AVINASH RAMESSUR

Non, je n’écris pas pour vous conter James Bond bien qu’on soit dans un mauvais canular. J’écris parce que le sens du devoir citoyen me pousse à le faire. Ceci est aussi la suite d’un article publié en mars dernier et intitulé « The Overcrowded Barracoon ». (https://www.lemauricien.com/article/the-overcrowded-barracoon/)

Le nombre de morts liés aux accidents de circulation s’égrène de jour en jour et au-delà de l’émotion du moment, souvent hypocrite de la part de nos gouvernants, ces derniers proposent les mêmes discours/solutions rances ou d’énormes contre-vérités de mort en mort.

Ce sont, il est utile de le rappeler, des drames humains qui se jouent à chaque fois, quelles qu’en soient les responsabilités des uns et des autres : familles détruites et tombant de fait dans la précarité, enfants devenus orphelins et condamnés à survivre sans support affectif, vieillards âgés et démunis qui sont conduits à enterrer leurs progénitures au lieu du contraire. Ce sont aussi des coûts économiques et sociaux croissants
en l’absence du défunt gagne-pain.

Voyons en quelques paragraphes les points que je soulève en me servant des statistiques provenant du Central Statistics Office (que je salue pour son travail):

Les comportements à risques et non la seule vitesse

Ce qui est en cause réellement dans les accidents, ce sont les comportements à risques et donc accidentogènes (définition : facteurs propices à créer un accident). Certains de ces facteurs sont mondiaux et connus (téléphone au volant, alcool, conduite en état de fatigue, etc) et d’autres sont propres au contexte local.

La vitesse est certes un facteur accidentogène quand elle est inappropriée mais c’est loin d’en être le seul. Cependant, la focalisation sur la vitesse de la part des autorités conduit
à légitimer dans la tête des usagers de la route tous les autres comportements à risques et ceci nous met en danger dès que nous circulons.

Qui dit comportement dit certes répression pour en
corriger certains travers mais ce n’est pas la panacée et cela coûte cher : qui dit répression dit détection et qui dit détection dit déploiement de ressources considérables à tout moment. Le comportement change surtout à travers une éducation et une formation appropriée.

Selon les statistiques:

– Les heures de pointe du trafic (16h à 19h) se trouvent être aussi celles pour les accidents. Simple coïncidence ? Je ne le pense pas (voir The Overcrowded Barracoon). À noter aussi que l’encombrement des routes aux heures de pointe n’est pas propice à la vitesse. Les vraies raisons sont à chercher ailleurs. (cf Graphique 1).

– La majorité des accidents ont lieu sur les « routes royales », et ce aux heures de pointe et non sur l’autoroute (où la vitesse est en théorie plus grande). Curieusement, on voit rarement les policiers en train de surveiller les contrevenants aux heures de pointe sur ces routes. Il est tellement plus aisé de faire du chiffre en piégeant des proies faciles sur l’autoroute un dimanche matin avec des limites de vitesse qui n’ont
parfois de sens que pour servir de machine à sous (cf tableau 1).

Profil du chauffard type

En 2016 :

Sur un nombre total de 2789 cas d’accidents ayant causé des blessures :

 20,4% ont été causés dans le police district de Plaines-Wilhems/Black-River et 19,3% dans le district de Pamplemousses/Rivière-du-Rempart.

  93% ont été causés par beau temps.

  62% ont été causés en plein jour et 22%
de nuit dans des rues éclairées.

Sur un nombre total de 4077 cas de blessures sur personnes pour cause d’accidents :

  77% ont été causés par des individus détenant un permis en bonne et due forme.

 93,5 % cas ont été causés par des hommes. Ça se passe
de commentaire.

  29% cas ont été causés par les 25-34 ans, 24% par les 35-44 ans et seulement 16 % par les 19-24 ans. Contrairement donc aux croyances qui circulent, les jeunes ne sont pas la catégorie la plus accidentogène du pays.

Le chauffard type est, à priori, un homme âgé entre 25 et 44 ans, expérimenté dans la conduite et possédant un permis en bonne et due forme, circulant en plein jour sur les « routes royales » par beau temps dans les districts susmentionnés aux alentours de 16h-19h. Bref, c’est le profil de Monsieur tout le monde (Mr X) !!!

Mais alors, si c’est Mr X l’assassin des routes, comment en
est-on arrivé là et pourquoi les bonnes questions ne sont-elles pas posées ? Comment se fait-il que des chauffeurs expérimentés transforment le pays en une république des assassins? 

A SUIVRE