Les Mauriciens de foi hindoue ont célébré hier avec ferveur le Chaar Pahar Ke Pooja (la grande nuit de Shiva). Les dévots se sont rendus lundi matin dans les temples en vue de verser l’eau sacrée ramenée du Ganga Talao sur le Shivling pour rendre hommage à Shiva.
Le Chaar Pahar Ke Pooja comprend quatre séances de rituels avec une multitude d’offrandes. Les prières sont dites à 18 heures, 21 heures, minuit et 3 heures. Bon nombre de dévots sont rentrés chez eux ce matin après une nuit passée à réciter les 1 008 noms de Shiva et le Maha Mantra, Om Namah Shivaya.
Après avoir bu du poison (halahala), Shiva avait la gorge bleue. Pour atténuer cette douleur, les saints lui ont donné de l’eau. Au cours des quatre séances du Pahar, les dévots versent du lait, du panchamrit (mélange de lait, sucre, miel et mantègue), des fleurs de bel patra, la fleur de madar, l’herbe de durva, de la cendre sacrée et de l’eau sacrée sur le Shivling.
Des mantras sont récités tout au long de la cérémonie. Les dévots prononcent 108 fois le maha mantra, Om Namah Shivaya et se consacrent ensuite au rituel lié au hawan. Tout au long de la nuit, ils récitent des hymnes védiques basés sur le Shiv Puran.
Le Chaar Pahar Ke Pooja se déroule au cours d’une nuit sans étoiles dans le mois de Phalgma. Selon une légende, c’est le jour du mariage de Shiva et Parvati. C’est aussi le jour où Shiva a exécuté la danse cosmique.
Avant de participer aux rituels, les dévots ont observé un jeûne de dix jours. Bon nombre d’entre eux se sont rendus à pied en portant des kanwars ou en véhicule à Ganga Talao pour les prières et recueillir de l’eau sacrée.
Le Shivling représente le symbole de Shiva et constitue une force divine à laquelle les fidèles rendent hommage dans les temples du pays. L’origine de cette pierre demeure un mystère mais selon la mythologie hindoue, il faut remonter dans la nuit des temps pour essayer de trouver les explications quant à sa provenance.
Selon les croyances populaires, Shiva est apparu aux dieux Brahma et Vishnu sous la forme d’une flamme très puissante. Alors que les deux divinités discutaient de leur puissance, la terre s’est ouverte devant elles avec une force extraordinaire. Des rayons lumineux traversant la terre ont alors jailli et sont remontés vers le ciel pour atteindre le paradis.
Étonnés par cette profusion de lumière, Brahma et Vishnu se sont mis à rechercher l’origine du linga. Brahma s’est alors envolé vers le ciel et Vishnu s’est quant à lui retrouvé au centre de la terre. Malgré leurs efforts, ils ne pouvaient trouver les extrémités de cette pierre.
Quand ils se sont rencontrés à nouveau, Shiva a émergé du linga. C’était la première apparition du linga sous sa forme originale. Il est devenu une source de vénération dans une forme réduite et est installé dans les temples. C’est le symbole de Shiva qui est omniscient, omniprésent et éternel.
À travers sa danse cosmique, Shiva exprime sa joie d’avoir vaincu l’ignorance des hommes et révèle que le Nataraja est le symbole de la création, voire de la créativité. Mais les humains sont perdus dans leur matérialisme et aveuglés par les illusions de leur ego. Shiva démontre à travers sa danse tandava comment échapper à cette chaîne infernale. Sous sa forme colérique, Bhairava, il exécute cette danse destructrice pour atteindre la libération. Son nom caractérise la création et les forces destructrices précédant la régénération, propre aux croyances hindoues. C’est ce dernier trait de caractère qui est le plus souvent associé à Shiva, qui a accepté d’avaler le poison sorti du remous des océans sur les démons.
Shiva, qu’on appelle par 1 008 autres noms, est vénéré sous une forme phallique, le lingam sur lequel les dévots versent l’eau recueillie à Grand-Bassin. Ce faisant les pèlerins tentent d’apaiser la grande colère de Shiva qui après avoir avalé du poison n’a pu résister à la danse cosmique ou le tantra qui entraîne la destruction. L’eau, les fruits, le miel et le madar sont les moyens par lesquels ils essaient de rafraîchir Shiva des brûlures du poison.