JASON LINGAYA

Ma petite fille chérie,
Je ne saurais te dire combien je suis comblé de te voir si joyeuse ces jours-ci avec ton quadricolore sur le dos, telle une cape de mousquetaire, allant et venant, dansant et célébrant à tout rompre à coups d’« ALE MORIS ! » vainqueurs, cette île Maurice qui gagne.
Oui en effet « Ale Moris ! Ale Moris !!! » Il me semble à moi, que ça fait très longtemps que cet « Ale Moris » n’avait vibré autant et de cette manière-là…
Toi tu te vois déjà en future basketteuse, championne de natation et coureuse de demi-fond tout à la fois ! C’est génial. En 1985, j’avais à peu près ton âge et j’avais été tellement bouleversé par l’équipe de foot nationale – la Dream Team comme on l’appelait – que moi aussi j’avais espéré un jour rejoindre ses rangs. Elle avait frappé très fort mon imaginaire de gamin.
Le sport de compétition pratiqué honnêtement, je l’ai appris bien plus tard, a dans son essence des vertus très nobles : il t’enseigne la rigueur, la persévérance et le dépassement de soi, entre autres… Les échecs et les succès s’y jouent des tours de passe-passe depuis toujours. Un jour on perd, un jour on gagne, tu sais. Mais si tu te donnes à fond et que tu perds quand même, eh ben tu gagnes malgré tout !! C’est une loi immuable (mais on en reparlera plus tard, je te le promets).
Regarde cette lanceuse de javelot, qu’est-ce qu’elle a dû en baver avant d’avoir pu projeter sa lance aussi loin, et cette athlète à la force colossale qui donne l’impression de soulever une ‘tonne’ sans aucun effort, combien ça a dû lui coûter en sacrifices pour en arriver là ! Et cette sprinteuse aveugle enfin, tu l’as vue comme elle s’élance sur la piste? On dirait une gazelle… N’est-elle pas tout simplement incroyable?
Je te vois aujourd’hui et c’est un peu comme si je te voyais pour la première fois. Tu as quatre tresses aux couleurs du drapeau à tes cheveux… Elles te vont bien. Il y a tant de pages à tourner, ma jolie. Mais ferme bien les yeux un instant et écoute… L’entends-tu qui monte en toi? Cette clameur sourde comme une marée gigantesque. Elle est dans l’air que tu humes, dans ton souffle et te tourne la tête. Cette musique étrange ce sont les premières notes d’une mélodie teintée de bonheur. Celle qui s’était cachée et qu’on croyait à jamais perdue. Celle aussi, par qui arrivent les miracles.
Car, par-delà les limites des hommes, des corrupteurs et des aboyeurs de service, par-delà les intransigeances et les incompétences éternelles, ces jeux nous redonnent soudain l’envie de rêver et de croire. Ecoute… L’entends-tu? Il y a là, une histoire qui se réinvente et se raconte tout bas. C’est l’histoire de ton pays. Et elle commence, ainsi: « Il était une fois, cette nuit, La Nation Mauricienne… »
De ton papa qui t’aime.