Il n’y a pas eu de remake de 2018. Hier, à l’appel du Collectif Arc-en-Ciel, ils étaient des centaines à défiler dans les rues de Port Louis pour demander des droits égaux pour tous, y compris ceux appartenant à ladite communauté LGBTQ (Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transgenres et en Questionnement). Et si l’an dernier des manifestants se revendiquant musulmans s’étaient regroupés pour, de façon très agressive, rendre la marche impossible, elle s’est déroulée cette année comme prévu. Avec toutefois quelque chose de différent.
Il convient de le rappeler : c’est en réaction à la brutalité policière qu’est né ce qui allait devenir, au fil des années, la Gay Pride. Brutalité qui s’exerce dans la nuit du 27 au 28 juin 1969, lorsque la police new-yorkaise opère des descentes qualifiées de « musclées » dans les bars gays de Greenwich Village. Trois jours d’altercations suivront. Un an plus tard, pour commémorer ces événements, les militants gays de New York organisent une marche. Ce sera la première GayPride. Un mouvement qui gagnera par la suite l’Europe à partir de 1971.

A partir des années 1990, le terme «gay», jugé pas assez représentatif des autres mouvements, cède la place à LGBT, afin de montrer la diversité de ce milieu tout en ayant un vocabulaire commun pour les personnes « non-hétérosexuelles ». Depuis, le sigle lui-même n’a cessé d’évoluer : aujourd’hui en France, on peut dire LGBTQIA+, et dans les pays anglo-saxons, le nom s’est davantage allongé pour devenir LGBTQQIP2SAA. Englobant aussi les réalités de ceux se décrivant comme intersexe ou asexuel, entre autres.

Un sacré foutoir, diront certains. L’expression de la vitalité et la diversité d’une réalité où ils sont de plus en plus nombreux, aujourd’hui, à vouloir affirmer leur différence du modèle « straight » jusqu’ici considéré comme norme exclusive.

Ce qu’il est du coup important de noter, c’est qu’il n’y a pas forcément d’unité au sein de cette « communauté ». Et d’ailleurs, faut-il seulement parler de communauté ? Cela a manifestement été rendu nécessaire par les attaques dont ces personnes ont été et continuent à être la cible. Victimisées, ostracisées, mises en danger, voire tuées, pour la seule raison qu’elles ont choisi de vivre une sexualité considérée différente.

Ainsi, les LGBT du Brésil ont accueilli avec un grand soulagement, jeudi dernier, 13 juin, la décision de la Cour suprême de criminaliser l’homophobie. Soit de décréter que l’homophobie était équivalente au délit de racisme, en attendant que le Congrès élabore une loi à cet effet. Capital pour les minorités sexuelles d’un des pays qui compte le plus grand nombre d’assassinats de personnes LGBT. Ainsi, rapporte le journal Le Monde, les trans, à 80 % des femmes noires ou métisses issues des classes défavorisées, y sont les premières victimes de ces meurtres, leur espérance de vie ne dépassant pas 35 ans, contre 75 ans pour l’ensemble de la population. « Dans cette société minée par la violence, ils font les frais d’un cocktail fatal de préjugés raciaux et surtout religieux. Car la montée en puissance des évangéliques a beaucoup accentué les préjugés contre les homosexuels. Des courants radicaux, qui ont ardemment soutenu l’élection, l’an dernier, du président Jair Bolsonaro, ouvertement homophobe.

Chez nous, la 14e édition de la marche, ce samedi, a pris des allures particulières. Loin de l’esprit festif, coloré, voire exubérant marquant les éditions précédentes, on a pu voir une version beaucoup plus sobre. T-shirts blancs non plus pour une Gay Pride ou Marche des Fiertés, mais pour une Marche de l’Egalité. Avec une part fortement « institutionnalisée », dont témoignait la présence, en tête de cortège, de l’ambassadrice de l’Union européenne, et des ambassadeurs de France, de Grande-Bretagne et d’Australie. Une marche où les participants revendiquaient, pour les personnes LGBT, les mêmes droits que pour tous les autres citoyens. Soit le droit d’avoir une identité, d’aimer, et d’avoir des pratiques sexuelles librement consenties entre adultes consentants, sans que l’Etat ou qui que ce soit, notamment les membres de certaines communautés religieuses, puissent s’arroger le droit de les mettre en péril pour cela.

Et elle est forte, la tendance à vouloir imposer aux autres, en général au nom de ses convictions religieuses personnelles, sa conception de ce qui est légitime ou pas. Et l’on mesure à quel point il est difficile de faire entendre à ceux qui sont convaincus de leur « righteousness » que revendiquer des droits égaux n’est pas synonyme d’imposer les mêmes pratiques à tous. Car dans les attitudes, et commentaires, souvent virulents, exprimés ces derniers temps sur les réseaux sociaux, c’est non seulement une intolérance, mais aussi une crainte très claire que l’on peut sentir s’exprimer : la crainte que toute « légalisation » entraîne une « propagation ». Que « nos enfants » eux aussi deviennent « comme ça ». Comme si être LGBT était une maladie. Une maladie contagieuse. Comme si certains craignaient, au fond, que leur religion ne soit pas assez « forte » pour contrer ce « péril ».

Juste rappeler qu’historiquement, ce sont quand même les religions qui se sont livrées au prosélytisme. Soit le zèle déployé pour recruter de nouveaux adeptes, pour susciter ou forcer l’adhésion d’autres personnes à leur dogme…