Chaque année, au début du mois de février, l’on assiste à la même ritournelle : le/la ministre de l’Éducation se présentant cérémonieusement devant le PM en compagnie de son/sa PS ou SCE et du directeur/directrice du MES avec la liste des lauréats, le tout en présence des caméras de la MBC pour une retransmission en live à la télévision. Tout en échangeant quelques mots accompagnés d’un sourire béat avec ses visiteurs, le chef du gouvernement appose solennellement sa signature au bas du document, l’officialisant ainsi que les dépenses qui vont avec et s’élevant à plus de Rs 200 millions. Or, il n’est un secret pour personne que la majorité de ces lauréats, pour ne pas dire la totalité, ne retournent pas pour servir le pays. Et au niveau des autorités concernées, manifestement personne ne s’en émeut. Quel gâchis ! Un véritable gaspillage que même le directeur de l’Audit en fait souvent état dans ses rapports annuels. L’on nous a promis du nouveau, du changement, de gouverner autrement ; mais, au final, de quelle réforme peut-il en être question lorsque la volonté exprimée est toujours phagocytée, sacrifiée sur l’autel de l’indécision et l’indifférence. C’est ainsi que de nombreuses institutions du pays se retrouvent ces jours-ci en situation de sclérose profonde.

En effet, nous sommes en pleine saison des pluies et à chaque grosse averse, ce sont pratiquement les habitants des mêmes régions qui en font le plus durement les frais : Cottage, Fond-du-Sac, l’Amitié, Piton, Poste de Flacq, Sainte-Croix, Riche-Terre, Vallée-des-Prêtres, Tranquebar, entre autres. Et d’année en année, la situation ne s’améliore guère. Maisons, cours et champs inondés ; cours d’eau et drains qui débordent ; routes devenant impraticables. Paradoxalement, la construction des infrastructures nécessaires et les travaux de nettoyage qui auraient dû être effectués avant les intempéries ne le sont qu’après. Même dans le centre de la capitale, l’accumulation d’eau lors des averses démontre que les leçons des inondations de mars 2013 qui avaient fait dix victimes n’ont pas été tirées.

À quoi servent études
et rapports?

Pourtant, déjà en 2003, le rapport intitulé « Study of Land Drainage System in Mauritius », rédigé par la société GIBBS avait identifié toutes les zones exposées aux inondations et avait même proposé un plan global d’aménagement des drains sur l’ensemble du territoire. En outre, dans un rapport soumis suite aux inondations de mars 2008, qui avaient emporté deux vies à Mon-Goût, le juge Domah avait formulé de nombreuses recommandations et énuméré les causes à l’origine d’un mauvais système d’évacuation d’eau, notamment des morcellements effectués sans planification convenable, l’absence de suivi des projets, la mauvaise qualité des drains, l’obstruction des cours d’eau par négligence humaine, etc. L’on se demande à quoi servent réellement les études et rapports qui engloutissent des moyens financiers considérables mais qui finalement moisissent au fond des tiroirs.

Par ailleurs, il y a aussi toute la politique d’aménagement et du bétonnage de notre territoire à revoir.  Alors qu’en termes d’habitations, de bureaux, d’espace commercial, la capitale est déjà fortement saturée, les autorités concernées trouvent toujours les moyens d’octroyer de nouveaux permis pour la construction des bâtiments et infrastructures de toutes sortes. Le nouveau pont de Caudan qui canalise désormais le trafic routier vers le centre-ville, endroit pourtant déjà asphyxié, est la source de gros embouteillages à toute heure du jour alors que c’est du côté de la mer que se trouve réellement la solution pérenne. C’est effectivement dans ce contexte qu’un Harbour Bridge avait été envisagé par l’ancien régime. Projet qui est finalement tombé à l’eau suite au changement de gouvernance en 2014, emportant dans son sillage des dizaines de millions de roupies des fonds publics, englouties dans des études de même que des terres réquisitionnées à travers la compulsory acquisition aux Salines. S’il est vrai que le Metro Express contribue à fluidifier le trafic entre Rose-Hill et Port-Louis, le problème de fond de la capitale – l’engorgement et l’embouteillage interne – demeure malheureusement toujours entier.

Finalement, la période de grâce de 100 jours étant déjà terminée, que propose le gouvernement pour combattre de manière résolue, cette indifférence manifeste par rapport aux problèmes récurrents des citoyens d’autant que le programme présenté le 24 janvier dernier est axé justement sur l’amélioration de la qualité de vie de tous les Mauriciens ?

DIPLAL MAROAM