INDERJEET MUNOHUR

L’autosuffisance économique pour un petit État insulaire comme la République de Maurice n’est pas un objectif envisageable et souhaitable. Sans une intégration stratégique aux marchés et au commerce extérieurs, nous n’aurions jamais pu garantir les niveaux de développement et de progrès économiques qui assurent aujourd’hui l’accès à une bonne qualité de vie pour la majorité des Mauriciens. Mais l’intégration de toutes les économies nationales au marché mondial requiert des transformations profondes afin de s’adapter aux impératifs des institutions financières et régulatrices. Le développement d’infrastructures importantes et la libération de nouvelles formes et de nouvelles forces du travail doivent permettre à Maurice de jouer pleinement, et avec succès, le jeu de la mondialisation. Ainsi, la pérennisation de notre économie et la capacité à tirer des bénéfices des nouvelles cartographies géopolitiques dépendent entièrement du degré d’intégration et d’adaptation de notre économie aux évolutions et aux aléas du marché global et surtout de son habileté à maintenir la compétitivité de ses exportations et la qualité de ses services.

Le tableau 1 démontre le degré de l’intégration de l’économie mauricienne au commerce international, utilisant le Taux d’Ouverture comme indice. Cet indice quantifie le degré de cette insertion qui est exprimé comme le pourcentage de la somme des exportations et des importations dans le Produit intérieur brut du pays.

Un taux d’ouverture commerciale élevé, accompagné d’une balance commerciale plus ou moins équilibrée, indique que le pays arrive à optimiser ses différentes ressources – qu’elles soient physiques, technologiques, financières, institutionnelles, diplomatiques, relevant des compétences de négoces ou autres – afin de conforter et de faire avancer l’intérêt national au sein de l’espace commercial global. D’ailleurs, l’un des rôles du gouvernement est la négociation des traités commerciaux garantissant l’accès à de nouveaux marchés afin de permettre la réalisation du potentiel productif ainsi que l’expansion économique d’un pays. C’est, par exemple, ce qu’ont fait les différents pays membres des grands ensembles économiques que sont l’Union européenne, la NAFTA ou encore la SADC. Ces ensembles de libre-échange et de coopération économiques permettent non seulement l’accès à un marché bien plus important que leur marché domestique aux pays membres, mais ils leur permettent également une modernisation importante et accélérée de leurs économies locales allant de pair avec un taux d’ouverture qui augmente.

Quel Taux d’Ouverture pour L’Île Maurice ?

Ce taux n’exprime pas nécessairement un objectif précis à atteindre, mais devrait plutôt être pour nous un horizon qui oriente nos politiques économiques et qui permet de poser un objectif sur le moyen terme. Ainsi, au regard de la conjoncture dans laquelle se trouve le pays, un taux situé autour de 110 % à moyen terme serait une indication positive et la preuve que nous allons dans le bon sens, si l’on considère la géographie et les capacités de production qui sont actuellement les nôtres, ainsi que le climat commercial actuel.

Il est donc inquiétant que nous soyons passés sous la barre des 100% depuis 2016. Les grands pays – qu’ils soient développés ou en voie de développement – peuvent se permettre une certaine fermeture de leur économie car leurs capacités de production leur donnent la possibilité de soutenir une production qui soit en partie consommée sur le marché domestique. Libre à eux donc d’exercer l’option d’un plus grand degré d’autosuffisance vu les possibilités d’économies d’échelles de leurs marchés domestiques, leurs tailles leur permettront toujours un développement interne important malgré avec une abstention partielle au commerce global. Plusieurs pays s’orientent d’ailleurs vers cette option en choisissant de produire majoritairement pour leur marché intérieur. Il s’agit là d’une décision politique qui choisit d’accentuer une politique de protection de la production nationale (comme peut le faire Donald Trump par rapport aux importations chinoises). Cette option leur octroie également la possibilité que l’effet multiplicateur sur l’emploi se fait au sein de l’économie domestique permettant ainsi de faire baisser le taux du chômage. Ces grands États se servent d’ailleurs des barrières tarifaires afin de mieux négocier les conditions de l’échange, chose qu’un pays comme Maurice peut difficilement se permettre de faire.

L’Île Maurice : la régression

Le cas de Maurice est donc particulier. Sa superficie et l’exiguïté de son marché domestique font qu’elle ne peut a priori pas réaliser les bénéfices de production de masse comme le font les grands pays. Mais malgré les contraintes liées à sa taille, elle réalise un taux d’ouverture qui se situe au-dessus de la barre des 110% jusqu’en 2014 – ce qui témoigne d’une ouverture importante de notre économie au monde. Mais à compter de 2014, nous pouvons constater qu’une tendance à la baisse s’installe graduellement. Le pays passe sous la barrière des 110% en 2016, avec une régression de plus de 35% pour la décennie commençant en 2006 et se terminant en 2017. Cette diminution indique que le pays perd du terrain à l’échelle internationale. Le Tableau 2 met en relief le glissement du taux d’ouverture de L’île Maurice en comparaison à quelques autres pays.

En l’espace d’une décennie, Maurice est passée de la 40e à la 51e place du peloton mondial de l’ouverture commerciale. Les Pays-Bas gagnent 10 places sur la même période. Nos partenaires commerciaux historiques grimpent eux aussi.

Pourquoi L’île Maurice perd-elle donc du terrain ? Les raisons sont nombreuses et devraient être au cœur de la réflexion du gouvernement ainsi que du monde de l’entreprise. Le pays tarde-t-il à mettre en place des politiques nationales visant à conforter son insertion internationale dans le cadre d’une ouverture pragmatique? Les entreprises font-elles l’effort nécessaire pour confronter le gouvernement à ces problèmes ? Pourquoi l’appareil productif tourné vers l’exportation ainsi que l’appareil national ne se restructurent pas ? Quelles sont les vraies contraintes ? Que démontrent les autres indicateurs?

La deuxième partie du texte s’adressera à la problématique de la croissance à partir de la perspective de la productivité. Une économie qui  enregistre un ralentissement de sa force productive perd en même temps sa force compétitive au sein du commerce international. Ce ralentissement peut provoquer une augmentation conséquente des coûts de production entraînant un effet boule de neige. Le jeu de la compétition internationale ne permettant pas les augmentations de prix de vente, le pays s’engouffre dans des déficits commerciaux. La baisse du taux d’ouverture accompagnant ces déficits est symptomatique d’un problème encore plus grand.