Les grandes échéances pour l’économie se rapprochent avec cinq semaines pour la publication du rapport salarial du Pay Research Bureau (PRB) en faveur des fonctionnaires et des employés des corps parapublics et dix semaines pour la présentation du Budget 2013 par le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval. A ce stade, tout semble se résumer à trois C, notamment la compensation salariale pour le secteur privé effective à partir du 1er janvier prochain, le chômage et la croissance économique, qui devra être below target pour la deuxième année consécutive. En marge de ces préoccupations majeures pour 2013, le secteur bancaire se fait taper sur les doigts par un rapport des plus accablants de la Competition Commission accusant huit des treize banques commerciales d’être en infraction aux règlements interdisant des pratiques au détriment de leurs clients en matière de police d’assurance sur des prêts-logements. Les conclusions de la Competition Commission sont sujettes à des rebuttals de la part des banques incriminées à une date à être déterminée ultérieurement.
Avec le compte à rebours enclenché pour le Budget Day du 9 novembre, la priorité de l’heure tourne autour de la compensation salariale, qui revêt un caractère particulier et délicat dans la conjoncture. Avec la publication des recommandations salariales du PRB cette année, les employés du service Civil et des corps para-étatiques ne sont nullement concernés par les consultations tripartites pour la compensation salariale. De ce fait, les syndicalistes de la fonction publique ne seront pas à la table des négociations de mardi présidées par le vice-Premier ministre et ministre des Finances.
Par contre, l’ensemble du service civil s’intéresse davantage à la teneur du rapport du PRB qu’autre chose. Les premières indications sont que la moyenne de révision salariale devrait varier dans la fourchette de 20 à 25% excluant les ponctions au titre l’Income Tax sur les salaires et les 6% de la contribution obligatoire pour la pension. Des sources bien informées à l’hôtel du gouvernement affirment que le quantum définitif de l’enveloppe financière allouée par le ministère des Finances pour l’exercice de PRB devra être fixé officiellement d’ici la fin de la semaine.
Mais du côté du côté de la direction générale du PRB, l’on préfère adopter une attitude low profile quand la question de l’enveloppe financière est évoquée officiellement. « Mo pa kapave kontinyé manti… I’m a technician who has been working at the PRB for a very long time. Tout ce que je peux dire à ce sujet est que je ne peux rien dire », a déclaré, hier matin, à Week-End, le directeur du PRB, Mohunparsad Aujaheb, qui se trouvait à son bureau pour les dernières retouches.
« La publication du rapport est prévue pour octobre. Il le sera. It’s going to be published before the budget. It’s going to be on time. I’m going to meet the target date », martèle le directeur du PRB aux questions de Week-End. Il ajoutera qu’il a déjà pris contact avec les responsables de l’Imprimerie du Gouvernement en vue de mettre au point les arrangements pour l’impression des différents volumes du rapport. Le commissaire de police, Dhunb Iswur Rampersad, a également été sollicité pour améliorer les dispositifs de contrôle et de sécurité à l’étape de l’impression en vue d’éviter toute fuite d’informations prématurée.
« You will be surprised. Je ne peux rien divulguer du rapport que le PRB soumettra au gouvernement. C’est le gouvernement qui décidera de ce qu’il fera du rapport. Puis-je partager une confidence qu’une des Topmost Persons m’a faite : fer ou travay en toute indépandans samem tout parski PRB li ène kor indépandan », ajoutera le directer du PRB, qui a initialement annoncé que le 2 octobre a été arrêté pour la soumission de ces recommandations au gouvernement.
Entre-temps, les spéculations vont bon train quant aux nouveaux barèmes des salaires, qui devront favoriser les Scarcity and Specialised Areas dans le service Civil avec la moyenne d’augmentation salariale de 20 à 25%. D’autres possibilités de Fringe Benefits, dont des Duty Free Facilities, pourraient être étendues à des catégories de fonctionnaires et employés de corps para-étatiques non-couverts jusqu’ici. C’est ce qu’affirme le Rumour Mill.
D’autre part, les salariés de l’ensemble du secteur privé devront avoir une première idée en fin de semaine du taux de compensation salariale, qui sera en vigueur à partir de janvier de l’année prochaine. Le calendrier de travail établi indique qu’avec la séance plénière de mardi prochain sous la présidence du vice-Premier ministre et ministre des Finances, un comité technique sera institué en vue se pencher sur les projections du taux d’inflation pour cette année.
Les conclusions de cette instance technique devront permettre au gouvernement d’arrêter le barème de compensation salariale en fin de semaine. Ces chiffres pourraient être présentés au Conseil des ministres de vendredi prochain avant qu’ils soient communiqués formellement aux partenaires sociaux.
« Je ne pense pas que nous devrons nous rendre aux consultations tripartites avec des idées préconçues. Nous attaquerons ces discussions avec un esprit ouvert. Lors de la réunion de mardi, nous allons brosser un tableau général de la situation économique avec les différents partenaires sociaux présentant leurs points de vue au sujet de la compensation salariale. Nous allons prendre note des points avancés », a déclaré à Week-End, hier matin, Xavier-Luc Duval au sujet de la question de la compensation salariale.
Le monde syndical, en l’occurrence le conseil des syndicats regroupant plusieurs confédérations dont le Mauritius Labour Congress, le Mauritius Trade Union Congress, la Confederation of Free Trade Unions et la Confederation of Independent Trade Unions, a déjà tiré en premier. Ces syndicats réclament une compensation salariale minimale de Rs 750 en vue de maintenir le pouvoir d’achat. Cette demande est basée sur un taux d’inflation de 5,1% à juin dernier.
Les dirigeants de la Confédération des Travailleurs du Secteur Privé (CTSP), Reaaz Chuttoo et Jane Ragoo, misent sur une compensation de Rs 500 complémentée par une participation aux profits des entreprises à hauteur de 3%. Soutenant que les salariés continuent à subir les répercussions de l’érosion salariale, la CTSP articule sa demande de révision salariale sur la base de l’évolution du coût d’un panier de la ménagère, comprenant des dépenses alimentaires de base pour une famille de quatre personnes. Pour la période allant d’avril à juillet dernier, cette facture a augmenté de Rs 288.
Pour sa part, la Mauritius Employers Federation (MEF) devra définir sa position lors d’une réunion du conseil convoquée pour demain. C’est du moins ce qu’a laissé entendre le président en exercice de la fédération patronale, Clency Appavoo. « Je ne peux rien vous dire sur la question. J’ai une réunion de mon bureau demain. Ce n’est que demain après-midi que je serai en mesure de communiquer quoi que ce soit », a-t-il déclaré à Week-End, hier matin.
Du côté du Joint Economic Council, l’on fait comprendre que « pour le prochain round de discussions, la question de la compensation salariale doit être envisagée dans le contexte global du nouvel environnement économique et du collective bargaining. Il y a encore le fait que le taux d’inflation se stabilise sans pour autant occulter le facteur crucial à l’effet que la situation des entreprises se dégradent de plus en plus. Profit rate is going down ».
Pour les opérateurs économiques, l’évolution du taux du chômage dans les mois à venir et jusqu’à l’année prochaine suscite de vives appréhensions. Le taux de croissance, qui sera de nouveau below target cette année, fait également froncer les sourcils avec, entre autres, la prochaine révision à la baisse du taux de croissance annoncée par la Banque de Maurice.
« La tendance baissière devra se confirmer avec 4,2% en 2010 et 3,9% en 2011. L’objectif de 3,5% cette année était basé sur une croissance de 1,6% dans le tourisme. Depuis, il est devenu évident que ce secteur évolue en zone rouge de même que la contraction dans la construction. Ces prévisions ne se réaliseront pas. Certes, il y a les effets de la crise économique dans la zone Euro. Mais il faut également tenir en ligne de compte des problèmes systémiques comme l’accès aérien dans le tourisme, des goulots d’étranglement dans l’octroi des permis dans l’industrie du bâtiment », souligne-t-on au sein du JEC en prélude au mémoire sur le Budget 2013 en préparation et à être soumis au vice-Premier ministre et ministre des Finances.
« Les effets conjugués des contraintes dans le tourisme et la construction et une croissance pas suffisamment robuste dans d’autres filières pourraient se traduire par des risques au niveau de la création d’emplois accentuant la pression sur le chômage surtout parmi les jeunes, pour ne pas dire des School Leavers. Les recrutements se font de plus en plus rares au sein des entreprises avec le non-renouvellement des possibilités d’embauche pour les Casual Labourers. Des mesures s’imposent », poursuit ce porte-parole autorisé du secteur privé.
Les principaux éléments de cette analyse correspondent avec les lignes directrices du Budget 2013 définies par le gouvernement lors des délibérations du conseil des ministres de vendredi. Le communiqué émis par le Cabinet’s Office souligne que « prenant en compte la situation économique globale, le budget 2013 aura pour objectif d’augmenter la productivité dans les secteurs public et privé, l’insuffler davantage de dynamisme et de compétitivité au sein de l’économie, d’améliorer la capacité de protéger l’emploi et d’éliminer les blocages administratifs pour le démarrage des projets de développements ».
L’un des plus importants projets d’infrastructure susceptible de figurer en première place du budget demeure le métro-léger et des premiers changements en vue d’atténuer les embouteillages sur les routes. En effet, au début d’octobre devra intervenir la signature du contrat de Consultancy avec la Singapore Cooperation Enterprise pour la mise à exécution de ce projet qui changera la face du transport en commun à Maurice.
Ce contrat, qui sera probablement signé en présence d’un ministre du gouvernement de Singapour, est de l’ordre de Rs 180 millions, soit 7,8 millions de dollars singapouriens, alors qu’initialement les Singapouriens avaient coté 8,5 millions de dollars. Ce changement s’inscrit dans le cadre des négociations sur la base des recommandations de l’exercice de Due Diligence confié à des consultants de l’Inde.
D’autres propositions ont aussi été intégrées dans le contrat à être signé suite aux délibérations du High Powered Committee présidé par le secrétaire au Cabinet et chef du service Civil, Suresh Seeballuck, du Solicitor General, Me Dhiren Dabee, Senior Counsel, et d’Ali Michael Mansoor, secrétaire financier, sur la base du Due Diligence Report.
Le contrat de Consultancy, qui sera exécuté sur une période de 13 mois à partir du mois prochain, comprend quatre volets majeurs : la détermination d’un nouveau Feasible Alignment entre Curepipe et Port-Louis tenant compte des changements majeurs dans la région du Réduit et d’Ebène ; l’élaboration d’une analyse économique du projet et du montage financier ; le Design du projet et la formulation des documents d’appels d’offres en vue d’un exercice international et des possibilités d’extension au Nord (Grand’Baie) et au Sud (Mahébourg).
Entre-temps, la mise en opération de la Land Transport Management Authority devra déboucher sur une révision des opérations des Service Buses tout en s’assurant qu’il n’y a aucune perte d’emploi dans le secteur du transport en commun. Avec ce calendrier de travail, les prévisions pour les premiers coups de pioche sur le vaste chantier du métro-léger du vice-Premier ministre et ministre de l’Infrastructure publique, Anil Bachoo, paraissent extrêmement justes pour dire le moins…