTr devait se résoudre à continuer la route avec les bleus et à prendre aussi le MSM on board pour s’assurer de revenir au pouvoir. Mais la vie des bleus au gouvernement depuis 2010 n’aura certainement pas été un long fleuve tranquille. Promu ministre des Finances après le départ du MSM en pleine tempête Medpoint, Xavier Duval va très vite clasher avec le protégé du Premier ministre à la Banque de Maurice, Manou Bheenick.
Là aussi, propos incendiaires et communiqués hostiles. Entre les critiques du gouverneur sur les bien lotis qui ne se soucient guère de l’évolution du taux d’inflation et les répliques non moins aimables des conseillers politiques de Xavier Duval, c’était un vrai concours d’invectives.
Mais l’os le plus indigeste que le leader du PMSD a dû avaler aura été l’affaire Michael Sik Yuen. Le ministre du Tourisme du PMSD a, un jour de 2012, décidé que le protégé et ami intime de son leader Robert Desvaux n’avait plus sa place à la présidence de la Mauritius Tourism Promotion Authority et qu’un autre membre de l’écurie bleue Alain Wong devait, lui, débarrasser le plancher de la tête de la Tourism Authority.
Vives réactions de Xavier Duval, qui réclame de Navin Ramgoolam qu’il révoque le ministre PMSD et, comme le principal concerné fait fi de ses exigences, il va jusqu’à publiquement inviter le ministre à démissionner. Ça aussi, il ne l’obtient pas et, déconfit et incapable de prendre une décision tranchée comme son père l’aurait fait dans pareille circonstance, le ministre décide de se faire tout petit et continuer à ramer contre vents et marées.
Une occasion de revanche se présente fin 2013-début 2014 lorsque le Remake tend une perche au PMSD et que les discussions démarrent en vue du renforcement du groupe de l’opposition. Les choses évoluent de manière tellement sérieuse que l’opposition ménage Xavier Duval et son budget, que Kavi Ramano est vu en train de déjeuner avec Thierry Henry et que Mahmad Khodabaccus demande qu’on laisse du temps à la mairie de Port-Louis de faire son travail avant de porter un jugement.
Michael Sik Yuen reste au gouvernement Xavier Duval aussi
De son côté, las de devoir supporter Michael Sik Yuen au Conseil des ministres, Xavier Duval, qui promet de mettre les points sur les «i», le fait expulser du parti le 30 décembre dans l’espoir que Navin Ramgoolam le révoquerait et qu’il ferait de la place pour un pur sang bleu en la personne d’Aurore Perraud, mais les choses ne se passent pas comme le souhaite le leader bleu.
Entre hésitations à rejoindre le Remake et désir de rester dans le confort du gouvernement pour lui-même et ses proches gravitant dans le milieu socioreligieux, ce qui devait arriver arriva. Le leader du PMSD n’obtient rien du tout et surtout pas la tête de Michael Sik Yuen malgré ses deux tête-à-tête avec le Premier ministre, le premier le 7 janvier et le second le 9 après la première réunion du conseil des ministres. Il est contraint de s’asseoir tranquillement avec son ex-ministre expulsé au Conseil des ministres et personne ne sait qui nargue qui mais on peut deviner de quel côté est le réel embarras.
Le feuilleton se termine par deux communiqués en date du 10 janvier 2014, l’un du bureau du Premier ministre et l’autre du PMSD qui, bon enfant, assure n’avoir jamais rencontré les leaders des formations de l’opposition comme si c’était un crime. C’est ce qui avait fait Week-End titrer sur le «strip-tease de XLD» dans son édition du 12 janvier.
Si le discours de ce matin ne changera rien à la donne, les prochaines semaines devraient provoquer une clarification de la situation. Le projet de loi sur la réforme électorale sera finalisé ce jeudi et, selon le calendrier décidé par le Premier ministre, il devrait être proposé au Conseil des ministres puis rappeler l’Assemblée nationale pour le soumettre à un vote.
Si le PMSD s’oppose au contenu du texte, que fera son unique ministre XLD ? Dire son opposition au Conseil des ministres et finalement se plier à la décision de la majorité au nom de la collective responsibility ou alors disposer librement de son vote sur un projet de loi du gouvernement tout en s’y maintenant ? C’est un scénario plutôt surréaliste.
Qui sait, c’est peut-être à ce moment-là que le leader du PMSD pourrait prendre la première grande décision politique de sa carrière, essayer de marcher dans les pas de son père et claquer la porte du gouvernement. Mais pour oser faire cela, il faut du courage. Et là, on ne peut certainement pas parler d’inflation ou de spirale.