L’organisation de la vie collective à Maurice remonte aux premiers explorateurs qui ont habité notre île. Au fil du temps et des développements économiques, notre système politique a pris forme. Contrairement à beaucoup d’anciennes colonies britanniques, nous n’avons pas hérité d’un de ces systèmes complexes qui n’est qu’une juxtaposition d’un système politique indigène, système d’administration coloniale et de démocratie libérale. Chez nous le système politique fait partie intégrante de notre tissu social et a évolué en vue des changements sociaux et démographiques survenus au fil du temps.  A l’époque de la colonisation nous avions déjà adapté le système d’administration coloniale britannique aux réalités de la vie collective sur l’île.
Les grands visionnaires dont Guy Rozemont ont même assuré que Maurice, qui était toujours sous l’administration britannique, ait droit au suffrage universel en 1958. Dans notre engagement politique et social, nous avons forgé de bien des façons notre présent. On peut aussi citer la bataille pour l’Indépendance comme l’un de ces grands évènements où des hommes réunis en un bloc politique ont fait passer une cause commune avant leurs différences individuelles et cela malgré la forte et violente opposition politique qui régnait dans les rues.
Nous pouvons aussi prendre l’exemple de la coalition de l’unité nationale qui en 1969 a mis sur la même plateforme des farouches adversaires autour de la question de l’Indépendance. De par leurs discours politiques, ces personnalités étaient elles-mêmes en partie responsables d’une grande méfiance de l’autre au sein de la population mauricienne. Ils ont su mettre leurs différences de côté pour établir de nouvelles bases économique, sociale et politique qui composeront le socle d’une prospérité qui sera connue comme le ‘miracle économique’ mauricien sous le leadership d’un autre grand patriote. N’oublions pas les grands sacrifices du leader historique du MMM pour la cause syndicale et à qui on doit beaucoup de nos acquis de la classe ouvrière.
L’histoire politique de notre pays nous apprend une chose, un fait indéniable : la politique chez nous gravite autour des personnalités mais aussi que la population mauricienne n’a jamais manqué une occasion d’être partie prenante à chaque grand rendez-vous de notre histoire politique, économique ou même sociale.   
La vie politique à Maurice a été le sujet de beaucoup de changements depuis ses années de braise. Notre système démocratique et ses méthodes de prises de décisions sont plus ancrées dans le subconscient de la population. Les élections sont moins violentes et la population plus éduquée et informée. Les résultats d’élections sont acceptés, la population est moins apte à suivre des révolutionnaires ou même être partie prenante d’un coup d’état ou d’une dictature. Les lobbies ont pris place dans notre système politique afin de faire le pont entre les décideurs et la population. L’opposition systémique (les médias et la société civile) est un peu mieux organisée et se cherche.
Cette démocratie ?si imparfaite…
Cette démocratie considérée si imparfaite par de nombreux observateurs politiques est en ébullition. Le mouvement de gauche aspire à des sièges au parlement, la nouvelle génération de journalistes revendique ses droits de remettre en question et aspire à assumer sa place au sein de notre système démocratique. Une section grandissante de la population qui ne se retrouve pas dans les lobbies (socio-culturels) revendique le droit d’influencer les prises de décisions directement. Nous traversons une époque de changement, un de ces moments de l’histoire où nos actions seront déterminantes.
Pour la première fois de ma vie d’adulte j’ai l’opportunité de participer à un de ces grands rendez-vous de l’histoire. Il est vrai que de nos jours, il y a beaucoup moins de violence associée à ces grands changements du fait que les méthodes démocratiques sont ancrées dans nos moeurs. Cela n’empêche que les élections générales qui s’annoncent n’ont rien d’anodin et je ne dis pas cela à cause de l’alliance du PTR/MMM qui semble être la plus grande préoccupation de l’alliance opposante ou de beaucoup de Mauriciens qui s’expriment contre. Pour la première fois de ma vie d’adulte et d’électrice,  j’ai l’opportunité de valider ou pas un vrai projet de société ; j’ai l’opportunité de voter pour le changement et je vois concrètement le poids de mon vote.
Les enjeux des prochaines législatives sont pour moi la réforme électorale et la deuxième république. Nous avons adopté depuis 1992 un modèle républicain qui est centré sur le transfert de la souveraineté du peuple à travers les institutions. Ce modèle ne s’est que timidement mis en place et nous nous retrouvons toujours à faire de la politique qui gravite autour de certaines personnalités.  De plus en plus conscient de la condition humaine de nos grandes personnalités politiques, qui ont forgé la politique mauricienne, nous remettons en question le fonctionnement de nos institutions. La question de l’après se pose : si les pouvoirs que nous avions consenti à transférer à ces personnalités politiques qui ont fait leurs preuves de patriote se retrouvent entre les mains de personnes qui oublient leurs devoirs vis-à-vis de la population et qui pensent que la gestion de la patrie est leur dû et que la population mauricienne constitue leurs sujets…
Redessiner les paramètres ?du paysage politique
De ce fait la question de la deuxième république est d’une pertinence contextuelle. La fin d’une époque se dessine et les prochaines élections générales seront fondées sur les propositions que nous feront les contestataires politiques pour définir les bases de cette nouvelle ère qui se dessine. Tous sont d’accord que notre pays a besoin d’un nouveau souffle mais les deux blocs politiques principaux se proposent de gérer cette nouvelle ère différemment. Un bloc nous propose une deuxième république, qui selon beaucoup d’observateurs politiques est faite d’imperfections et à qui on reproche de ne pas permettre à la population d   e participer directement aux prises de décisions économiques, politiques et sociales.
Cependant cette deuxième république qui nous est proposée avec ses imperfections a pour ambition de redessiner les règles du jeu politique, redessiner les paramètres du paysage politique ainsi que le fonctionnement de l’état mauricien.
Les thèmes majeurs de cette deuxième république seront :
Une fonction présidentielle qui permettra de restreindre les pouvoirs du Premier ministre.
La réforme du système électoral.
Le financement des partis politiques.
La mise en place d’institutions qui lutteront contre le patronage politique, la fraude et la corruption.
Un assainissement des présentes institutions politiques/publiques.
Une République plus unie et solidaire.
Une plus grande compétition dans l’industrie des médias avec la venue de nouveaux compétiteurs dans l’espace audiovisuel.

Ce qui me plaît le plus dans cette proposition est le fait que la population aura l’option de choisir directement le Président qui aura non seulement la responsabilité de veiller sur nos institutions démocratiques mais aussi le pouvoir de manoeuvrer pour remplir pleinement sa fonction. La population pourra faire le choix de la personne la plus intègre et apte à occuper cette fonction en dehors des considérations communales. Cela est selon mon opinion une très belle façon de renforcer la souveraineté du peuple mauricien. Il est dommage que cette deuxième république ne prévoie pas de répondre à la demande de cette section de la population qui ne se retrouve pas dans les lobbies socio-culturels et qui voudrait aussi participer aux grandes prises de décisions. On aurait pu par exemple octroyer au Président le pouvoir de décider des sujets de référendum sans pour autant affecter l’efficacité de notre système parlementaire.
Il faudrait pour assurer le succès de cette nouvelle république où le peuple pourra tenir ses institutions responsables de leurs actions et décisions que le droit à l’information devienne une réalité. On pourra ainsi octroyer à cette population éduquée l’outil indispensable pour qu’elle s’implique dans la vie politique, qui est l’information.
Le deuxième bloc propose que les choses continuent comme elles l’étaient. C’est dommage puisqu’il s’attèle à dénoncer la formule de deuxième république proposée par le bloc MMM/PTR comme étant une qui amènera l’instabilité politique. Cependant, jusqu’à l’heure, ce bloc n’a rien proposé comme formule alternative pour une deuxième république. Leur proposition électorale se résume à ne surtout rien changer et à continuer comme avant. L’enjeu des prochaines législatives est donc clair. Nous avons le choix entre un assainissement du paysage politique ou simplement de continuer comme avant.