«L’Eglise doit remettre en question sa façon d’annoncer l’Evangile aux familles», estime Mgr Maurice Piat dans sa Lettre pastorale de carême 2015 rendue publique en début de semaine. Dans ce mandement de carême consacré à la famille dans son sens le plus large – famille nucléaire, famille élargie, famille recomposée, famille monoparentale -, l’évêque catholique reconnaît que dans sa pastorale auprès des familles, l’Eglise n’est, sans doute, pas suffisamment sortie d’elle-même en vue de rejoindre les familles dans leurs réalités concrètes; à se faire proche d’elles; à les écouter. Pour l’évêque catholique, le contexte social en évolution ou la culture libérale ambiante ne peuvent tout expliquer.
Mgr Piat soutient que même si, souvent, elle est la cause de ses plus gros soucis, pour chaque être humain, sa famille reste son bien le plus précieux. «Elle est, dit-il, la source où nous puisons les ressources de générosité et de confiance en nous-mêmes pour continuer la route sans baisser les bras». L’évêque catholique explique que Dieu «n’a pas honte» des problèmes que peuvent rencontrer des familles. «Il ne s’offusque pas de nos faiblesses ni même de nos péchés».
Mgr Piat laisse comprendre qu’au-delà d’un certain style de vie contemporain favorisant une plus grande permissivité, il existe, en amont de drames familiaux, tels les séparations et les divorces, d’autres causes dont «la course effrénée au profit qui se soucie peu du développement humain des personnes». Celle-ci, selon l’évêque de Port-Louis, «contribue à la précarité de l’emploi, à un coût de vie toujours plus élevé et à des horaires de travail toujours plus écrasants pour les familles».
Abordant l’enseignement de l’Eglise sur la famille, Mgr Piat avoue que celui-ci est perçu par beaucoup comme «un ensemble de règles et de pratiques souvent impossibles à appliquer». Pour lui, ces familles perçoivent cet enseignement comme «un bel idéal, mais pas réalisable dans leur vie». C’est ainsi que, avance l’évêque catholique, beaucoup ont l’impression d’être mis devant un «choix cruel»: tout accepter – ce qui leur semble impossible – ou se retrouver plus ou moins marginalisé par l’Eglise – ce qui leur paraît injuste.
Mgr Piat parle, ainsi, de «terrible malentendu» favorisé, explique-t-il, par la tendance, dans l’Eglise, à évoquer le «contexte social» qui a évolué et qui n’est plus «porteur». Blâme qui s’étend aussi à la «culture ambiante libérale». Or, argue l’évêque de Port-Louis, «aucun milieu de vie, aucune situation ne doit être considérée comme imperméable à l’Evangile». Pour lui, en effet, «c’est l’Eglise qui doit se remettre en question sur sa façon de présenter l’Evangile comme Bonne Nouvelle aux familles».