Depuis l’avènement du coronavirus en ce début d’année, c’est une autre catastrophe naturelle ou humaine qui met à genoux les puissants du jour. De Xi à Trump en passant par Merkel, Macron, Modi, Poutine, Johnson et tant d’autres. Ce qui est devenu depuis quelques jours une pandémie fait comprendre à ces puissances d’aujourd’hui que la colère des dieux pouvait réduire à néant leur suffisance dominatrice. Les moyens stratégiques leur manquent cruellement pour combattre ce fléau mortel auquel leurs gouvernements sont actuellement confrontés. (*)

Ce déséquilibre flagrant a fait éclater nos certitudes antérieures. La suppression des barrières commerciales, l’explosion des télécommunications, les autoroutes de l’information, la puissance des marchés financiers, les accords internationaux de libre-échange annonçaient des embellies certaines. Mais, paradoxalement, les miroirs se sont brisés et nos programmes ont fondu comme neige au soleil.

Les experts en tous genres nous prédisaient, dès 1974, l’élimination de la pauvreté pour l’an 2000. Ce cap a été franchi sans que la pauvreté n’ait été éliminée. Pire, l’état du monde a empiré. En l’an 2000, on a comptabilisé plus de 2,7 milliards de pauvres sur une population totale de 6 milliards. En 2003, le nombre de pauvres a accru de 100 millions. Aujourd’hui, ces projections marquent le pas et connaissent des remises en question importantes.

La mondialisation, cette notion qui englobe les marchés ayant pour finalité de créer des centres politico-économiques, connaît une fragilisation sans précédent. Le terrorisme aveugle, les pandémies liées au VIH-Sida, l’épidémie de la vache folle, les dangers qui guettent l’Europe avec la découverte de la grippe aviaire en Turquie — pays qui frappe actuellement aux portes de l’Europe — et en Roumanie, la famine déclarée au Malawi, sont autant de phénomènes qui menacent notre village global, au point où nos évolutions contemporaines exigent de dépasser les microsolidarités des clans formés, ici et là, dans ce maelström géopolitique de vulnérabilité. Forum privilégié des puissants.

Quelles devraient être nos priorités à donner pour plus de prudence et la réactivité rapide aux changements de la conjoncture ? Tout projet ambitieux à terme doit s’effacer devant ces impératifs. Or, l’absence d’une politique déterminée et de projets forts en face des problèmes complexes est porteuse de paroxysme et de convulsions extérieures. Est-ce exagéré d’avancer qu’une société qui serait réactive et opportuniste par prudence serait génératrice des crises qu’elle souhaiterait éviter ? Le jeu interactif des vulnérabilités, la globalisation des problèmes, les effets insuffisants ou contre-productifs de certaines mesures pourraient inciter au fatalisme. Or, l’homme n’a que faire du fatalisme, car il a su faire preuve, à travers tant d’épreuves, de son esprit de résistance. L’esprit de résistance est né de son engagement personnel et collectif, de la libération des esprits des dogmes anciens et des sectes modernes, de sa capacité de réunir les volontés contre les puissances aveugles. Avec lucidité ! La lucidité est le début de la résistance. Résister, c’est donner une chance à la vie.

 

* Cet éditorial de Gérard Cateaux qui date du 16 octobre 2003 écrit dans le contexte des catastrophes naturelles du tsunami en Indonésie, du cyclone Katrina aux USA, et du tremblement de terre au Pakistan, a été intégralement reproduit, mais cette fois dans le contexte du coronavirus, avec les passages en « bold » qui sont adaptés à l’actualité du 15 mars 2020