Je voudrais soumettre à votre attention ce que je crois être une proposition de solution gagnante et novatrice à la crise économique de la Grèce qui empire chaque jour.
    Partant d’une part de la justesse de la position du président français François Hollande, qui soutient qu’un volet de croissance économique est essentiel à une vraie solution, et d’autre part de la réticence germano-nordique d’apporter une contribution supplémentaire, – une réticence somme toute compréhensible au vu du retour (cyclique ?) à une situation grecque toujours catastrophique, malgré les milliards d’euros injectés à ce jour dans le circuit de son économie –, il y a peut-être une troisième voie alternative viable et nécessaire du fait de la nature extrême de la conjoncture.
Cette crise économique grecque qui s’approfondit en se pérennisant est clairement une situation exceptionnelle, qui appelle donc une solution novatrice et tout aussi exceptionnelle. A mon avis, dans ces conditions, afin de briser ce carcan et lancer (« jump-start ») une croissance économique grecque, il s’agit d’amener la Grèce à une dérogation européenne transitoire pour passer à l’utilisation de deux devises à la fois et en même temps : a) une nouvelle drachme à usage exclusivement interne et b) L’euro qui sera réservé aux transactions internationales/extra-muros exclusivement. Je m’explique.
    En résumé, la Banque centrale grecque devrait être amenée par la Communauté européenne à imprimer une nouvelle drachme pour utilisation en interne seulement – à la hauteur des besoins nationaux, et sans avoir à dépendre nécessairement d’emprunts externes en euros difficiles à venir et très coûteux en intérêts à payer. En convertissant une partie conséquente de sa caisse nationale d’euros en nouvelles drachmes, qu’elle dévaluera à volonté par rapport à l’euro suivant la demande de liquidités, la Banque grecque augmentera du coup les actifs monétaires nationaux et la fluidité économique intérieure. Ainsi, la Grèce aura libre cours à assurer les échanges internes à gré, obviant ainsi à ce blocage/ralentissement qui fait dépérir toutes les activités et secteurs de production et de consommation, qui sont en train de pâtir de l’assèchement de nouveaux crédits en euros. Ainsi seront renflouées et relancées en bout de chaîne, les activités économiques dans presque tous les domaines domestiques sauf les importations qui resteront, elles, toujours contractées en euros.
    La nouvelle drachme, partie à sa création en parité de valeur avec l’euro – 1 drachme = 1 euro –, sera progressivement dévaluée assez vite à, mettons, 90% de la valeur de l’euro dans un premier temps, et à moyen terme graduellement jusqu’à 60%, voire 50% de sa valeur dans 2 à 4 ans par exemple, selon conjointement les besoins domestiques et la supportabilité socio-économique ; le surcroît en volume de drachmes ainsi mobilisé permettra aux Grecs de disposer d’un supplément important d’actifs monétaires au service de l’économie intérieure, qui va irriguer la relance, en rendant possible le financement d’une part des dépenses essentielles, tels que les salaires (tant des fonctionnaires que du personnel du privé), des services sociaux sous-alimentés actuellement – ex. l’éducation, la santé, les aides sociales etc. – par des prêts bancaires internes plus facilement disponibles, initiés par la Banque centrale grecque.
    Par ailleurs, la nouvelle disponibilité de liquidités assurera d’autant le financement de nouveaux investissements industriels de tous genres, en impulsant surtout l’Industrialisation de Substitution des produits importés, ceux-ci devenant plus chers car importés en euros désormais à valeur renchérie. Ceci favorisera corollairement une nouvelle filière d’industrialisation d’exportation vu qu’avec la dévaluation stratégique, la production industrielle deviendra plus compétitive aussi longtemps que dure la période de relance boostée par la nouvelle monnaie. Celle-ci retrouvera sa place dans les musées à la fin de la période transitoire de rétablissement économique, qui selon mon estimation au « pifomètre », tournera autour de 5 à 8 ans. A l’arrivée, la nouvelle dynamique de production de richesses aura été stabilisée et consolidée sur le long terme.
NOTE : La dévaluation touchera tout le capital liquide d’euros à usage interne du pays et non seulement les emprunts consentis par l’Europe. Ce qui lui vaudra un volume de liquidités considérable, d’une part par la dévaluation directe, et d’autre part, par la création simultanée de la monnaie scripturale des banques privées accessoirement accélérée.
Quelques effets collatéraux intéressants et/ou négatifs
RETOMBÉES POSITIVES
a) Immédiatement et à court terme, grâce au caractère novateur du concept, la morosité qui mine la psychologie de la population grecque dans son ensemble, et qui s’amplifie, fera place à une lueur d’espoir ; et comme en économie, la CONFIANCE est la proto-condition de toute relance, c’est probablement cette expectative qui sera le pas le plus important dans la construction de toute dynamique de croissance.
b) Plus concrètement, l’important secteur du tourisme grec prendra rapidement un nouvel essor car, pour les Européens et autres touristes gagnant au change soudainement, la destination (historique) grecque deviendra du jour au lendemain plus abordable et compétitive en ces temps de pression récessive sur l’Europe et le monde. A venir donc, des EUROS et des DOLLARS frais.
c) La demande grecque de nouveaux crédits de la Communauté européenne se fera moins pressante, et en tout état de cause sera réductible de manière drastique, ce qui lèvera la chape de plomb récessionniste que fait peser l’économie grecque sur les européens en général.
d) L’effort de relance sera réorienté à la charge des Grecs eux-mêmes et dégagera les contribuables/gouvernements européens de nouvelles et lourdes contributions. Il s’agit d’un aspect très important pour les uns et les autres, les Grecs se responsabilisant de leurs manquements « cigaliens » du passé. Ce sera aussi un apprentissage national à la sagesse économique pour l’avenir.
e) La consommation grecque se tournera vers les produits pays, ce qui incitera un important accroissement de la production, dopée par le facteur multiplicateur économique classique en drachmes. Ceci mènera à la consolidation de la structure économique interne qui, à son tour, simplifiera la tâche des autorités greco/européennes pour…
f) …instaurer une fiscalisation normalisée et la « monitoriser » de près ;
car la devise utilisée étant la drachme dévaluée, qui ne serait donc pas  recherchée et convertible librement sur le marché international, ce fait assurera que le capital demeure contrôlable au sein du territoire grec et ne soit pas dispersé en euros dans des paradis fiscaux à travers la planète. La devise sera donc plus apte à être maîtrisée et fiscalisée.
g) Une économie qui se relance, attirera : 1) des investissements de l’extérieur dans le moyen terme ; 2) les capitaux grecs délocalisés dans des banques et autres institutions étrangères du monde…
h) Des obligations et des prêts bancaires en drachmes permettront aussi de financer EN URGENCE les entreprises en difficulté, donc d’en sauver une bonne part, tout en réduisant, voire inversant l’aggravation du chômage et la paupérisation – qui ont étendu leurs tentacules à la fois aux classes vulnérables et à la classe moyenne.
    En bonus (cerise sur le gâteau), toute relance servira à rassurer les nombreux possédants grecs qui auront déjà délocalisé leurs capitaux dans les banques étrangères et autres paradis fiscaux, et ce en leur ouvrant des perspectives de profitabilité intéressante chez eux ; et il peut être sobrement envisagé que, dans un deuxième temps, une partie conséquente de ces capitaux d’euros grecs placés à l’étranger, reviendra à la maison, pour deux raisons capitalistiques classiques. Entre autres, ces capitaux-là rapporteront, en drachmes, une plus-value immédiate par la dévaluation provisoire – monnaie qui progressivement sera réévaluée jusqu’à parité avec l’Euro en fin de cycle aussitôt la reprise enclenchée. En attendant, leur capital rapatrié sera ainsi bien moins vulnérable aux aléas de toute tendance baissière de l’euro vis-à-vis du dollar et du yuan, avec, en plus une quasi-certitude que la situation économique domestique, dans la conjoncture, n’aura d’autre voie que de s’améliorer. La sainte « confiance » ne tardera pas à s’étendre et se pérenniser en quelques années avec la reprise générale, et graduellement la remontée de sa valeur de change vers la parité drachme/euro permettra l’élimination de la drachme, laissant l’euro comme seule devise.
Il faudra s’attendre à ce que la perméabilité économique inter-états de la Communauté européenne provoque un effet de contagion de la relance grecque vers le reste du continent.
POINTS NÉGATIFS :
a) Aides, subventions et structures à prévoir : une réduction du pouvoir d’achat résultant de la dévaluation de la monnaie transitoire (la drachme), sera insoutenable par ceux au bas de l’échelle si elle n’est pas accompagnée de compensations adéquates. Études et mesures de compensation seront structurées en amont. Pour ceux qui ne parviennent pas à joindre les deux bouts, des subventions complémentaires de soutien doivent être prévues.
b) Inflation générale : une poussée inflationniste générale est à prévoir et devra être contenue dans des braquets raisonnables. Des réglementations – par ex: gels ciblés de prix, structures de contrôle, établissement de sanctions pénales dissuasives, compensations salariales…
c) ‘Hoarding’ d’euros : un réflexe de thésaurisation illicite d’euros va certainement créer une pénurie de cette devise pour un temps dans certains secteurs qui dépendent de l’euro. Ces pénuries temporaires seront en gros limitées car cantonnées à quelques secteurs spécifiques liés aux transactions avec l’étranger. Des mesures adéquates doivent prévenir et pallier ce comportement. Des dispositions doivent être prises pour remédier à toute rupture de disponibilité de la devise européenne à la Banque centrale grecque et un fonds supplémentaire de sauvetage d’extrême urgence à la BCE doit être prévu.
d) Propagande contraire : Il faut s’attendre à de la propagande contraire organisée et la battre en brèche, par une campagne d’explication adéquate.
NOTES GÉNÉRALES
    De nombreuses autres ramifications avantageuses découleront de la remise en état de l’économie grecque. Naturellement, la mesure de double devise (drachme-euro) ne peut être qu’exceptionnelle, et réservée aux cas extrêmes comme celui de la Grèce. Elle ne sera appliquée que sous la supervision étroite et permanente des autorités européennes sur une durée limitée, jusqu’à extinction complète dans un délai à être déterminé par ces mêmes instances.
L’exemple de la cohabitation monétaire de la double devise a bien existé dans le passé européen chez chacun des 17 États, dans une dynamique inverse, c’est-à-dire pendant la récente période de transition de la conversion monétaire de chaque devise nationale au profit de l’introduction de l’euro. Donc, tant l’euro que les anciennes devises de chaque pays ont bien coexisté pendant plusieurs mois, sans poser de réel problème, même si c’était alors plus compliqué, car les deux devises couraient concurremment sur le terrain. Et même, cette situation était encore plus difficile, vu la révolution que constituait le concept même de l’euro. Il ne s’agit cette fois que d’une répétition simplifiée de cette situation.
*N.B : Critères indispensables de réussite         
• 1. Une condition indispensable du succès de ce plan de relance de la croissance grecque, reste l’application d’un taux d’intérêt très faible. A mon sens, il ne doit pas dépasser 1.5% à l’emprunt au détail – (ex : 0.75% Banque centrale européenne + 0.25% Banque centrale grecque + 0.5% banque de détail = 1.5% total à l’emprunt), afin d’inciter les entrepreneurs et consommateurs. Il s’agit également de les protéger pendant leur période de progression et de consolidation, et surtout de veiller à ce que les banques ne raflent pas la plus-value générée des efforts des entrepreneurs et ne tuent toute la reprise qui en découlerait grâce à l’effet multiplicateur. Et grever ainsi la relance en amputant une part importante des actifs de roulement monétaires. Les banques gagneront toujours d’intéressantes marges par l’augmentation conséquente de monnaie scripturale qu’elles créeront à leur niveau, enflée par l’accroissement du volume de transactions. Le Japon est un exemple vivant de ce processus.
• 2. Pour rappel : toutes les transactions transfrontalières sont faites en euro dans les deux sens.
• 3. La Grèce reste donc définitivement dans la zone euro.
• 4. On disposera du temps requis pour revisiter et mettre en place tout le mécanisme d’une fiscalité juste et performante, et un système de contrôle financier efficace dans le pays.
    J’espère sincèrement que cette réflexion puisse être, dans les grandes lignes, un apport en soutien à la croissance, volet indispensable d’un dispositif de sortie honorable et pérenne de la crise socio-économique grecque. Aux grands maux, les grands moyens !
    Je vous prie d’agréer, Messieurs les Chefs d’Etats de la zone euro, l’expression de mes salutations distinguées.