Peu après la publication vendredi dernier (10 janvier) par le magazine people Closer d’un dossier spécial de 7 pages avec photos « volées » prêtant une liaison supposée du Président François Hollande avec l’actrice Julie Gayet, le chef de l’État français a vite réagi. Prenant le soin de préciser qu’il s’exprimait en son nom propre, il a dit « déploré profondément les atteintes au respect de la vie privée auquel il a droit comme tout citoyen » et annoncé « examiner les suites, y compris judiciaires » à apporter suite aux révélations de Closer.
Si la presse people prend le pari de violer le principe du droit à la vie privée, c’est souvent parce qu’elle peut se le permettre, les recettes provenant de ventes accrues suite à des révélations fracassantes dépassant largement les peines dont elle pourrait être passible en Cour…
Bien plus qu’il ne l’est dans d’autres pays de l’Union européenne, le droit à la vie privée en France a toujours été considéré comme étant sacré et les affaires de coeur et les liaisons extra-conjugales comme relevant de la sphère privée. Ainsi, pendant longtemps les médias français n’ont pas voulu révéler quoi que ce soit au sujet de Mazarine Pingeot, fille illégitime de l’ex-Président François Mitterrand.
Au Royaume Uni, il n’existe pas de « privacy law », les juges préférant examiner cas par cas à chaque fois qu’ils sont en présence d’une affaire où d’un côté l’on insiste sur la protection de la vie privée et de l’autre sur le droit à l’information, c’est-à-dire sur l’intérêt public. (cf. Naomi Campbell in Campbell v MGN Ltd [2004] UKHL 22 ; Catherine Zeta Jones/Michael Douglas in Douglas v Hello ! Ltd [2005] EWCA Civ 595 ….).
Les choses en France sont différentes, mais elles changent petit à petit avec la pipolisation croissante des médias et la mise en scène par des hommes politiques eux-mêmes de leur vie privée. Un sociologue, Jean-Marie Charon, va même jusqu’à dire qu’ « aujourd’hui, la sensibilité du public français s’est rapprochée de celle des anglo-saxons. C’est un peu la fin de l’exception culturelle française dans la presse. »
Néanmoins, « les trois quarts des personnes interrogées (77%) considèrent que les révélations sur la liaison supposée de François Hollande avec l’actrice Julie Gayet relèvent de la vie privée » (selon un sondage publié dans le Journal du Dimanche dans le sillage des allégations de Closer). Soit.
En revanche, il y a plusieurs éléments autour de cette affaire qui relativisent la notion de protection de la vie privée au profit de la question de l’intérêt public. Comme le souligne Christophe Bigot, avocat au Barreau de Paris spécialiste du droit des médias, « François Hollande a droit à la protection de sa vie privée mais il est un président en exercice, ce qui limite ses droits. Tous les faits de sa vie privée qui influent sur la sphère publique peuvent relever d’une information légitime. » Quant aux photos « volées », il avance que « l’image crédibilise assurément l’information ».
Pour revenir aux éléments entourant cette affaire et qui ont émergé depuis vendredi dernier, il y a d’abord ce qu’on a tout de suite relevé et archi répété : la sécurité du Président. « Que l’homme qui contrôle l’arme de dissuasion nucléaire française se déplace à scooter dans Paris, presque totalement incognito, pour se rendre dans un immeuble accompagné d’un seul garde du corps, est un scandale en soi » martèle l’éditorialiste du Times.
L’affaire se… corse davantage avec les allégations de Mediapart et Le Point à l’effet que l’appartement sis au N° 20, rue du Cirque dans le 8e arrondissement où François Hollande se serait rendu à plusieurs reprises pour rencontrer Julie Gayet serait lié au « grand banditisme corse » ! Même si, depuis, le propriétaire de cet appartement a apporté des éclaircissements sur sa propriété – il a dit aussi qu’il compte intenter des poursuites à l’encontre de tous ceux qui ont associé son appartement à des personnages sulfureux – on insiste sur le risque pris par François Hollande et l’on pointe du doigt Manuel Valls, le Ministre de l’Intérieur qui, lui, se défend…
L’hospitalisation de Valerie Trierweiler, très éprouvée et abattue vendredi suite aux révélations de Closer n’arrange pas les choses pour Francois Hollande. Bizarrement, l’Élysée déclare qu’elle aurait « un gros coup de blues ». D’aucuns pensent qu’elle ne pouvait pas ne rien savoir des rumeurs qui couraient dans tout Paris. Mais si toutefois Hollande ne lui avait pas dit la vérité, certains estiment qu’il pourrait être perçu non pas comme un faible mais comme un menteur, capable de mentir aussi aux Français.
Un politicien – ou un Président de la République – peut faire ce qu’il entend dans sa vie privée, comme le veut parfois le citoyen lambda, à condition qu’il ne touche pas à l’argent des contribuables pour financer ses frasques amoureuses. Déjà là, dans l’affaire Hollande-Gayet il y a le scooter et le garde du corps de l’Élysée mis à contribution…
La fonction fait l’homme. Une fois devenu Président de la République, quiconque devrait habiter cette fonction. Mais, en France, surtout depuis Sarkozy et maintenant avec Hollande, l’on assiste à une désacralisation de la fonction présidentielle en dépit de ce que pourrait dire ou ne pas dire François Hollande à sa conférence de presse aujourd’hui.
Déplorable tout ça, oui. Mais pas étonnant quand des politiques « usent et abusent de la communication » et se mettent en scène, quand le public devient schizophrène et se délecte des commérages sur la vie privée de X, Y, Z, quand l’on assiste à l’essor des médias people… Quand, il ne faut pas l’oublier, les dépenses publiques octroyées à des publications people telles que Closer dépassent de loin celles qui reviennent à des titres qui s’efforcent de contribuer au débat public tels que Le Monde diplomatique !