« Se enn skandal inakseptab. Au lieu de retirer la taxe sur les produits moins dangereux que l’amiante, le gouvernement, à travers le ministère du Commerce, a commis la bêtise d’amender le Consumer Protection Regulations en cachette afin de permettre l’importation des produits contenants des fibres d’amiantes (voir encadré), et ce sans aucune restriction. Boukou Mauricien pou mor ?! Parce que l’amiante est une menace sérieuse à la santé publique », s’est indigné le président de la CTSP, Reeaz Chuttoo, qui, avec ses membres, manifestaient vendredi devant les locaux du ministère du Commerce, à l’Air Mauritius Building, à Port-Louis, contre cette décision gouvernementale.
Le syndicaliste a rappelé que, depuis 1999, l’importation des produits contenant de l’amiante avait été interdite à Maurice, suite à une campagne d’information intense de la CTSP pour protéger la santé publique contre le danger de l’utilisation de ce produit dangereux. Reeaz Chuttoo rappelle que l’amiante est un produit dangereux qui provoque des maladies respiratoires et des cancers de poumons des années après que les gens ont arrêté d’être exposés à ce produit. Les particules d’amiante ressemblent à des aiguilles et sont 400 à 500 fois plus minces qu’un brin de cheveux. « L’amiante est identifiable dans les patins de frein, les céramiques, les produits d’isolations, les câbles électriques, la peinture, mais aussi dans les produits étanches, la neige artificielle, le vinyle, les crayons de couleurs… » a expliqué Reeaz Chuttoo.
L’orateur s’insurge qu’alors que partout ailleurs dans le monde les gouvernements sont en train de prendre des mesures pour interdire l’utilisation et l’importation et exportation de l’amiante afin de protéger la santé publique, le gouvernement mauricien, lui, prend « cette décision rétrograde de permettre l’importation de ce produit dangereux pour les humains ». Reeaz Chuttoo transmet ainsi que la CTSP ne comprend pas la logique contre une telle décision. « Le ministère du Commerce a-t-il consulté le Dangerous Chemicals Board et l’Occupational Health and Safety Department du ministère de la Santé ainsi que le ministère du Travail ?? Ou est-ce que cette décision, qui va à l’encontre des principes de la santé publique, ne profite qu’à un lobby du secteur privé ?? » s’interroge-t-il.
Il poursuit en disant qu’« alors que l’International Community of Experts on Asbestos n’a toujours pu déterminer un seuil limite de l’exposition à l’amiante et que l’Organisation mondiale du Commerce a décrété que l’amiante ne peut être l’objet d’un commerce libre, le gouvernement mauricien a ignoré toute cette mise en garde contre la dangerosité de l’amiante et met ainsi en péril la santé de milliers Mauriciens en les exposant, à leur insu, à ce produit dangereux ».
Reeaz Chuttoo se dit d’autant plus remonté contre « cette décision rétrograde du gouvernement » qu’il y a toujours, à Maurice, des bâtiments publics et privés qui contiendraient de l’amiante, soit autant d’épées de Damoclès suspendues sur la santé des Mauriciens. Cette décision est décrite comme « scandaleuse » par les syndicalistes car, selon eux, les ministères du Travail, du Commerce et de la Santé ne « disposent pas d’équipements appropriés pour analyser des échantillons de l’air ambiant pour détecter la présence de fibres d’amiante ».
Reeaz Chuttoo relève que, d’une part, l’inspectorat du ministère du Travail manque d’effectifs pour faire des visites surprises sur les sites où l’on manipulerait ces produits contenant de l’amiante et que, d’autre part, « 92% des employés du bâtiment travaillant dans des conditions précaires sur des contrats à durée déterminée, qui osera se plaindre au ministère même s’ils découvrent qu’il est exposé au danger de l’amiante dans son travail ?? ».
Dans ce contexte, poursuit le syndicaliste, la Section 12(2)(a) de l’Occupational Safety and Health Act (OSHA) 2005 donne le droit à un employé – du secteur privé comme du secteur public – de demander à son employeur de l’informer s’il court un danger imminent ou s’il est exposé à un produit dangereux.
« Quoi qu’il en soit, si un employé a un “soupçon raisonnable” de penser qu’il est exposé à un danger ou à un produit dangereux sur son lieu de travail, la Section 12(3) de l’OSHA 2005 lui donne le droit de cesser immédiatement de travailler sans s’exposer pour autant à des poursuites au civil ou au pénal ou à des mesures disciplinaires », insiste Reeaz Chuttoo.
Le syndicaliste a ainsi signifié l’intention de la CTSP d’alerter l’opinion internationale pour dénoncer cette « décision rétrograde » du gouvernement, qui met ainsi en danger la vie de milliers de Mauriciens ainsi que celle des générations futures.