Comme d’habitude, diront sa cour lors d’une réunion, dans la désormais fameuse cuisine où sont prises les décisions que ratifie le gouvernement. Enfin, diront ceux qui pensent que Pravind Jugnauth n’a toujours pas fait ses preuves comme Premier ministre. En tout cas, en faisant nommer son avouée — qui est, par ailleurs, la cousine de son épouse — au  sein de l’Electoral Boundary Commission et de l’Electoral Supervisory Commission, il a réussi un véritable exploit. Celui de faire les quatre partis de l’opposition parlementaire s’associer dans une même action.

Chose qu’ils ne parviennent pas à faire depuis plus d’un an tant leurs égos sont surdimensionnés, leurs querelles non réglées et leurs objectifs opposés. Dans le cas de cette nomination, les quatre leaders se sont retrouvés sur la même longueur d’onde, ont défilé au château du Réduit l’un après l’autre pour aller protester auprès du vice-Président, qui se serait bien passé de cette affaire.

Dans un premier temps, et le PM et son avouée ont déclaré qu’il n’y avait rien d’illégal dans cette nomination, et la nominée a même fait valoir ses bagages et sa bonne réputation auprès de ses confrères. Mais quand on a appris que non seulement l’avouée était la cousine, mais qu’elle avait été très active dans la circonscription No8 pour faire élire Pravind Jugnauth, qu’elle avait été donc son agent et une activiste du MSM, les choses ont changé. Est alors montée de la majorité silencieuse une condamnation d’une telle force que, malgré sa bonne réputation, ses bagages académiques et son expérience, l’avouée a été obligée de se désister.

Ce n’est pas la première fois que Pravind Jugnauth nomme ses proches — aussi bien au niveau familial que politique — à des postes de responsabilité, sans veiller à ce que les nominés soient non seulement compétents, mais peuvent également “deliver the goods” aux postes où il les place. C’est ainsi qu’on a eu une Présidente qui a postulé et obtenu le poste de directrice générale d’une institution gouvernementale qu’elle a transformé en bureau de lobbyiste. C’est ainsi qu’une avocate, qui n’avait pas les qualifications nécessaires, a dû démissionner d’une autre institution où Pravind Jugnauth l’avait fait nommer.

On aurait cru que ces expériences, désastreuses pour l’image de marque du gouvernement, auraient incité le PM et ses conseillers à plus de prudence. Mais il semblerait qu’au PMO et à la cuisine, le maître mot soit “we are government and we decide” et ce que peuvent dire et penser l’opposition et le public ne compte pas. Résultat, non seulement Pravind Jugnauth a réussi à unifier l’opposition, mais son avouée est contrainte de soumettre sa démission. Dans tous les cas de figure, cette nomination n’a fait que donner une image négative du gouvernement et de celui qui le dirige. Au lieu de nettoyer les écuries d’Augias, comme il l’avait promis pendant la campagne électorale, Lalians Lepep donne le sentiment de vouloir au contraire les réhabiliter et les institutionnaliser. Mais à quoi servent donc ces conseillers qui officient au PMO ou dans la cuisine ?

La police fonctionne de plus en plus à plusieurs vitesses. Dernier exemple en date: des menaces ont été postées depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux contre les membres du collectif Arc-en-Ciel. Les internautes qui menacent sont opposés à ce que les Lesbiennes, Gays, Bi et Trans (LGBI) mauriciens revendiquent leurs droits et organisent  leur activité annuelle: la marche des fiertés. Quand il s’agit d’un internaute qui demande que l’on manifeste contre l’augmentation du prix de l’essence ou d’un autre qui poste un photo montage du PM, la police réagit immédiatement. Elle retrace l’internaute, l’interpelle, le conduit aux Casernes centrales pour un interrogatoire musclé suivi d’une accusation provisoire.

Dans le cas des menaces graves contre les organisateurs du collectif Arc-en-Ciel, et en dépit de plaintes en bonne et due forme, la police n’avait pas encore réagi, hier. Un manque d’enthousiasme qui oblige à se poser des questions. Est-ce que la police aurait peur de certains internautes ou aurait-elle reçu des instructions pour ne pas réagir? En attendant la réponse à cette question, reprenons la formule de sir Anerood Jugnauth, ministre responsable de la police, apprenant qu’un suspect arrêté avait pu quitter un centre de détention pour aller prendre l’air: “Si kumsa,  vomyé mett vagabond mem en sarz dan lapolis!”