SONAKSHI DEERPALSING (19 ans)

FRIDAYS FOR FUTURE MAURITIUS

Quand on nous parle des crises écologique et climatique, notre imaginaire collectif nous pousse souvent vers l’idée que l’être humain est la cause de la destruction de la nature, avec une perception claire et nette de notre rôle d’agresseur et de celle de la planète, notre victime.  Pourtant, nous oublions avec trop d’aise que nous faisions partie de cette nature que nous détruisons, avant que nous lui tournions le dos, et que nous dépendons de cette Terre que nous exploitons. L’arrogance de notre espèce nous laisse croire qu’après avoir survécu cinq extinctions massives, la vie sur la planète ne survivra pas à notre règne, nous Homo Sapiens, grands maîtres de l’univers. Mais non seulement la planète survivra, nous, humains, mourrons, car en contribuant à la fonte des glaces, nous inondons les zones côtières sur lesquelles nombreux d’entre nous dépendent, en contribuant au réchauffement global, nous rendons l’agriculture dont nous avons besoin plus dure. Nous sommes la plus grande menace à notre propre survie.

Pourtant, il n’en fut pas toujours ainsi. Il est essentiel, afin de comprendre comment nous sommes parvenus à un stade aussi ridicule de la bêtise humaine que celui de l’autodestruction, de comprendre la source du problème. En nous penchant vers l’histoire de l’humanité, nous pouvons distinguer de différents systèmes de valeurs en rapport à l’environnement dans différentes communautés, durant des périodes différentes. Alors que les groupes d’humains chasseurs-cueilleurs, que nous avons tort d’appeler « primitifs » car ils possèdent bien souvent des systèmes sociaux très élaborés, se voyaient pour la plupart comme faisant partie de la nature et tentaient de vivre en harmonie avec elle, les groupes d’humains qui virent l’émergence de l’agriculture changèrent leur système de valeurs sur l’environnement d’un système ayant pour but la symbiose à un système se basant sur le contrôle et la dominance. Ainsi, au lieu de vivre selon ses besoins et les ressources déjà disponibles, la gourmandise nous poussa à produire en excès, plus qu’on n’en avait besoin et plus que la terre ne pouvait procurer de façon durable, ce qui créa une rupture entre nous, humains, et notre environnement naturel. Soudain, nous ne faisions plus partie d’un tout, mais nous faisions de notre mieux pour contrôler la nature, et ainsi de nous distinguer d’elle.

Il est donc important d’aller loin dans l’histoire de l’humanité afin de comprendre les causes des crises du climat et de l’écologie auxquelles nous faisons face aujourd’hui. Il est essentiel de se rendre compte que le système capitaliste qui encourage aujourd’hui la valorisation des profits monétaires au-dessus de celle de la sécurité de notre espèce dans son entièreté a pu émerger grâce aux lacunes dans notre système de valeurs quand on parle d’environnement, que l’on peut retracer aux débuts de l’agriculture chez l’espèce humaine, il y a 11 000 ans de cela. Nous oublions trop fréquemment que tout a une cause et que les conséquences de nos erreurs passées se ressentent toujours sur le très long terme. Lorsque nous voyons la mer envahir nos plages à une vitesse alarmante, ne blâmons pas seulement l’usine de plastique, mais blâmons aussi le système de valeurs qui a permis à cette usine d’exister, blâmons le système économique qui protège l’existence de cette usine, blâmons notre rapport avec le pouvoir en tant qu’espèce qui donne plus de valeur à cette usine qu’aux zones humides, qui sont déjà écologiquement sensibles.

À problème systémique, nous nous devons d’avoir une approche systémique. Nous devons tout d’abord admettre la faillite du système actuel qui engendre non seulement des problèmes écologiques et climatiques parmi tant d’autres, mais menace la survie même de notre espèce. Afin de trouver des solutions réelles à ces défis qui semblent trop grands pour conquérir, nous avons besoin de nous inspirer des communautés qui ont vécu et qui, pour certaines, vivent toujours en harmonie avec leurs environnements naturels. Malgré l’idée capitaliste que le développement réside dans le profit sur un, relativement, court terme et non dans la balance complexe entre santé, bien-être et survie sur le long terme, il nous faut réinventer notre perception du développement mais aussi remettre en question nos buts, en tant qu’espèce. Cette ère de surconsommation et d’excès dans laquelle nous vivons dans notre monde, dit « moderne », démontre bien que nous sommes trop hypnotisés par les plaisirs éphémères afin de se soucier de la durabilité de notre mode de vie et de la possibilité de survie des générations futures.

Ainsi, il est essentiel de se rendre compte des causes réelles et sur le long terme à la source des défis écologiques. Sans les comprendre, il serait impossible de créer un système meilleur qui ne sera pas basé sur les mêmes systèmes de valeurs de l’environnement aux nombreuses failles qui ont engendré les obstacles auxquels nous faisons face aujourd’hui. Il ne faut pas non plus oublier que non seulement nous dépendons de la planète pour notre survie, mais que la nature a aussi des valeurs spirituelles et culturelles et contribue aussi à la qualité de vie. L’être humain se doit de redescendre sur Terre et de se rendre compte que sa place se trouve dans le système naturel de la planète, et non pas au dessus de lui, car sa survie en dépend.