DEEPAK BALGOBIN

Directeur exécutif du National

Productivity and Competitiveness Council

Une meilleure productivité dans tous les secteurs de notre économie est indéniablement une démarche tout à fait légitime et logique, surtout à un moment où notre pays fait face à un bon nombre de défis tant sur le plan local qu’international. Les tensions géopolitiques, le démantèlement des barrières commerciales exigées par l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le changement climatique, sans oublier les provocations et les incertitudes provoquées par le Brexit et les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, ont chacun contribué à sa manière dans l’ajustement économique continuel des États comme le nôtre.

Avec une multitude de mesures, des initiatives et des projets annoncés et mis en œuvre d’année en année, la démarche nationale d’accroître la productivité a tout de même livré des résultats dont on peut être fier. Il serait propice de mentionner que l’éducation du peuple quant à l’importance de la productivité doit rester une approche continue. Mais on remarquerait que la productivité a toujours été un sujet traité en isolation tout en le dissociant des autres thèmes fondamentaux, dont la compétitivité et l’innovation.

Il serait intéressant de constater que l’innovation a toujours été un composant essentiel dans la logique d’accroître la productivité. Cependant, l’innovation, semble-t-il, n’a jamais été comprise dans ce sens précis. En termes simples, l’innovation est l’action d’innover ; elle est une quête d’améliorer constamment une pratique ou objet existant, par contraste avec l’invention, qui vise à créer du nouveau. Le Manuel d’Oslo définit quatre types d’innovation : les innovations de produit, les innovations de procédé, les innovations de commercialisation et les innovations d’organisation (voir encadré).

On n’aurait pas tort de penser qu’à Maurice, on pourrait toujours apporter une touche d’innovation dans divers secteurs de notre économie. D’ailleurs, d’importants secteurs, comme la canne à sucre, ont pu le démontrer à leur façon, et ce à travers le processus de diversification, par exemple l’exploitation des sous-produits de la canne dont l’utilisation de la bagasse pour la production énergétique et la production d’éthanol à partir de la mélasse.

Pour le citoyen lambda, comprendre l’innovation ne devrait pas être de la “rocket science” comme le dirait l’Anglais. On peut apporter de l’innovation dans notre vie quotidienne à travers des pratiques et connaissances qui peuvent nous surprendre des fois. À la limite, on peut certainement nous inspirer des autres, à l’instar du Ghana, où plusieurs femmes d’un village, regroupées au sein d’une communauté, ont fabriqué et commercialisé un vélo à base de bambou. Dans un quartier rural de ce pays où une bicyclette pourrait s’avérer un moyen de transport indispensable mais quand même pas à la portée de tous, cette innovation a eu un franc succès. Elle a non seulement permis aux habitants de s’offrir un moyen de transport, mais a eu un impact positif sur l’agriculture avec une croissance dans la production du bambou comme matière première et l’inclusion de la femme dans la société et l’économie, ce qui a finalement permis l’émergence d’une activité qui contribue dans l’économie du village. Et tout cela, avec une simple innovation.

Le système ferroviaire à Rome est un autre exemple d’innovation qui contribue positivement à réduire les effets sur l’environnement. En effet, on peut désormais acheter un billet pour le métro avec des bouteilles en plastique dans la capitale italienne. Cela causera une diminution de déchets plastiques et, en même temps, promouvra le recyclage. On a de quoi s’inspirer pour notre propre système de métro à Maurice ! Ces deux exemples d’innovation, on peut le constater, ont aussi un point en commun : la durabilité et la productivité. Notre quête pour une innovation continuelle doit impérativement faire preuve de durabilité pour une productivité accrue.

Le dernier rapport du Global Innovation Index, rendu public en juillet dernier, a fait remarquer que malgré une perspective sombre, l’innovation se développe dans le monde entier. « Dans les économies développées et en développement, l’innovation formelle – telle que mesurée par la recherche et le développement et les brevets – et les modes d’innovation moins formels prospèrent. Aujourd’hui, les économies développées et en développement de tous types favorisent l’innovation pour parvenir au développement économique et social. Il est maintenant également mieux compris que l’innovation se produit dans tous les domaines de l’économie, et pas seulement dans les entreprises de haute technologie et les secteurs de la technologie. En conséquence, les économies concentrent leur attention sur la création et le maintien d’écosystèmes et de réseaux d’innovation solides et dynamiques », font ressortir les auteurs du rapport.

Une société et une économie, qui se veut innovante et productive, ont de quoi commencer à inspirer ces citoyens en premier lieu. Et le reste viendra tout naturellement.