H. FAJURALLY

À la fin de septembre de l’année dernière a paru « LE TRAIN RENAIT DE SES CENDRES AU PAYS DU DODO — L’HISTOIRE DU TRAIN À L’ILE MAURICE (1864 – 2019) » de Breejan Burrun, ouvrage magistralement étudié, élaboré, travaillé, avec à l’appui, de longues nuits de veille, afin d’offrir, à l’heure du Metro Express, la nostalgie d’un passé qui allait finir aux oubliettes de l’histoire…

Un des personnages incontournables de notre parterre médiatique et du même coup ardent défenseur de notre patrimoine social, culturel, religieux, environnemental, l’auteur Breejan Burrun est beaucoup plus que cela… Écrivain, historien, détenteur d’un BEd Hons-History de l’Université de Maurice, journaliste, enseignant, ex-manager du collège Adventiste de Phoenix… Pourtant, il ne s’enfle point d’orgueil d’avoir eu l’opportunité de côtoyer toutes sortes de gens dans la hiérarchie sociétale, autant parmi les plus grands que les plus petits de ce monde ! Homme calme, retenu, simple à modération exemplaire, une humilité décontractante face aux événements et autres vicissitudes de l’existence. Entrons plutôt dans l’itinéraire de ce grand petit homme…

Son baptême de feu

Il vient au monde tout près de la côte nord de notre île, plus exactement au village de Grand-Gaube, le 15 septembre 1950. Par un concours de circonstances, il grandit auprès de ses grands-parents maternels dans les Plaines Wilhems. Il fait ses premiers pas au collège Adventiste pour ses études primaires, secondaires et complète sa scolarisation au collège de New Eton, à Rose-Hill, d’où il fera son baptême de feu comme enseignant pour un certain temps. Toutefois, c’est au collège Adventiste, après une longue carrière comme prof, enseignant des sciences sociales, des langues, Senior Educator, recteur et administrateur, qu’il terminera sa fonction à l’âge de la retraite, en ayant bouclé tous les échelons de l’enseignement dans cette institution. Malgré son éloignement professionnel obligatoire, sa contribution est toujours sollicitée pour divers événements organisés au collège. 1972 – 2012, pour arrondir les chiffres, cela fait 40 ans de son existence qu’il avait passés inlassablement et sans jamais baisser les bras au collège Adventiste de Phoenix.

L’encre qui lui

coule dans les veines

Outre son BEdHons-History de l’Université de Maurice, Breejan Burrun possède également un Teacher’s Diploma du Mauritius Institute of Education et un diplôme en Histoire du Christianisme au Séminaire Adventiste de Collonges-Sous-Salève (France). Dans les années 70, il collabore avec le groupe de presse Le Mauricien, d’où B. Burrun consacrera de nombreux articles de presse à l’Histoire et à la culture mauricienne. Parallèlement dans l’hebdomadaire Week-End, il s’évertue à passer en revue toute la structure de la vie dans les villages et les problèmes de l’arrière-cour qui affectent les villageois. On peut dire de lui que ce n’est pas le sang, mais bien l’encre qui lui coule dans les veines !

Le petit-fils du jardinier

Dans une série d’articles sur le christianisme, B. Burrun tirait une bonne partie de son inspiration des écrits philosophico-religieux des billets spirituels d’André Masson. Ce dernier fut étonné de découvrir « un jeune homme en quête de Dieu dans la pauvreté ». Il l’encouragea à continuer dans la voie royale de l’écriture ! En quelque sorte, André Masson fut son mentor dans le journalisme… Et il lui rendit un hommage bien appuyé dans une de ses chroniques de Week-End, intitulée : « Le Petit-Fils Du Jardinier ». Comme lui, il y a tant d’autres que feu André Masson avait encouragés, conseillés dans l’art d’écrire. Figure parmi H. F.

Du plus petit au plus grand

Esprit coriace, faculté vivifiante, prolifique, sagace, Breejan Burrun est un indomptable dans l’écriture. Lauréat du Concours de la Meilleure Nouvelle d’Expression (Édition 1982) de la Mauritius Broadcasting Corporation, l’auteur a collaboré à plusieurs publications, entre autres, Mauritius News, Londres en 1990, Associate Editor « Indradhanush » en 2000, Maurice Almanach, L’Ile Maurice, ses peuples, ses cultures et Mauritius in Your Pocket et au CD-ROM « Maurice 1900―-2000 : Le temps d’un siècle » de Talipot productions. En tant que journaliste, il a eu l’occasion de côtoyer, d’interviewer des gens dans toute la hiérarchie sociale, du plus petit au plus grand, et il demeure toujours simple, campe sur son personnage effacé, modeste, humble où l’ostentation n’a point de place. Ça, c’est l’homme. Venons à l’écrivain dont les écrits se suivent ci-dessous :

Et quand vient l’ouragan (nouvelle, 1980) ; Les souliers du bon Dieu (nouvelle, 1981) ; L’arbre venu d’ailleurs (nouvelle, 1982) ; Randonnée au cœur des localités mauriciennes (en double version anglaise/française) en co-auteur avec Bhurdwaz Mungur, 1993 ; Histoire Des Religions Des Iles Maurice et Rodrigues, en 2002 ; Port-Louis Ile Maurice, édition séparée en anglais et en français, en 2009 ; Randonnée au cœur des localités mauriciennes… (deuxième édition) en 2010 ; 1914 – 2014 : 100 ans de l’Église adventiste à Maurice (deux volumes – 2014) ; Clingling to our Indian Roots in Bihar, version anglaise en 2016 ; L’Église anglicane de l’océan Indien – Genèse et développement sous les premiers épiscopats (1973-2017) en 2017 ; ‘Taqdir’A. Raouf Bundhun – ―Une Vie, Un Destin, en 2017, et Le Train renaît de ses Cendres au pays de Dodo, L’histoire du train à l’Ile Maurice (1864 – 2019), 2019.

L’histoire du train à l’île Maurice

Ce récent ouvrage à la main est le dernier de Breejan Burrun qui nous retrace l’histoire du train qui fut jadis et naguère notre principal moyen de transport de marchandises, de cannes à sucre, des passagers, des travailleurs, des étudiants ! Les trains avec ses plates-bandes d’acier, disséminées à travers l’île, à perte de vue, bien boulonnées sur des madriers solides, résistants dans la durée. L’on serait unanime de trouver là un travail titanesque, un gros œuvre qui sortait de l’ordinaire, une compilation dans les moindres détails, une recherche assidue, une application textuelle dans le vif du sujet, une description visuelle des ateliers où des machines étaient en activité continuelle tout au long de la journée. L’auteur est si méticuleux dans ses approches lorsqu’il décrit les scènes quotidiennes auprès de la gare de Port-Louis, par exemple, on sent monter aux narines toutes ces odeurs de suif, d’huile lourde, du charbon de terre… peu après, on a comme sensation les yeux qui brûlaient, embués des larmes par l’émanation de la fumée toxique du lieu !

100 ans plus tard (1864―-1964)

L’auteur nous sert de guide pour nous emmener en tournée en deçà de l’aventure du train dès son début en 1864 jusqu’à son dernier épuisement, son ultime mis hors du rail 100 ans plus tard, soit en 1964 ! À travers l’ouvrage, nous découvrons avec stupeur et perplexité que le train sillonnait le pays partout et dans tous les sens : du nord au sud ; de l’est à l’ouest. Les parcours étaient souvent éreintants, longs, pittoresques, traversant par moments bois et forêt, plaine, surplombant rivière, vallée, avant d’atteindre la destination finale de l’endroit.

Le plus grave accident ferroviaire à Maurice

En feuilletant les pages, on note pas mal d’accidents sur la voie ferrée. La photo des pages 184/85, nous indique la plus grave catastrophe ferroviaire à Maurice qui eut lieu le 23 février 1894. Six voitures d’un train de passagers plongeant dans le vide du pont enjambant la rivière Saint-Louis. Sur une deuxième photo, entre Richelieu et Coromandel, la locomotive No 8 soulevée et projetée littéralement sur un wagon en tôle du train de Moka ; collision ferroviaire de 1932, l’axe d’une roue de la locomotive No 35 coupée sous l’impact du choc. Le dernier cliché nous montre une voiture prise en écharde par une locomotive. L’attention du conducteur fut attirée par l’éclairage dans le champ de cannes qui s’avançait parallèlement avec le train. C’est alors qu’en penchant la tête dans la direction, le conducteur stupéfait remarqua la voiture accrochée au flanc de la locomotive… Il n’y eut pas de morts, ni de blessés. Plus de peur que de mal.

Arrivée du Metro Express

L’auteur nous offre la perspective d’actualité et nous projette sur un autre volet : le Metro Express qui ouvre la voie vers le futur d’un bijou écologique pour le transport de masse des passagers, qui cadre avec notre paysage avant-gardiste et ultra-moderne. Ce projet pharaonique tant parlé, tant discuté, tant élaboré, ayant fait l’objet d’hésitations et de tergiversations depuis la fin du dernier siècle pour qu’en fin de compte, il aboutit, prend forme, se développe, s’érige en une spectaculaire structure jamais réalisée sur notre sol.

Toute une mobilisation de la structure de service public a dû subir le branle-bas du combat ! Tous les travaux se faisaient en profondeur avec minutie, avec dextérité, avec une expertise de main de maître, accompagnés des machineries de toutes sortes, dont bon nombre sont inconnues jusqu’ici sur le sol mauricien !

Ce n’est pas un ouvrage qu’on met dans un coin après lecture. Celui-ci remonte une large parcelle de notre patrimoine du transport de masse en circuit ferroviaire, disséminé à travers le pays. Ce livre est fortement recommandé auprès de notre gratin intellectuel, aussi bien comme objet d’archives auprès de nos compatriotes au regard de l’émergence d’un nouveau transport de masse moderne, nommément : Metro Express !