Fascinés par la puissance des explosions volcaniques à l’origine de la création de Maurice, intrigués par la taille des trois volcans qu’apprivoise Le Petit Prince de Saint-Exupéry, vous vous êtes certainement demandés, au moins une fois dans votre vie, ce que cela pouvait donner d’embrasser ces parois, bouche des entrailles de la terre. La famille Rozbully de Nouvelle Découverte se ferait un plaisir de vous le faire découvrir en vous faisant visiter L’Escalier, « leur cheminée de volcan » à taille humaine.
Situé à environ 20 minutes de la route principale à Nouvelle-Découverte, ce petit cratère avec une cheminée qui semble être de la hauteur d’une chambre se trouve sur le vaste terrain familial des Rozbully. Pour y accéder, vous pouvez emprunter différentes voies, dont la route se trouvant sur votre droite à hauteur de Ripailles vers Eau-Bouillie.
Vous passez devant le Ripailles Samelan Sabah Shiv Shankar Mandir et admirez devant vous le paysage vallonné, façonné par la coulée de lave du volcan. Le terrain rocailleux avec une fine couche de sédiment est recouvert d’une végétation luxuriante, souvent des légumes comme le brède chouchou très répandu dans la région. Les lieux invitent à une balade, mais donne aussi une indication des précautions à prendre surtout en cette période hivernale. Le climat étant froid et humide à Nouvelle-Découverte, il est recommandé de vous couvrir, surtout si vous êtes frileux et de porter des bottes.
Dans la prairie
Pour cette première partie de la balade, rendue très agréable par la fraîcheur matinale, vous avancez sur une route goudronnée. Quelques habitations des deux côtés de la route, des planteurs qui travaillent leurs champs avec un fond de décor constitué de la chaîne de Moka sur votre gauche. Vous arrivez sur un sentier boueux qui traverse les champs. Attention à ne pas glisser.
En route, des agriculteurs qui vous parleront volontiers de leur travail et des lieux, surtout de la fameuse cratère de L’Escalier et les caves d’origine volcanique qui font leur spécificité. Chacun s’empresse à indiquer le chemin le plus simple pour y parvenir. Une odeur de bétail titille vos narines. Quelques mouches ça et là les agacent. La vue des bêtes broutant l’herbe dans la petite prairie est reposante. La chaîne de Moka continue à dominer la vue offrant en plus des fenêtres ouvertes sur la mer et la ligne d’horizon. Vous continuez sur une pente légèrement ascendante jusqu’à la plantation de Nizam Rozbully.
Âgé de 63 ans, Nizam Rozbully raconte au Mauricien que c’est son arrière-grand-père qui avait acquis 300 arpents de terre dans la région. Au fil du temps, pour des raisons diverses, la superficie appartenant la famille a diminué considérablement. Jusqu’à tout récemment ajoute-t-il, « les terres étaient sous culture de canne à sucre. Cela fait une quinzaine d’années qui nous sommes passés à la plantation de légumes ». Depuis quelques années, son fils Ali, 29 ans, l’aide dans les champs. Celui-ci sert aussi de temps en temps, de guide aux visiteurs.
« Nou plan petsai, sousou, lisou, pomdeter… Tout dépend des saisons », affirme Ali. « Il y a tous les jours du travail dans les champs : le désherbage, l’arrosage des pesticides… », ajoute-t-il en nous invitant à le suivre, dans un premier temps, jusqu’à une entrée de cave où il a planté des bananiers. « Nous avons bouché le passage à la surface parce qu’il y a trop de gens qui y venaient », affirme-t-il en dégageant l’entrée. Il explique qu’« une vaste cave d’une dimension de deux grandes chambres se trouve sous vos pieds ».
Tunnels volcaniques
Selon Reaz Rozbully, le cousin d’Ali, une grande partie des terres se trouvent sur des tunnels volcaniques. Dans son livre, Mauritius, a geomorphological analysis, Prem Saddul (Ed MGI, 1995, p. 131) note : « At the northern extremity of the village (NdlR : Nouvelle-Découverte), there are some spectacular lava tunnels which runs in a general north westerly direction from L’Escalier volcano. Along most of their length, the tunnels are quite narrow-4 metres wide and barely exceeding 2 metres in height ». Reaz Rozbully ajoute : « Il y a même un ancien cimetière enfoui ici ».
La visite se poursuit à travers la brousse. Vous traversez à proximité d’une ravine. Les parois sont recouverts de brède chouchou, entre autres végétation. Il faut faire attention aux sangliers, indique le guide. Selon lui, de temps à autre, ils quittent la réserve voisine pour venir chercher de quoi se nourrir dans les champs. Au bout de quelques minutes, vous arrivez sur la crête donnant sur le versant est et nord-est du pays. De ce côté-ci, c’est la plaine est avec au fond la chaîne de Bambous qui domine la vue. « Vous avez le village de Flacq et Belle-Mare en face de vous. Du côté droit, c’est Bar-le-Duc avec les relais de téléphone. Camp-Thorel se trouve non loin d’ici. Écoutez ! Le meuglement du bovin en provenance des fermes de Camp-Thorel… », lance Ali Rozbully. Le silence favorise aussi l’écoute des chants d’oiseaux sur place.
Retour sur vos pas pour aller enfin à la rencontre du cratère. L’occasion pour Ali Rozbully de raconter l’histoire légendaire de la région, celle d’un dénommé Basdeo dont le corps a été repêché au fond du conduit principal, relativement étroit, il y a plus de soixante ans.
Les petits princes
Un cône, dont une partie du paroi s’est effondrée, émerge derrière la haie de fataques. Vous vous approchez de lui pour le toucher. La surface est rugueuse. De la végétation pousse dessus. Un bref arrêt auprès du conduit principal avant de tenter de l’escalader pour atteindre le sommet. Il faut cependant faire attention car elle est en nette dégradation. Un regret pour Ali Rozbully qui ajoute : « cette cheminée était plus grande. Malheureusement, des gens l’ont détruite en partie et ont récupéré les pierres pour leur construction ».
Comme pour Le Petit Prince, pour lui, ce volcan n’est pas « que des aiguilles de roc bien aiguisées ». Une richesse du pays, il pourrait éventuellement contribuer à nourrir la famille à travers une activité quelconque. « On ne sait jamais ! »
Le petit volcan L’Escalier – ou plutôt ses vestiges – pourra avec le soutien des autorités – le tourisme, l’Environnement, la Culture entre autres – être conservées. Ainsi à l’instar du travail que fait Le Petit Prince sur sa planète, les deux cousins Ali et Reaz Rozbully pourront « ramoner le volcan éteint ».
« Le Petit Prince arracha aussi, avec un peu de mélancolie, les dernières pousses de baobabs. Il croyait ne jamais devoir revenir. Mais tous ces travaux familiers lui parurent, ce matin-là, extrêmement doux. » L’histoire de Saint-Exupéry retrouve ici tout son sens : « S’ils sont bien ramonés, les volcans brûlent doucement et régulièrement, sans éruptions. Les éruptions volcaniques sont comme des feux de cheminée. Évidemment sur notre terre nous sommes beaucoup trop petits pour ramoner nos volcans. C’est pourquoi ils nous causent des tas d’ennuis. » Or, à Nouvelle-Découverte, il est de taille humaine !
Le retour se fait de manière tout aussi agréable. Vous traversez de nouveau les plantations de légumes et regagner la route principale de Nouvelle-Découverte…