• Ian Papillon, le père des jumelles : « Priez pour mes filles »
  • La maman prend l’avion demain soir pour les rejoindre. Dans sa valise,
    des vêtements qu’elle a tenus pendant ses prières pour ses filles

Les petites siamoises Marie-Cléa et Marie-Cléanne Papillon, qui sont actuellement à l’hôpital Narayana à Bangalore en Inde, attendent une délicate opération pour les séparer. Il y a quelques jours, les médecins ont annoncé à Ian Papillon que ses filles reliées par deux coeurs doivent grandir encore avant une éventuelle intervention. La mère des petites, Marie-Hélène Papillon, se rendra en Inde demain soir après presque 20 jours loin d’elles. Le couple modeste qui se dit profondément touché par les témoignages de soutien des Mauriciens, ne cache pas ses inquiétudes sur les coûts financiers que représentera l’hospitalisation en cas de traitement postopératoire des petites.

Photo des bébés prise au moment de leur voyage. Sur demande du père Week-End ne publie pas les dernières photos des siamoises à l’hôpital de Bangalore, en Inde. Ces photos sont pourtant libres d’accès sur le compte facebook de Monsieur Papillon.

« J’ai commencé à faire mes valises. Cela fait longtemps que je ne les ai pas vues. J’ai vraiment hâte de les voir », confiait hier à Week-End Marie-Hélène Papillon, 36 ans, avant de se rendre à la messe. À la veille de son départ pour Bangalore, la mère des petites filles se dit optimiste. Elle place sa confiance en Dieu, dit-elle. La jeune femme veut plus que jamais croire en des jours meilleurs pour ses benjamines. Demain soir, elle prendra l’avion pour rejoindre son mari, Ian, 44 ans, lequel lui donne chaque jour des nouvelles de Marie-Cléa et Marie-Cléanne. En Inde depuis bientôt 20 jours, Ian Papillon est le seul de la famille à voir l’évolution de ses filles. « Elles grandissent vite et se portent bien. Il y a une des deux qui était un peu plus petite que l’autre. Depuis, elles sont toutes deux de la même taille. Elles sont tellement similaires qu’il me faut être attentif pour arriver à les distinguer », nous confiait Ian Papillon vendredi soir.

Mais à hier soir, le père des petites filles ne cachait pas ses inquiétudes. « Qu’adviendra-t-il si la prise en charge médicale en Inde dépasse les Rs 800 000 (ndlr : montant que perçoivent des bénéficiaires du Overseas Treatment Scheme) ? Cette question m’angoisse, car tous les jours, je me demande comment on fera pour financer les coûts supplémentaires si toutefois il y en a », explique Ian Papillon. Employé dans la maintenance industrielle, ce père de famille confie qu’avec un revenu mensuel d’environ Rs 17 000 — son épouse est employée dans une école maternelle — et des factures à payer, il lui sera difficile d’assurer des frais supplémentaires.

Visiblement préoccupé, le père des petites siamoises tenait quand même à dire sa reconnaissance envers la population mauricienne pour son soutien et « demande aux Mauriciens de prier pour mes filles. ». À l’hôtel où il est logé le temps de l’hospitalisation de ses enfants, Ian Papillon explique qu’il tient bon grâce aux messages d’espoir qu’il reçoit sur les réseaux sociaux. À Maurice, Marie-Hélène Papillon n’est pas moins reconnaissante envers tous ceux qui lui témoignent, dit-elle, de la compassion, qui l’ont aussi aidée à financer son billet et lui ont offert des dons.

Une visite aux bébés chaque après-midi

Chaque après-midi Ian Papillon se rend au centre hospitalier Narayana Health, spécialisé en cardiologie, situé en face de son hôtel. Cette visite, une fois par jour, est vitale pour le père. Comme un rendez-vous avec ses filles, il les regarde avec tendresse et amour. Il s’émeut quand l’une d’elles pleure. Mais, concède-t-il, « mo tou sel kone ki pe traverse dan mo latet ! » Pour le moment, Ian Papillon explique qu’il pense au présent. Il s’en remet au service hospitalier du Narayana Health. Le personnel, dit-il « est extraordinaire. » Celui-ci, explique Ian Papillon, s’occupe « très bien de ses filles. » Et d’ajouter : « Les médecins les voient régulièrement. Ils ont même fait bouger les petites. » Les sœurs Papillon sont, selon leur père, les seules siamoises présentes dans le département des soins pédiatriques.
Après les dernières nouvelles sur une éventuelle intervention sur ses filles, Ian Papillon attend l’arrivée de son épouse pour une rencontre avec les médecins. « On prendra alors une décision pour savoir si et quand nous allons rentrer à Maurice », dit-il. Entre-temps à Vieux Grand-Port, Marie Hélène Papillon, qui laissera deux de ses trois fils scolarisés aux bons soins de sa mère, prépare des effets pour ses petites. Dans sa valise, elle transportera aussi des vêtements pour ses bébés et qu’elle a tenus quand elle s’est rendue dans des lieux de prière avant son départ pour l’Inde.

« Madam bann bebe-la kole »

De l’amour elle en a tout plein à donner à ses bébés. Marie-Hélène Papillon n’oubliera jamais, dit-elle, le moment où le personnel médical de l’hôpital Jawaharlal Nehru de Rose-Belle lui avaient dit « madam bann bebe-la kole ein, zot kole. » Sur le coup, la maman n’avait pas compris ce que voulaient dire ces paroles. « Je ne les avais pas vues. Je croyais qu’on me disait qu’elles étaient collées parce qu’il y avait encore des traces de l’accouchement ou autre sur elles », se souvient Marie-Hélène Papillon. « Mais c’est mon mari qui m’a annoncé que mes filles sont des siamoises. J’ai davantage pris conscience de cette anomalie quand des journalistes ont débarqué et ont commencé à m’assaillir de questions », ajoute-t-elle. Et de poursuivre : « Comme je ne connaissais pas le sexe de mes bébés, je n’avais pas prévu de prénoms pour elles. On les a prénommées avant leur départ. »

L’incompréhension après son accouchement a vite cédé la place, dit-elle, à une immense affection maternelle pour ses petites. Cependant, le couple Papillon n’arrive toujours pas à comprendre comment et pourquoi l’anomalie n’a pas été décelée à l’hôpital à la première échographie, au quatrième mois de grossesse. « On m’a simplement annoncé que j’attendais des jumeaux et demandé s’il y en a dans ma famille. C’est le cas, du côté de mon époux », dit Marie-Hélène Papillon. « Je sais que mes fils sont tristes, même s’ils ne me le disent pas », se désole la mère des siamoises.

Marie-Hélène Papillon ne cache pas son souhait de passer le temps qui lui reste avant son départ pour l’Inde dans la quiétude. Épuisée par des démarches administratives et ses responsabilités de mère, elle a eu peu de temps pour se reposer. « Je suis profondément croyante. Je prie pour que tout se passe pour le mieux pour mes bébés », dit-elle.

Le gouvernement suit de près l’hospitalisation des bébés à Bangalore

Le couple Papillon, qui traverse des épreuves difficiles, demande aux autorités mauriciennes de continuer à le soutenir, surtout si les frais médicaux pour séparer et sauver leurs bébés dépassent le budget prévu par le Overseas Treatment Scheme. Dans une déclaration à Week-End à ce sujet, le Chief Whip du gouvernement, Bobby Hurreeram, explique que celui-ci suit de très près l’état de santé des bébés Papillon. « Je suis sûr que le ministre de la Santé, Anwar Husnoo, ne restera pas insensible à cet appel. Lui-même en tant que pédiatre est en train de suivre tout cela de près. D’ailleurs, dès qu’il a été question d’envoyer les bébés en Inde, le gouvernement a agi rapidement pour que le père et les jumelles se rendent à Bangalore », a déclaré le Chief Whip.

Du côté du ministère de la Santé, le ministre Husnoo n’était pas joignable à hier soir. En revanche, le responsable de communication du ministre assure que le ministère est quotidiennement tenu informé de l’état des sœurs siamoises. Il a aussi rappelé les critères qui régissent l’obtention du Overseas Treatment Scheme et que dans le cas des bébés Papillon, les procédures ont été enclenchées sans aucun délai. Idem pour l’obtention du passeport et visa de Marie-Hélène Papillon, la mère des enfants. Le chargé de communication n’a pu toutefois se prononcer sur la prise en charge du coût qu’implique le déplacement de l’équipe médicale mauricienne qui avait accompagné les siamoises et leur père à Bangalore.

Quant au billet d’avion de Marie-Hélène Papillon, offert par un don privé, notre interlocuteur rappelle que le scheme dont a bénéficié les bébés couvre le voyage du patient et d’un proche. De ce fait, son déplacement pour Bangalore ne pouvait être assuré par le Overseas Treatment Scheme.