AURÉLIE TUYAU

Il serait bon de se poser quelques instants. Que sommes-nous donc, nous Mauriciens ? Il est difficile pour moi de concevoir que le paradis, que les médias ont eu l’amabilité de dépeindre, n’est qu’une dystopie enfouie sous les corps encore chauds des jeunes filles d’une nation.

Il y a quelques jours, j’ai appris la mort d’une ancienne camarade de classe. Alors que je me laissais envahir par mon quotidien, la réalité, si ce n’est la vérité m’a heurtée.
Comme vous, j’ai souvent été coupable d’indifférence ou de dédain à l’égard des faits tant appréciés des lecteurs du dimanche assoiffés de ragots. Les médisances n’étaient pour moi que des faits divers et les faits divers que des divertissements jusqu’à ce que le destin décide de me ramener à bon port. Mon cœur a saigné. La chair de mon âme a été transpercée par le sabre de la réalité et j’ai eu mal. Comment ai-je fait pour être aussi indifférente ? Comment ai-je pu croire que le meurtre d’autrui ne me concernait pas.
Nous, la société, nous nous complaisons à édifier des concepts idylliques tels que le mauricianisme qui cherche à mettre en avant la solidarité et l’harmonie d’un peuple multiculturel. Nous nous battons pour nos droits civiques, nous nous battons pour nos droits politiques et économiques cependant nous avons oublié « l’humanisme ». Nous nous nourrissons de feuilletons, nous nous régalons de caquetages et de scandales mais nous omettons de transmettre l’essentiel qui se fait à travers l’apprentissage.
Cette année, j’ai dit ADIEU à deux belles âmes, à deux belles femmes. Le meurtre physique de l’une a succédé au meurtre moral de l’autre. Notre société est devenue une société meurtrière et nul n’ose se l’avouer. Nous tuons à l’aide de nos pensées, nous tuons avec nos mots, nous tuons de nos mains. Nous laissons nos empreintes au quotidien sur ‘un’ prochain et nous resserrons chacun, tour à tour la corde que notre congénère lui a mise au cou. Nous sommes tous des victimes, nous sommes tous des complices, nous sommes tous coupables.

Apprenons ce qu’est l’autre, apprenons à aimer, à donner et à recevoir. L’harmonie se construit, l’harmonie s’apprend. L’amour se donne, se reçoit et se partage. L’humanité a besoin de comprendre et d’apprendre ce que nous désapprenons petit à petit : que la vie est précieuse.

Arrêtons la boucherie, arrêtons les interdits, arrêtons la tuerie. L’hécatombe n’est pas synonyme de justice, ni de passion. Elle est synonyme de perte et de dégradation. Nous qui avons marché pour construire une île Maurice en paix, brandissons ensemble le drapeau à l’instar d’une nouvelle révolution, celle d’une communauté qui dit NON au crime communautaire, individuel, physique et psychologique que nous nous infligeons chaque jour.

Libérons-nous des chaînes d’une conception erronée. Libérons-nous du besoin de destruction et attachons-nous à la passion. Que celle-ci ait comme orbite l’humanité : une humanité en paix, une humanité en vie et que nos cœurs gravitent autour d’elle afin qu’elle soit notre seule source de CHALEUR.