Nous sommes en ce moment, en France, au coeur d’une campagne électorale pour l’élection du président de la République et celle des députés à l’Assemblée nationale.
Philippe Poutou y défend nos idées, nos colères, nos exigences dans la situation de crise que fait vivre le capitalisme aux travailleurs de France et d’Europe.
Nous voulons chasser Sarkozy, le président de la République actuel qui depuis cinq ans développe une politique d’injustice et de discrimination sociales en France et en Europe, une politique d’interventions militaires aux côtés de l’impérialisme US, une politique raciste et islamophobe. Mais nous n’avons pas d’illusion : nous savons bien que si demain François Hollande et le Parti socialiste sont à la présidence et au gouvernement, rien ne changera vraiment dans les conditions de vie des travailleurs de notre pays. L’exemple donné en Europe par les gouvernements socialistes aux commandes ces dernières années, en Italie, au Portugal ou en Grèce, nous montre bien qu’ils se soumettent autant que les conservateurs aux intérêts des banques et des grandes entreprises multinationales.
Le Nouveau parti anticapitaliste
Depuis quatre ans, nous avons lancé la construction du Nouveau parti anticapitaliste pour échapper justement à l’impasse institutionnelle que l’on nous impose : soutenir, face à la droite, un gouvernement de la gauche social-démocrate qui obéit aux ordres du FMI et de la Banque mondiale, ou laisser la droite agressive et arrogante nous matraquer de sa politique réactionnaire. Dans les deux cas, les salariés sortent perdants de cette fausse alternance, et d’ailleurs ils s’écartent de plus en plus de ces consultations électorales dans lesquelles ils ne se retrouvent pas.
C’est ce jeu politique faussé qui explique aussi, en Europe comme à New York, le succès du mouvement des Indignés qui exige une « démocratie réelle », à l’opposé de la démocratie électorale factice qui, dans les faits, méprise les exigences exprimées par les populations.
Consultation par référendum
Le meilleur exemple, en France, a été le référendum sur le Traité constitutionnel de l’Union européenne. En 2005, avait été organisée une consultation pour l’adoption du nouveau texte régissant les institutions de l’Union européenne. Alors que 90% des députés, qu’ils soient de droite ou de gauche, soutenaient ce texte, il a été clairement rejeté par plus de 54% des électeurs lors d’un référendum. En effet, ce Traité consacrait toutes les règles ultra-libérales qui ont prévalu pour la construction de l’Europe. Le peuple néerlandais avait fait de même et rejeté le Traité. Qu’à cela ne tienne ! Puisque les peuples n’avaient pas voté correctement, l’Union européenne a mis en oeuvre deux ans plus tard, un autre Traité, celui de Lisbonne pour lequel, évidemment, nous n’avons pas eu droit à une consultation par référendum.
Cet exemple montre bien où est le pouvoir réel : pas dans le bulletin de vote !
Ce qui révolte les travailleurs et les peuples d’Europe depuis quatre ans est que nous ne cessons pas de payer pour maintenir la solidité des banques européennes. Depuis quatre ans et le crash financier de Lehman Brothers, le gouvernement français comme ses homologues de l’UE ont soutenu les grandes banques à coup de centaines de milliards d’euros, la Banque centrale européenne (BCE) prête aussi des centaines de milliards pratiquement à taux zéro à ces mêmes banques. Mais pendant ce temps-là, l’Union européenne, la Banque mondiale et le FMI poussent les peuples au chômage, à la misère, démantèle les services publics et les systèmes sociaux…. Et là, évidemment, les peuples ne sont pas consultés pour ces choix.
Il y a quelques mois, le premier ministre grec avait évoqué l’hypothèse d’un référendum sur les mesures d’austérité que voulait lui imposer l’Union européenne. La réaction ne s’est pas faite attendre : Mme Merkel, la Chancelière allemande, M. Sarkozy et les autres dirigeants européens ont traité ce Premier ministre de fou irresponsable parce qu’il voulait faire voter la population. Pour eux, cette population est tout juste bonne à donner, tous les quatre ou cinq ans, un chèque en blanc à des dirigeants qui ensuite obéiront aux ordres des grands groupes capitalistes.
Fausse démocratie
C’est cette fausse démocratie que dénoncent les jeunes qui ont planté leurs tentes sur les places de Madrid, Barcelone, Athènes et New York. C’est aussi cette fausse démocratie et ces politiques scandaleuses au profit des riches que dénoncent aujourd’hui dans la rue des centaines de milliers d’hommes et de femmes d’Europe.
En Europe, tous les gouvernants nous font le chantage de la dette : les peuples auraient à rembourser, rubis sur l’ongle, les centaines de milliards de dette qui pèsent sur les comptes publics. Et pour payer cette dette, il faudrait liquider tous nos acquis sociaux et comme le peuple grec vivre avec des salaires de misère ou pas de salaire du tout, voir disparaître nos droits à la retraite, à la santé ! Et en France, Sarkozy comme Hollande promettent aux banques et aux agences de notation de rembourser cette dette jusqu’au dernier centime.
Philippe Poutou, dans cette campagne dit ce que ne disent ni Hollande ni Mélenchon, l’autre candidat de la gauche traditionnelle : cette dette n’est pas la nôtre, on ne nous a jamais consulté sur les choix des finances publiques, nous ne la paierons pas ! Car cette dette c’est le résultat des choix fait depuis des années par les gouvernements successifs : exonérer les capitalistes d’impôts et de cotisations sociales, et ce à hauteur de dizaines de milliards chaque année, et en même temps emprunter à ces mêmes capitalistes pour boucler les comptes de l’État. Alors, nous nous disons simplement que ceux qui ont une dette à payer ce ne sont pas les travailleurs, mais les capitalistes qui ont accumulé des centaines de milliards en volant aux travailleurs le produit de leur travail.
Des plans d’ajustement structurel du FMI et de la Banque mondiale
Ce que nous vivons aujourd’hui en Europe, c’est ce qu’ont vécu les pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine depuis des dizaines d’années : des plans d’ajustement structurel de la Banque mondiale et du FMI avec la même Bible : liquider les droits sociaux, privatiser tout ce qui peut l’être, ouvrir le pays sans conditions aux trusts internationaux, sous prétexte de remboursement de la dette.
Le monde entier vit aujourd’hui dans le capitalisme mondialisé, le capitalisme sauvage qui met en concurrence tous les travailleurs du monde. Un capitalisme à la recherche du prix le plus faible de la force de travail : aujourd’hui, c’est l’Inde et le Vietnam qui ont la palme des usines de la misère, détrônant même la Chine, avec moins de 3 euros par jour !
L’insurrection populaire
Mais ce capitalisme n’est pas invincible. Les peuples de Tunisie, d’Égypte, de Libye, de Syrie nous donne un exemple de courage révolutionnaire en ayant abattu ou en cherchant à abattre des régimes despotiques installés depuis des décennies. Cela montre bien que le combat révolutionnaire, anticapitaliste n’est pas une utopie dépassée. Évidemment, ces peuples n’ont pas encore renversé le capitalisme, ils subissent encore le chômage et l’exploitation. Mais ils ont relevé la tête, imposé un début de démocratie, malgré le soutien militaire et politique dont bénéficiaient toutes ces dictatures. Jusqu’au dernier souffle du pouvoir de Ben Ali, le dictateur tunisien a bénéficié du soutien des régimes occidentaux, mais l’insurrection populaire a abattu toutes les barrières, quelle leçon ! Leçon répétée, quelques mois plus tard en Égypte.
Regardez avec quelle désinvolture les pays industrialisés laissent le monde glisser dans le réchauffement climatique. Au sommet de Durban, il y a quelques mois, ils ont entériné, assumé de ne donner aucune contrainte réelle concernant les gaz à effet de serre. Ils savent bien que des centaines de millions d’êtres humains vont payer de leur vie cette non décision. Pas en Europe occidentale, ni aux USA pour l’essentiel, mais en Asie, en Afrique, en Océanie, des villages, des villes littorales vont disparaître, entraînant des déportations de populations entières. Des zones de cultures ne seront plus cultivables.
 Notre combat anticapitaliste, révolutionnaire n’a donc rien de poussiéreux et de dépassé, car c’est le combat de l’humanité pour sa libération contre un système inhumain qui fait passer le profit avant les besoins sociaux et même la vie des milliards d’êtres humains.
Nous sommes toujours autant déterminés à combattre pour une société débarrassée de l’exploitation, des discriminations. Pour nous ce combat n’a pas de frontières et au contraire seule la solidarité internationale des exploités permettra de le faire aboutir. Car nous avons à faire face à une force économique, politique et militaire bien organisée.
Solidaire de Lalit, Rezistans ek Alternativ et du Muvman Premye Me
Je profite d’ailleurs de cette opportunité pour exprimer notre solidarité avec les anticapitalistes mauriciens, riches de dizaines d’années de luttes, ceux de Lalit, de Rezistans ek Alternativ, du Muvman Premye Me, notre solidarité avec le combat pour que soit mis fin à l’occupation des Chagos par l’impérialisme britannique et américain, pour le démantèlement de la base impérialiste de Diego Garcia et la fin de l’exil forcé des Chagossiens, pour le retour dans le territoire mauricien de cet archipel.
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OLIVIER BESANCENOT
Olivier Besancenot, né le 18 avril 1974 à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), est une personnalité politique française d’Extrême-gauche.
Facteur de profession, il est candidat de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) aux élections présidentielles de 2002 et 2007, où il recueille respectivement 4,25 % et 4,08 % des voix. Il est jusqu’en 2011 porte-parole du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), qui a succédé à la LCR. Olivier Besancenot est le soutien de Philippe Poutou, candidat du NPA à l’élection présidentielle en France. (Source : Wikipédia)