Ça, c’est un destin. Diminué, dominé, malmené, et même mené à deux minutes de la fin. Chelsea avait tout pour perdre cette finale. Comme la demie face à Barcelone. Mais ces Blues là, jusqu’au bout, auront défié l’improbable. Jusqu’à remporter cette finale de Ligue des champions contre le Bayern, sur la pelouse même des Bavarois (1-1, 3-4 t.a.b.). Et pour pousser le bouchon plus loin encore, c’est aux tirs au but qu’ils ont arraché cette finale, quatre ans après celle perdue dans les mêmes conditions contre Manchester United. Des Anglais qui battent des Allemands aux tirs au but, on aura tout vu. Oui, on aura tout vu avec Chelsea cette saison.
Globalement décevante en termes de jeu, cette finale 2012 aura valu par son extraordinaire scénario et son héros. Didier Drogba n’avait pas besoin de ça pour figurer dans le livre d’or de Chelsea. Mais ce 19 mai restera comme son chef d’oeuvre. C’est lui qui a redonné vie à son équipe alors qu’elle était quasiment morte. Lorsque Thomas Müller, d’une tête piquée, a trompé Petr Cech à bout portant (83e), le sort de cette finale semblait plié. Dominateur sans être vraiment maître de son sujet, le Bayern tenait son cinquième sacre. Le plus beau de tous, parce que conquis devant son public.
Drogba en héros
 Mais Chelsea n’avait pas surmonté sa saison la plus laborieuse de l’ère Abramovich pour s’arrêter là. Alors, sur le premier et seul corner du match (le Bayern en a obtenu… 20) de son équipe, Drogba a tout relancé d’un fantastique coup de tête. A partir de là, l’attaquant ivoirien est devenu le personnage incontournable de la partie. En bien comme en mal. D’abord en provoquant un penalty au tout début de la prolongation, qu’Arjen Robben allait manquer, trouvant Petr Cech sur sa route. Puis, au bout de la nuit, Drogba a conclu la séance de tirs au but. Pourtant, celle-ci était mal partie pour Chelsea puisque Mata, le premier à s’élancer, avait manqué sa tentative.
Pour tout dire, lorsque Drogba a égalisé, il semblait impossible que Chelsea puisse perdre cette finale. Malgré le penalty de la prolongation, malgré la tentative manquée de Mata. L’issue heureuse paraissait inéluctable. Il y a là quelque chose qui dépasse le cadre de la raison. La victoire de Chelsea, c’est celle de la passion plus que de la raison. Si celle-ci avait imposé sa logique, le Barça aurait disputé cette finale. Et le Bayern aurait dû gagner cette finale. Sa finale. Les Munichois pourront regretter leur manque de précision devant le but, et leur absence de réalisme aux deux extrémités du terrain.  Il y a des années comme ça. Où le destin d’un groupe hors du commun finit par imposer sa loi à tous et à tout.
Le couronnement des Blues, le premier d’un club londonien en Ligue des champions, entre davantage dans la lignée de celui de Liverpool en 2005, lui aussi improbable à bien des égards, qu’à celui, par exemple, du Barça l’an dernier. La meilleure équipe d’Europe a-t-elle triomphé à l’Allianz Arena? Probablement pas. Peu importe. Le parcours atypique de cette équipe tout au long de la saison et son refus constant d’abdiquer ne peuvent qu’emporter l’adhésion. Chelsea aurait pu soulever la coupe aux grandes oreilles bien plus tôt. Mais un destin, c’est compliqué, c’est capricieux. C’est beau, aussi.