Pour remédier à la chute de performance des écoles de la localité, l’Organisation fraternelle de L’Escalier a mis en place en 2011 Lekol simin lespwar. Ce bel exemple de solidarité entre les villageois n’a pas tardé à porter ses fruits puisque l’établissement primaire de La Sourdine est passée la même année de 65 % à 100 % de réussite au CPE.
Après une journée passée à l’école du gouvernement de La Sourdine, Prakash Sooknah retrouve Lekol simin lespwar pour des cours d’anglais. Il est un des maîtres d’école à avoir rejoint ce projet d’accompagnement scolaire pour les enfants en situation d’échec de L’Escalier.
Comme lui, 11 autres enseignants, assistants-maîtres d’école et maîtres d’école à la retraite du village ont répondu à l’appel de l’Organisation fraternelle pour venir en aide à ces enfants démunis. Un an après son lancement, Lekol simin lespwar de L’Escalier est un bel exemple de solidarité où des habitants d’un village de différentes cultures et différents milieux, conjuguent leurs efforts pour un même objectif.
Les écoles de L’Escalier ne figurent pourtant pas parmi les écoles ZEP (Zone d’éducation prioritaire) ; elles ont toujours enregistré des résultats bien au-delà des 30 % minimum requis. En 2011, La Sourdine Government School affichait un taux de réussite de 65 % alors que celui de Sir Claude Noël Government School était de 73 %. Ce qui peut paraître comme une bonne performance ne l’est pas en fait, si on lit les chiffres dans l’autre sens : 35 % et 27 % d’échec respectivement. Ces deux écoles faisaient bien mieux dans le passé.
Préoccupation pour le village
L’Organisation fraternelle – qui oeuvre sur le plan social et qui tient absolument à se démarquer des Verts Fraternels – n’a pas souhaité rester les bras croisés devant une telle situation. « Nous avons réfléchi… Nous nous sommes dit que ce n’est pas possible qu’il y ait autant de drop outs parmi nos enfants. C’est le village qui en souffrira plus tard », explique Nicole Charles, secrétaire de l’organisation.
Avec la collaboration des deux écoles et le soutien financier d’Omnicane, opérateur économique du village, Lekol simin lespwar a été lancé au début du deuxième trimestre l’année dernière. « Nous avons approché des personnes du village travaillant dans le domaine de l’éducation. C’est ainsi que nous avons eu 12 volontaires pour assurer des cours de rattrapage trois fois par semaine. »
L’espace et les ressources humaines étant limités, seuls les repeaters ont été ciblés, à partir d’une liste remise par les écoles elles-mêmes. En plus d’être dans des situations d’échec, ces enfants évoluent souvent dans des familles démunies et parfois même, déchirées. « Comme les enfants arrivent directement de l’école, nous avons cherché l’aide d’Omnicane afin de leur offrir un goûté. Une maman et une volontaire de l’organisation aident à la préparation. »
De 65% à 100% !
Des 28 repeaters encadrés en 2011, 50 % ont réussi leurs examens du Certificate of Primary Education (CPE). Dans la foulée, l’école de La Sourdine est passée de 65 % à 100 % de réussite et Sir Claude Noël de 73 % à 82%. Un résultat inattendu et très encourageant pour Lekol simin lespwar, d’autant que les repeaters sont réputés pour être des cas très difficiles. « Nous remercions nos volontaires, en l’occurrence les maîtres d’école Mohesh, Sooknah et Bussy, le couple Naidoo, ainsi que Mildred Aworer, M. Seewoodarry, Géraldine Sylvestre, Georgie Lebrun, Harny Mootoosamy, Fabrice Giraumon et Mme Rambaruth. »
Fait important, signale le président de l’Organisation fraternelle Percy Tour, c’est que les 50 % n’ayant pas réussi au CPE ont trouvé une place dans un collège prévocationnel. En d’autres mots, il n’y a pas de drop outs.
Encouragés par ces résultats, les volontaires ont pris en charge un deuxième groupe d’élèves pour 2012. Comme il n’y avait plus de repeaters à l’école de La Sourdine, quelques slow learners ont été intégrés au groupe. La communication régulière avec les écoles permet de connaître le progrès et les besoins de chaque enfant.
Chaque groupe de jeunes apporte cependant un nouveau défi. Si celui de 2011 se montrait très déterminé – d’où la performance enregistrée –, le groupe de 2012 présente quelques difficultés. « Certains enfants vivent dans des milieux démunis. Ils n’ont pas l’encadrement nécessaire à la maison. Il est difficile pour eux de progresser dans ces conditions. »
Lekol simin lespwar a réagi à la situation en incluant un encadrement non académique. « Nous avons inclus des cours en Life Skills Management et mettons l’accent sur la discipline. Nous lancerons bientôt une école des parents en vue de les aider à bien assumer leurs responsabilités. » Comme pour prendre une longueur d’avance sur le curriculum, les enfants ont aussi été initiés à la sécurité préventive anti-incendie et aux conseils de la police.
Lekol simin lespwar ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Outre de s’assurer qu’aucun enfant de L’Escalier ne se retrouve en dehors du système, l’Organisation fraternelle veille au bien-être des familles. « Nous comptons 150 membres. Nous organisons plusieurs activités pour resserrer les liens de la famille. Plusieurs sous-comités s’occupent d’activités de loisirs, de sports, de l’éducation et de la culture. Nous avons également une aile féminine. »