Si le but ultime de Pravind Jugnauth était qu’il n’y ait finalement aucune réforme électorale, il s’y est très bien pris et il a parfaitement réussi. On le supputait un peu, connaissant l’approche ambiguë pour ne pas dire alambiquée du MSM par rapport à cette épineuse question de la démocratisation long overdue de notre système politique. Il va falloir repasser. Eh oui, à moins d’un improbable miracle. Encore une fois parce que c’est une nouvelle occasion ratée. Une de plus. Parce qu’à côté des propositions qui sont bien accueillies et acceptées comme une meilleure représentation des femmes, il y a celles qui hérissent et qui provoquent le rejet général.

Le volet de la représentation des femmes devrait être formellement présenté, réforme ou pas, à l’Assemblée nationale. Cela nous éviterait de nous cacher ou de raser les murs lorsque nous participons à des conférences internationales et surtout africaines où nous faisons figure de cancres et de piètres élèves en matière de la promotion de la participation des femmes dans la sphère politique. On l’a fait pour les municipalités au moyen d’un amendement à la Local Government Act seulement, qui impose des candidatures féminines dans chaque arrondissement, l’alliance PTr-PMSD refusant un amendement du MMM visant à inscrire dans la Constitution cette obligation d’avoir une bonne représentation des femmes dans les administrations régionales, l’aide étant que cette condition s’applique aussi aux élections générales. Il n’est pas trop tard pour légiférer en ce sens. S’ils y croient vraiment.Ce ne serait pas si difficile que ça pour les grands partis que de présenter 20 bonnes candidates, même si les expériences les plus récentes ne sont pas très réussies. Et que cela les a considérablement démonétisées aux yeux du public, qui avait pu croire que les femmes en politique apportaient fraîcheur, empathie et humanité. À part cette partie du projet sur la représentation de femmes, rien de très abouti ni de consensuel dans le projet de réforme électorale. Les mesures préconisées pour combattre le transfugisme sont un peu bancales. Le but inavoué, mais très explicite, étant de valider en quelque sorte les défections nombreuses et honteuses qui ont marqué la présente mandature.Le retournement de veste de groupe étant apparemment considéré comme relevant de moins de perfidie et de perversion que celui d’un individu. On aurait pu penser que les délits commis en réunion comportaient des circonstances plus aggravantes que ceux qui sont perpétrés par des individus, mais il paraît que plus on est nombreux à déserter pour un poste de ministre, une voiture de fonction et de petits accommodements mais très avantageux sur ses crédits bancaires, mieux c’est. Mais ce n’est pas la cote la plus mal taillée de cette réforme. Il y a l’essentiel et la réforme du gouvernement et du ML d’Ivan Collendavelloo, que l’on croyait animé de vraies convictions en matière d’équité du système électoral, passe complètement à côté. Comment peut-on appeler ce projet celui d’une reforme électorale lorsqu’il vient, en fait, consolider le statu quo, l’injustice, soit conforter encore plus la majorité numérique du parti et de l’alliance qui s’est approprié un nombre déjà démesuré de sièges par rapport aux votes obtenus ?C’est, dans son résultat, une déformation électorale et un détournement du vote populaire. Personne n’a jamais préconisé de la proportionnelle pure, soit un nombre de sièges équivalent au suffrage près exprimé. Le débat sur la proportionnelle s’est toujours articulé sur la “dose”, le degré de correction requis pour que la majorité ait sa majorité et que la minorité soit adéquatement représentée. Il paraît que c’est au nom de la sacro-sainte “stabilité” que ce nouveau système d’arrière-garde a été concocté. La stabilité est importante, c’est vrai, mais faut-il pour autant sacrifier la démocratie ? Ce MSM qui avait fait près de 20% en 1995 alors que l’alliance PTr-MMM avait réalisé le second 60/0 se serait-il contenté de ce qu’il propose aujourd’hui ?
La question n’est pas de se rassurer aujourd’hui, de s’arranger pour confisquer le pouvoir, mais il s’agit de regarder le dossier dans l’absolu. Faire qu’aujourd’hui et demain le voeu de l’électorat soit mieux respecté. Or, au lieu de venir avec une vraie réforme, de celle qui apaise et qui réconcilie, le gouvernement ramène le pays en arrière. Et même si le Premier ministre s’est dit ouvert aux contre-propositions, son insistance sur sa fameuse “stabilité” ne laisse aucun doute quant à son inflexibilité sur son système de proportionnel qui renforce le camp qui a déjà tout pris.
Ce débat sur la réforme électorale a donné lieu à quelques postures un peu surprenantes. Composant avec une meute qui diabolise la politique, ce qui est parfois légitime dans la mesure où il y a tellement de travers ces dernières années, certains se sont mis à trouver le nombre de députés trop élevés et trop coûteux ou la responsabilité accordée aux leaders un viol de la démocratie. Roshi Bhadain, par exemple, s’est ému de la somme qu’une augmentation du nombre de députés représenterait. Venant de quelqu’un qui a jeté Rs 43 millions par les fenêtres de Heritage City et qui a provoqué un engagement de près de Rs 8 milliards de l’État pour renflouer l’ex-BAI, il y a de quoi rigoler un bon coup.
Navin Ramgoolam, redevenu démocrate pur et dur, ne veut pas de rôle pour les leaders politiques. Mais qui a décidé de la nomination du candidat battu Rama Valayden au poste d’Attorney General en 2005 ? À moins que certains dirigeants politiques ne doutent d’eux-mêmes et de leur capacité à faire des choix judicieux. Parce que ce n’est pas celui qui choisit qui est au cœur du problème, mais qui il choisit.

Josie Lebrasse