DEV RAMANO

Le système

Dans ce système, les entreprises sont en mode de restructuration permanente. Le motif principal n’est nul autre que le sacro-saint profit. Ce n’est pas un cas de figure où l’économie soit au service du social, mais au contraire ce dernier est forcé d’être sadiquement au service du premier. C’est un aspect structurel du capitalisme mondialisé. De nouveaux virus gagnent l’enceinte des entreprises. La flexibilité, le sous-emploi, la régression des droits du travail et hors du lieu de travail, l’épidémie en termes de montée aiguë du chômage, sont, entre autres, les quelques éléments notoires.

La classe des patrons exige, obtient et les gouvernants actuels servilement obtempèrent. On assiste à un détricotage systématique des droits et des protections en matière de licenciement. L’assouplissement des procédures à ce niveau entraîne une redéfinition progressive et constante du contrat du travail. Les patrons sont permis de jongler avec une souplesse hors du commun pour rétrécir ou modifier leur contingent d’employés.

On évoque des raisons farfelues, on avance des pseudo-justifications. On nous balance à la figure le vieux dicton – ‘l’obligation fait loi’. Les chapelets comme ‘mondialisation, compétition, le village global’ deviennent des leitmotivs. On nous évoque ‘l’enfer de ‘tous contre tous’. Tout cela pour justifier dans l’anarchie de la concurrence marchande, la bataille acharnée d’une poignée des nantis pour le partage du butin, des masses de profits et de répartition de richesses.

Sur l’échiquier de la bourse, du marché et secteur financier on rend les transactions d’achats et de ventes des entités économiques – production, service, commerce – et de cessions aussi liquides que possible.

Des groupes et des filiales s’étripent. Elles s’achètent, s’absorbent, se constituent en nouveaux conglomérats. D’autres se délocalisent. Dans ce processus on œuvre à changer le caractère du travail vivant. Tout est fait pour désencadrer ce dernier des rouages des accords collectifs, du giron des droits acquis et pour démanteler sa résistance à ce même processus. Le travail vivant est réduit à un simple coût et rendu aussi maniable que les autres parties du capital mort. Il devient ainsi un simple aspect de dépense qu’on doit comprimer pour donner des ailes aux taux de profit. Ce qui explique ce détricotage des codes du travail, entraînant ainsi le démantèlement des protections salariales et d’autres conditions de travail.

Les gagnants et les victimes

Sur cette trajectoire, les protagonistes de ce cercle vicieux ne connaîtront pas les mêmes dénouements. Les nantis au sommet connaissent rarement de défaites. Après l’accumulation des profits et dividendes pendant les années collées à l’entreprise, ils ressortent au moins avec leur investissement initial. D’autres reprennent le relais avec le jackpot dans les bagages.

De l’autre côté de la barricade, c’est la désolation, la stupeur et l’angoisse avec le démantèlement des collectifs de travail sur la base des licenciements économiques. Des centaines d’existences sont broyées. Les notes sont plus que salées. Et ce sont les salariés qui passent à la caisse. Les travailleurs de Bédino & Sons et Texto Ltd en faisaient l’expérience au début de 2018.

L’innovation technologique et la  responsabilité des prises de décision

Au-delà des processus de restructuration économique d’une part, l’innovation technologique subordonnée à la phobie de la course aux profits, laisse dans son sillage tout un lot de surprises. La connaissance technique n’est plus dans les méninges du salarié mais enfouie dans un disque dur du système informatique. Les champs de vision de la supervision et des services de la sécurité sont dégagés de la rétine du superviseur/garde de sécurité pour celui des caméras de surveillance. Ainsi, des salariés sont réduits à des « skateboards » sillonnant les couloirs de l’entreprise d’opération en opération en mode polyvalent, si ce n’est pas pour prendre la porte de sortie par le biais d’une compression subtile du personnel.

D’autre part, au-delà du mécanisme du marché, ce sont ceux qui dirigent l’entreprise qui prennent les décisions, qui spéculent, qui jonglent les investissements comme des ‘punters’ au casino. Les décisions incongrues engendrent des conséquences désastreuses.

Dans ce cas de figure ceux au sommet peuvent garder corps et tête hors de l’eau; quant aux salariés sans bouée de sauvetage ils sont entraînés dans le bas-fond, subissant l’entière responsabilité des mouvements mal inspirés des prédateurs économiques.

Comment les salariés vivent-ils ce calvaire?

Une logique futile d’un système socio-économique débridé opère sans anticipation ! Structurellement son fonctionnement broie et jette violemment sur le pavé des centaines de femmes et hommes. Ce système ne connaît pas le principe de transition intelligente d’un emploi à un autre. Dans sa quête solitaire d’un nouvel emploi, le salarié victime de licenciement économique n’est jamais bénéficiaire d’un emploi alternatif approprié dans l’absence d’une politique systématique de création de poste correspondant à sa qualification ou à son niveau de dextérité.

Cette aberration est la résultante d’une société anarchique qui navigue sans plan, ainsi les emplois créés et les emplois éliminés ne sont jamais liés par le principe de vase communicant. On s’enorgueillit du faux principe de libre choix du citoyen de son employabilité, de son avenir, de sa vie, et de ses orientations professionnelles. Les salariés ne sont que des objets et avec le détricotage constant des droits ils deviennent des ‘meubles’ dont les patrons se débarrassent quand cela leur paraît encombrant.

Le licenciement économique demeure un fléau. Il constitue un drame social affectant insidieusement l’individu et la collectivité. Cette calamité sociale n’est nullement mutualisée entre les protagonistes des entreprises. Principalement les salariés licenciés sont les seuls à porter le fardeau; quant au coût de ce gâchis, il est soutenu par la collectivité, par les aides de la Sécurité sociale.

Les licenciés, comme des individus brisés, sont plongés dans leur perte de revenus, la perte d’eux-mêmes, après une longue carrière, et leur pèlerinage embrassé par la solitude dans la recherche d’un nouvel emploi. Un prix fortement payé pour un péché non commis!