L’évêque de Port-Louis a présenté hier sa lettre pastorale à l’Évêché. « Pourquoi cette méfiance alors qu’il y a du Mauricien en nous ? C’est triste… D’accord, il dort de temps en temps, mais il faut le réveiller. Surtout avec l’approche de la fête nationale », écrit Mgr Maurice Piat. Cette interrogation avait trait au Best Loser System. Dans cette publication annuelle, il exprime son avis à travers cette question : « Pourquoi […] avoir peur d’être représenté au Parlement par d’autres que les nôtres ? »
« Pourquoi garder dans notre Constitution l’inscription d’une telle méfiance ? Est-ce avec elle que nous bâtirons une nation mauricienne ? Pourquoi désespérer du Mauricien qui sommeille en nous ? Il n’est pas mort, il dort. Qui le réveillera ? » écrit Mgr Maurice Piat. Voyant dans la réticence d’abolir le Best Loser System (BLS) un « brouillard communaliste », le chef de l’Église catholique à Maurice, qui accorde dans cette nouvelle lettre pastorale une place importante à la foi, considère que celle-ci est semblable à une « petite lumière qui s’allume au fond de notre conscience. Elle nous rappelle qu’il est possible de vivre autrement ».
L’évêque de Port-Louis insiste sur le pronom personnel “nous” pour bien faire ressortir l’idée d’un groupe ayant une commune destinée : « Nous avons tous été créés par Dieu à son image […] nous sommes tous les enfants d’un même Père, […] nous sommes tous sauvés par le Christ, nous sommes tous attendus autour d’une même table dans sa maison, là où nous sommes destinés à vivre ensemble pour l’éternité ». Tant qu’à faire, devait-il ajouter, « est-ce qu’on va dire “mo pa pou asiz kot enn mizilma, kot enn indyen” etc. Pourquoi se protéger contre les autres ? ».
Intitulée Le Bonheur de Croire, la lettre pastorale de carême comprend trois parties : 1) Réveiller la foi, 2) Cultiver la foi et 3) Partager sa foi. Explicitant l’intitulé du livret, Mgr Piat souligne que « croire n’est pas un fardeau. C’est un bonheur ». L’évêque rappelle que c’est suite à la décision du pape Benoît XVI de promulguer une Année de la Foi qu’il a choisi de s’attarder sur ce thème. Anticipant les interrogations des lecteurs sur la pertinence d’une “Année” de la Foi alors que le pays a des défis de taille à relever – « la crainte d’une montée du chômage avec les répercussions de la crise financière internationale sur notre économie ; la mise en pratique du rapport de la Commission Justice et Vérité qui nous appelle à réparer les torts causés par l’esclavage et l’engagisme dans les domaines de l’éducation, du logement, de l’emploi ; une corruption qui s’installe et s’étend ; l’expansion du trafic de la drogue qui détruit beaucoup de familles et déstabilise notre société » –, Mgr Piat reconnaît que cela peut étonner. Mais, dit-il, lorsqu’on est touché par la « folie de Dieu » manifestée à travers « l’amour gratuit » de Jésus qui est « allé jusqu’à donner sa vie » pour nous sauver, le coeur de l’homme change. Et, « le monde change quand le coeur de l’homme change ». La force de cet amour de Dieu, avance-t-il, n’est pas seulement que Jésus est ressuscité mais « cet amour ressuscite les hommes ».
L’évêque invite ainsi à l’occasion du carême « à entendre le Seigneur qui frappe à notre porte. Il cherche à réveiller notre foi. Elle peut facilement s’endormir ». La foi, selon lui, « est comme une plante qu’il faut soigner tous les jours ».
Mgr Piat a également parlé de la peur, « une chose qui paralyse notre société ». « Quand on croit, on n’a plus peur. On est libre. On a bien moins peur de la mort. On avance vers la mort avec une sérénité parce qu’on comprend que la mort est un passage ».
C’est pour commémorer le 50e anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II (12 octobre 1962) que cette Année de la Foi (du 11 octobre 2012 au 24 novembre 2013) a été décrétée à Rome. À Maurice, l’Année de la Foi sera ouverte le 14 octobre à Marie Reine de la Paix. Le livret de carême est disponible dans les paroisses dès aujourd’hui à Rs 50. Il est accompagné d’un CD de la version kreol de la Lettre pastorale.