Il y a désormais un père Noël en politique à Maurice. Il s’agit du leader du MSM et Premier ministre de Maurice, Pravind Jugnauth. Sa distribution de cadeaux a commencé bien avant le 25 décembre. Dans sa hotte, pas de cadeaux pour les enfants qui, selon la chanson, auront été bien sages, mais pour les candidats battus aux dernières élections ou ceux qui n’ont pas obtenu de tickets, les copains, copines du parti et de lakwizinn. Encore qu’il semblerait que, comme dans une ratatouille, on mélange dans cette kwizinn aussi bien les affaires de la République, du gouvernement que les intérêts du parti. Autrefois, quand la politique avait, comme les mots, un sens précis, on faisait une différence de statut entre les candidats élus et ceux que le peuple avait rejetés. Les premiers étaient nommés au gouvernement et les autres renvoyés sur le terrain pour convaincre, pour la prochaine élection, les électeurs qui venaient de les rejeter. Mais avec le MSM, la frontière entre les catégories est en train de disparaître et la différence entre le sens de l’État et la nécessité de récompenser les fidèles politiques totalement abolie. C’est ainsi que Pradeep Roopun, ancien ministre à qui son parti n’avait pas octroyé un ticket électoral, est devenu président de la République. Pour seconder, c’est Eddy Boissézon, ministre sortant et candidat battu aux dernières élections, qui a été choisi. Mahen Jughroo, un autre candidat rejeté par l’électorat, ira représenter Maurice aux Nations unies, tandis que la toute dernière recrue du MSM, Françoise Labelle, représenterait le pays en Afrique du Sud. Avec le MSM, la diplomatie mauricienne semble prendre un nouveau tournant puisque vont représenter Maurice à l’étranger des politiques dont l’électorat n’a pas jugé bon de les envoyer les représenter au Parlement.

Comme le Best Loser System, la nouvelle formule diplomatique du MSM vient “corriger” le choix des électeurs et imposer ceux qu’ils ont refusé d’élire à des fonctions officielles. Comme quoi, le choix des électeurs n’est tenu en ligne de compte que quand il élit les candidats du parti et les récents alliés. Mais comme il n’y a pas suffisamment d’ambassades et de hauts commissariats pour caser tous les battus, on a commencé à placer quelques-uns à la tête ou au sein des corps paraétatiques qui sont devenus des récompenses pour candidats battus ou fidèles en quête de récompenses politiques. Comme c’est le cas à Air Mauritius où une candidate battue a été nommée membre du conseil d’administration. Pour bien montrer que l’État appartient désormais au MSM et à ses alliés, son leader petit papa Noël est allé plus loin. Il a remis à la tête du CEB celui qui en avait démissionné pour aller poser sa candidature à Rose-Hill et qui avait été battu. Il semblerait que remettre en place ceux qui avaient démissionné pour la parenthèse électorale va devenir une pratique orange puisqu’on parle du retour du candidat battu Gilles L’Entêté à la direction de la NHDC et peut-être celui de Clive Auffray, autre rejeté de l’électorat, à la direction du corps paraétatique dont il avait démissionné pour se porter candidat. Mais tout comme il n’y a pas assez d’ambassades, il manque de corps paraétatiques pour ceux qui ont été battus ou qui n’ont pas obtenu de tickets.

Sur la liste de ceux qui attendent leur “boutte”, il y a Sandya Bhoygah, l’ex-syndicaliste Benydin, l’ex-porte parole du gouvernement le samedi, Zouberr Joomaye, Alain Aliphon et sans doute des proches du MSM et de ses nouveaux alliés. Le nouveau petit papa Noël a la mémoire courte. C’est pour avoir nommé ses dimounn et ceux de ses alliés que le précédent gouvernement s’est retrouvé dans une série de scandales en 2015. Depuis la présidente augmentant elle-même son salaire à la DG qui jouait aux courtières en passant par l’avocate occupant un poste légal pour lequel elle n’avait pas les compétences voulues. Sans oublier l’avocat du beau-frère ministre qui se faisait facturer l’heure de travail en dollars. Le tout payé, comme le seront tous les nominés oranges et leurs alliés, des fonds du Trésor alimentés par les taxes des électeurs dont on est en train de “corriger” les choix.

Jeudi dernier, Pravind Jugnauth a expliqué à des collégiens que le travail du gouvernement est de moderniser le pays tout en inculquant les vraies valeurs aux enfants. Faut-il comprendre que le fait de ne pas respecter le choix de l’électorat en nommant des candidats battus à des postes de responsabilité est une valeur qu’il faut inculquer aux jeunes Mauriciens ?