ZANZAK ARJOON

Les rues sourient
De leurs dents bitume
Dans un m’enfin… soupire
Elles peuvent s’admirer
Courbes et longueurs
Largeurs et contours
Sans crier gare aux piétons
Rêveurs sur leurs dos zébrés
Sans se défiler
A tombeaux ouverts
D’une conduite sous nerfs
Sans grincer des dents
Sous des coups de frein stridents

Les rues prient
Dans leurs soutanes noires
A l’angélus
Allongées d’asphalte
Elles savent qu’il y a un ciel
Leurs prières se font aux notes du firmament
Elles comptent les étoiles
Et se signent quand il y a une qui file
Vers la croix du Sud
Elles deviennent silence
Comme s’étiole le sable du désert
Dans un vent psalmodiant le Nirvana

Les rues dansent,
Comme sous le charme
Du séducteur de serpents

Sans venin
Et nues comme sortant du hammam
Elles se tortillent
Comme une femme sous l’enchantement
De l’amant conquis
Fini les cache-cache
Elles se lâchent
Parce que sachant que la confiance y est
Plus besoin de guetter les roues mateuses

Les rues zigzaguent
Pour avoir goûté à l’ivresse de la paix
Elles qui trop longtemps, ont vu Babo
Bouteille à la main et les pieds en cravates
De ses toilettes, elles en furent
Copieusement arrosées
D’un vin banane et goyaves de chine

Que des fois, elles lui ont servi de matelas
Et de mouchoir à bave
Slalomant et zigzaguant
Les rues s’envolent
Avec le vent plein le dos
Et la tête remplie de l’insouciance
Des adolescents skateboarders

Les rues respirent
Parce que chauffards
Et fêtards
Se sont bâillonnés
Fini éternuements et crachats
Ou autres gerbages
Projectiles de bouteilles, de cannettes,
Et autres sachets et restes

Elles se font un lissage
Des cheveux qui tombent en décrépitude
Plus d’huile, d’eau usée et fumée
Elles font la vidange

Les rues chantent
D’un silence
Que seul le silence peut entendre
En pianotant sur les notes des sens

Les raisons qui font
Que les rues ne se ruent plus
Sont qu’il n’y ait plus besoin d’accélération
D’une quelconque cadence
Car la rythmique est d’un mutisme
D’audible à capella
Oh! Génie des lieux quelle mélodie…
Nous disséquant à coups d’âmes ;
Des émotions jusqu’aux larmes

Les rues s’interdisent toute mue
Elles s’habillent, se déshabillent et se rhabillent
A pâques comme à la quasimodo

Et de ce qui se passe
Les rues en rient