Pendant « moins de 100 minutes », comme l’annonçait le comédien français Francis Perrin, auteur de la pièce Molière malgré moi, vendredi dernier, au théâtre Serge Constantin à Vacoas, celui-ci a dû conter l’histoire de Jean Baptiste Poquelin, dit Molière, aux spectateurs présents. Une véritable plongée dans la vie du « Premier farceur de France » qui se servait du rire comme d’une arme de service.
Habillé en culotte bouffante de couleur rouge, chemise et bas blancs, chaussures d’époque, c’est un comédien fougueux qui arrive sur scène en lançant d’emblée : « Pardonnez ma précipitation mais j’ai moins de 100 minutes pour vous faire le portrait d’un homme de théâtre exceptionnel universellement connu et reconnu pour ses oeuvres, représentées sur toutes les scènes du monde entier depuis plus de trois siècles. Je n’ai malheureusement plus l’âge de le réincarner mais j’ai encore celui de vous le faire revivre. »
Dès les premières paroles de l’histoire envolées, le spectateur comprend que la concentration sur le texte est de mise s’il ne veut rien rater de ce qui sera conté. « Concentrons-nous si vous le voulez bien en cette fin de journée du 24 octobre de l’an de grâce 1658 dans les coulisses d’un théâtre dressé pour la circonstance dans la salle des gardes du Louvre à Paris… » Francis Perrin ouvre sa représentation avec la première rencontre de Molière avec le Souverain de France le 24 octobre 1658. Moment où il se lance à la conquête de Paris avec sa troupe et où il connaîtra aussi un premier échec. Il met en met en scène Nicomède de Corneille. Une représentation de la tragédie qui ne connaîtra point de succès. Des applaudissements « polis » du roi et de sa cour mais pas « chaleureux », constate le conteur. « C’est le succès d’estime ou plutôt l’estime sans le succès », précise-t-il.
C’est avec beaucoup de bonheur que les amoureux de théâtre et encore plus ceux qui vouent une admiration au génie de Molière ont bu mot à mot les paroles du comédien, qui tantôt racontait sa vie, tantôt s’improvisait en lui ou encore se mettait dans la peau de ses personnages pour lui donner la réplique, restituant les sentiments des uns et des autres. Sans grand jeu de scène, c’est avec une grande facilité que Francis Perrin passe de son rôle de narrateur à ceux de ses personnages. Dans un long monologue entrecoupé des extraits de dialogue entre Molière et Boileau ou avec le comédien Charles Varlet dit La Grange, parmi tant d’autres personnes qui ont marqué sa vie, le spectateur suit la construction et l’évolution de sa carrière avec ses moments de bonheur et de déboire ; de sa relation avec les femmes, conflictuelles parfois, de celle avec ses détracteurs qui allaient jusqu’à l’accuser d’avoir eu une relation incestueuse avec sa fille ; de la censure à laquelle il doit faire face mais avant tout de la tristesse qu’il ressent de ne pas avoir réussi à jouer des tragédies.
Le décor est relativement sobre : le minimum et l’essentiel pour mener à bien ce voyage dans la vie de Molière. Sur la gauche, deux robes dont une du « docteur » pendant sur des portemanteaux accrochés au paravent en bois ; au milieu de la scène, un fauteuil qui rappelle tant celui d’Argan dans Le Malade imaginaire et sur lequel Francis Perrin s’affalera lorsqu’il prendra le rôle de celui-ci ; sur la droite, un pupitre sur lequel sont, entre autres, installés un chapeau du docteur, et une copie conforme du registre de La Grange (1658-1685), dont l’original se trouve à la Comédie Française et que le comédien utilisera à un moment dans la pièce lorsqu’il parlera de la relation entre Molière et celle-ci… La lumière et la musique classique ou quelques bruits entendus, de temps à autre, pour marquer des ruptures ou mettre l’accent sur un détail de la vie de Molière sont propices à la création de l’atmosphère qui plonge le spectateur dans son univers brossant par la même occasion un tableau succinct de l’histoire de France de l’époque.
Fervent admirateur de Molière, Francis Perrin nous a livré un beau condensé de sa vie.