Le 160e anniversaire du diocèse anglican cette année est au coeur du traditionnel mandement de carême de Mgr Ian Ernest, qui a été présenté à la mi-journée aujourd’hui. Dans ce message intitulé « Unis dans la foi pour servir », l’évêque de Maurice parle de « l’héritage » et du « futur » de la communion anglicane.
Mgr Ian Ernest met en exergue les réalités de la société moderne qui ont une répercussion sur le mode de vie y compris sur la mission de l’Église, évoque les nouveaux défis auxquels celle-ci doit répondre et soulève des questions pertinentes qui risquent de bousculer certains fidèles. Il souhaite que la célébration de ces 160 ans génère une « nouvelle énergie » dans la communion anglicane et appelle les anglicans à « une nouvelle impulsion » dans leur foi et à un « nouvel élan missionnaire ». « Il est temps de donner à notre vie communautaire un souffle nouveau qui s’inspire de vie des premiers chrétiens. (…) Nous avons tendance très souvent à vivre dans la nostalgie d’un passé colonial glorieux. Mais maintenant une Église mauricienne doit rayonner et ainsi faire de la place à sa culture, à la langue créole, à sa musique et à ses réalités ».
Mgr Ernest brosse le parcours de la communauté anglicane durant ces 160 dernières années, une « expérience magnifique et merveilleuse », tout en reconnaissant « certaines erreurs du passé ». Il affirme que ce diocèse dont il est le responsable aujourd’hui a depuis son existence « essayé de forger son identité sur celle des premiers chrétiens » et a su garder durant ces 160 ans « un équilibre qui reflète une fidélité aux demandes de l’Évangile » malgré sa diversité d’appartenance. Il s’agit à présent de continuer la route et Mgr Ernest est conscient que le chrétien se trouve par moment dérouté par certains changements. Mais les problèmes de société ont aussi marqué la vie des premiers chrétiens, dit-il. « Quand St Paul écrivait aux chrétiens de Corinthe, il vivait dans un monde plus ou moins similaire au nôtre. Comme en son temps, les relations humaines, aujourd’hui, sont totalement épuisées et les divisions entre les différentes composantes de la société sont profondes. Le comportement de certains de nos contemporains est loin d’une attitude de vie qui soit respectueuse de soi et des autres. Les diverses croyances religieuses génèrent la confusion. Aussi, en plus d’une pauvreté structurelle qui s’étend, il existe à présent de nouvelles formes d’esclavage, ce qui ne peut que nous affliger », écrit Mgr Ernest dans sa note d’introduction. Il note aussi que « l’esprit de partage est souvent pris en otage par un esprit égocentrique qui veille à ses propres intérêts et à ceux de son groupe d’appartenance ».
Et ce dernier d’interpeller les fidèles sur les questions suivantes : « L’Église ou l’ensemble du corps des baptisés peut-il encore survivre ? Pouvons-nous vivre d’une foi éprouvée par un vent fort de sécularité, de discussions vives sur les enseignements religieux, d’une culture qui ose défier l’intégrité de la nature humaine façonnée à l’image de Dieu ? Quels héritage laissons-nous à nos enfants et à nos petits-enfants ? »
Religion statique
Dans ce mandement, le chef de l’Église anglicane donne des pistes pour une nouvelle approche missionnaire et évangélique. « Il est temps de donner à notre vie communautaire un souffle nouveau qui s’inspire du modèle de vie des premiers chrétiens. Comme enfants de Dieu, nous sommes appelés à ne pas négliger notre responsabilité car sans partage et sans amour, notre monde plongera dans les labyrinthes de la violence, de la peur, de l’intolérance et de l’illusion ». S’inspirer de la vie des premiers chrétiens ne signifie par pour autant, souligne-t-il, une Église figée et qui s’accroche au passé. Un des grands dangers qui guette l’Église est « d’adopter une religion statique qui engendre un renfermement sur les traditions du passé ». Or, dit Mgr Ernest, les enseignements du Christ et les prophéties « sont toujours de nature radicale et prônent une nouvelle manière de vivre ». A son avis, il serait approprié aujourd’hui que l’Église anglicane à Maurice se consolide davantage sur les réalités linguistiques, culturelles et sociales de l’environnement dans lequel elle évolue. « Nous avons tendance très souvent à vivre dans la nostalgie d’un passé colonial glorieux » déplore l’évêque de Maurice. « Mais maintenant une Église mauricienne doit rayonner et ainsi faire de la place à sa culture, à la langue créole, à sa musique et à ses réalités qui ne cessent d’évoluer et d’orienter la nation arc-en-ciel que nous incarnons ».
La résistance aux changements serait un des principaux défis que l’Église anglicane se doit de relever. « Une des plus grandes difficultés que nous rencontrons est bien cette attitude à résister aux changements et au développement d’un esprit d’ouverture. Il nous faut travailler pour un changement de coeur et d’attitude. Notre action sociale fera de nous une Église sans murs qui permettra à la Parole de Dieu de pénétrer le monde ».
Dans le chapitre 2, axé sur la question de l’unité des chrétiens (“Être unis : un besoin fondamental dans nos vies”), Mgr Ernest déplore que cet « esprit d’unité a été mis à l’écart » et fait un plaidoyer en faveur de l’oecuménisme qui, note-t-il avec un certain regret, tarde à se concrétiser. « L’histoire de l’Église nous démontre que les différences sur le plan doctrinal et théologique ont eu raison de cet esprit d’union qui est le propre même du Corps du Christ (…) En regardant tout autour de nous, l’unité semble impossible ». Il soutient que la communion anglicane en ce 160e anniversaire affirme son appartenance à une communion universelle unie dans la foi et vivant d’une commune identité. L’évêque de Port-Louis plaide pour une « unité dans la diversité ». « Notre richesse à nous est bien notre capacité à vivre avec des variances de diversité tout étant fidèles à la foi qui nous est offerte et qui est définie par la parole de Dieu et par la doctrine et la discipline de vie de notre Église ».