Les propositions de réforme électorale comportent l’obligation d’aligner un minimum de 20 candidates pour les législatives, soit un tiers, le seuil minimal recommandé… C’est une avancée pour vous ?

À Lalit, nous entrevoyons une possible dynamique positive lorsqu’il y a plus de femmes mais cela dépend davantage d’un programme d’émancipation de la femme. Parfois, les partis se cachent derrière un quota de femmes pour ne pas s’occuper de problèmes d’oppression ou de domination envers les femmes. À Maurice, par exemple, nous avons, je pense, dix fois, voire cent fois plus d’agressions sexuelles sur les femmes qu’aux États-Unis. Mais, nous n’avons pas de mouvement ‘Me too Hashtag’ ici pour plus d’égalité entre hommes et femmes. Dans le passé, à l’étranger, nous avons eu des premiers ministres femmes absolument horribles. De Thatcher à Theresa May en passant par Gandhi et Golda Meir, ex-PM d’Israël… Hillary Clinton a été une candidate qui n’a pas galvanisé la voix des femmes, même pas contre Donald Trump. Elle a été financée par Harvey Weinstein, qui fut l’un de ses plus grands bailleurs de fonds. Il est important de mener cette lutte en faveur de l’émancipation et de la libération de la femme. La patriarchie est véhiculée par des hommes et des femmes. La patriarchie, c’est une hiérarchie. Or, il faut l’égalité. Une femme au parlement, cela ne représente pas le pouvoir. Le pouvoir, c’est au Cabinet. Les femmes montent à travers cette hiérarchie patriarcale. Il faut briser cette hiérarchie dans ce système patriarcal et apporter l’égalité entre hommes et femmes. Il ne sert à rien qu’une femme monte dans la hiérarchie où le système demeure patriarcal et où il n’y a pas un programme pour aplatir cette domination patriarcale.

Face à cette obligation d’aligner un tiers de candidats femmes, n’y a-t-il pas de risque que le parti cherche à tout prix des femmes sans pour autant tenir compte de leurs mérites et qualités ?
Vous savez, la liste des candidats des partis traditionnels est influencée par des soucis patriarcaux. Premièrement, il leur faut plaire à des pressions de différents secteurs. Le secteur hôtelier aura son représentant de chaque côté des alliances. Le secteur financier cherchera son représentant. Avec les nouvelles propositions, peut-être une femme prendra-t-elle ce rôle. De l’autre côté, vous aurez des lobbies religieux pour que telle église ou tel temple soit représenté. Ces lobbies sont patriarcaux. Quand il s’agira de placer telle personne, on préférera placer un homme. Ils vont peut-être chercher une femme mais une qui représente ces secteurs.

Pensez-vous qu’il sera difficile de trouver des femmes candidates aux élections générales ?
Non, s’il n’y avait pas ces deux lobbies, cela aurait été bien facile. Les femmes sont prêtes à se porter candidates.

Devrait-on se contenter d’avoir un tiers de femmes candidates ou faudrait-il viser un tiers de femmes au Parlement et au Cabinet ministériel ?
À Lalit, nous ne sommes pas en faveur du quota. Nous avons toujours plus d’un tiers de candidates femmes. Pour nous, il est absurde que les partis cherchent à apporter une loi pour qu’il y ait un tiers de femmes. Nous sommes davantage en faveur d’une parité entre hommes et femmes. Nous sommes en faveur d’un Parlement qui détient plus de pouvoir.

Le Parlement n’a actuellement pas de pouvoir. En Angleterre, il y a 650 députés et 21 ministres. Ici, si on enlève le Premier ministre, les ministres et les PPS, il ne reste pas grand monde. Le Parlement à Maurice n’a pas de pouvoir du tout. Et, c’est de notre faute, c’est celle des médias. Le public pense que c’est un grand gaspillage que de payer les députés. Nous devons convaincre le public que c’est une absurdité. Quand le pays a eu son indépendance, on était une population de 650 000 environ. Aujourd’hui, nous sommes 1, 3 million d’habitants, soit deux fois plus. Nous avons donc moins de députés. Comment permettre aux gens de dire que c’est du gaspillage ? À Lalit, nous sommes en faveur de 105 députés. Plus il y a de députés, plus il y a de la place pour les femmes.

Les femmes ont besoin de modèles pour avoir envie de s’engager en politique. Compte tenu des scandales récents qui ont impliqué des femmes au pouvoir, a-t-on toujours des modèles ?

Il est absurde pour une personne de s’ériger en modèle. Nous savons tous que les adolescents ont des role models chez les adultes. Mais, l’adulte ne devrait avoir que lui comme modèle. Quant à la deuxième partie de la question, lorsque vous placez une femme en politique, il y a beaucoup de chances qu’elle commette des bavures car elle n’a pas été testée par le public. Nous devons nous attendre à tout. Si elle n’a jamais fait de la politique, il y a beaucoup de chances qu’elles commettent des bévues.
Il fut un temps où certains pensaient que pour ‘moraliser’ la politique, il faut des femmes…

Pour moraliser la politique, il faut des programmes logiques pour que le public vote d’après ces programmes. Beaucoup dans le milieu politique peuvent trouver le programme de Lalit bien mais ils ne vont rien dire car ils sont la domination du système en place.

À Maurice, pensez-vous qu’avec ses seules capacités comme qualité, la femme puisse occuper un haut statut ou faut-il certains critères comme sa communauté ?

Les critères de communauté qui existent dans le système sont des relents déplorables de l’esclavage. Nous devons lutter contre cela car c’est absurde.

Pensez-vous que des femmes au Parlement peuvent mieux faire avancer la cause des femmes ou sont-elles plus vues comme des députées ‘vases à fleurs’?

Ce n’est pas tant des députées’vases à fleurs’. Regardez les organisations de femmes qui veulent que les femmes arrivent au pouvoir, elles reçoivent beaucoup de visibilité. Mais, dans des organisations comme Muvman Liberasyon Fam, nous voulons davantage lutter pour que les femmes soient moins sous domination.

Pensez-vous qu’en politique, on puisse parvenir un jour à une représentation féminine proportionnelle à sa population ?
Mais oui, cela arrivera vite.