C’est à une méditation autour de la rencontre de Jésus ressuscité avec les deux pèlerins désemparés d’Emmaüs que l’évêque de Port-Louis, Mgr Maurice Piat, a consacré cette année sa lettre pastorale en marge du carême chrétien qui débute le mercredi 5 mars. Un mandement de carême dont la publication un peu à l’avance coïncide avec le démarrage, en ce mois de février, du vaste exercice de consultation d’entreprend le diocèse de Port-Louis pour évaluer la manière dont elle annonce l’Évangile de Jésus-Christ.
«Il s’agira, explique l’évêque catholique, d’évaluer le service qu’offre l’Église à Maurice dans des domaines tels que l’aide aux familles ou l’Éducation». Il explique, de même, que l’Église se sent responsable, au nom de l’Évangile qu’elle professe, de tirer parfois la sonnette d’alarme dans d’autres domaines comme celui de l’économie quand elle fait, par exemple, le constat de l’insuffisance d’emplois pour les jeunes ou encore pour plaider en vue de la promotion du bien commun dans le domaine de la politique.
«L’Église a reçu en l’Évangile un trésor qu’elle est appelée à partager, même s’il est vrai qu’en raison de ses propres faiblesses, c’est dans un vase d’argile qu’elle garde ce trésor», souligne l’évêque de Port-Louis. Il concède de même que l’Église ne prétend pas avoir des solutions à tous les problèmes du pays. Baptisée Projet Kleopas, cette vaste consultation, qui est en fait un projet synodal, vise à prendre la mesure des attentes de la communauté des fidèles catholiques mais aussi des baptisés aux frontières de l’Église de même que des autrement croyants quant aux moyens par lesquels l’Église à Maurice peut parfaire son service à la société. Mgr Piat indique qu’une écoute particulière sera accordée «à ceux qui n’osent pas s’approcher».
Dans sa lettre pastorale en vue du carême qui démarre le mercredi 5 mars pour aboutir à la célébration de la fête de Pâques, prévue cette année pour le dimanche 20 avril, l’évêque de Port-Louis rappelle l’exhortation du pape François appelant les catholiques à ne pas seulement se préoccuper de «garder la foi», mais de la partager. Il explique que le but du Projet Kleopas vise à «connaître personnellement le bonheur d’être envoyé par le Christ pour partager la joie de l’Évangile».
Alors que, explique-t-il, le chrétien ne connaît pas toujours comment s’y prendre pour annoncer l’Évangile de Jésus-Christ «de manière à ce qu’il transforme sa vie», l’évêque catholique propose à cette fin, dans son mandement de carême, une méditation autour de la rencontre de Jésus avec Kleopas et l’autre pèlerin d’Emmaüs comme raconté dans l’Évangile selon Saint Luc. Bouleversés par la mort de Jésus après que ce dernier a été injustement condamné par Pilate au crucifiement sous la pression des autorités religieuses juives, le Christ ressuscité se fait un compagnon anonyme des deux disciples désemparés sur la route d’Emmaüs.
Coups durs
«Il se fait tellement simple que Kleopas et l’autre disciple, dans leur trouble, ne le reconnaissent pas», écrit Mgr Piat. «Pour éclairer les événements troublants de sa Passion, Jésus fait appel aux Écritures. Il passe en revue l’histoire de Moïse et des prophètes pour montrer qu’à chaque fois qu’il y a des coups durs ou des défis qui paraissaient impossibles à relever, Dieu redit à son peuple qu’Il est avec eux», souligne l’évêque de Port-Louis. Et de citer, entre autres, Moïse qui a peur d’aller trouver Pharaon pour lui demander de laisser partir son peuple et à qui Dieu dit : «Je serai avec toi.»
«Comme Kleopas, explique Mgr Piat, nous sommes, nous aussi, tentés d’être découragés» et «avoir l’impression que ce sont, par exemple, des gens comme les trafiquants de drogue ou les corrompus qui l’emportent toujours, ou que le souci du bien commun ou du développement humain des plus pauvres que l’Évangile recommande ne semble pas faire le poids». Mais, dit-il, «Jésus ne nous juge pas». «Comme Kleopas, il nous invite à passer de nos rêves d’un messie puissant qui redresserait rapidement les dysfonctionnements de notre société. Apprenons de lui à annoncer l’Évangile comme des pauvres avec la sagesse du semeur». Au moment où débute le temps d’écoute, première étape du Projet Kleopas, l’évêque de Port-Louis appelle ceux qui vont participer à l’exercice à «ne pas chercher à produire des résultats tout de suite» mais à «laisser l’Esprit faire son travail».