Lionel Lajoie compte postuler pour un PGCE en créole

Lionel Lajoie, proclamé grand vainqueur de la compétition “Slam to Leritaz ! Slam to Pei”, organisée par la Creole Speaking Union, trouve que, dans le slam, il y a cette notion d’écriture et de culture « qui forge l’être ». Il ajoute : « Le slam, c’est de la poésie vivante, une présence scénique et des mots qui emballent. »

Il évoquera aussi la fierté du “Made in Moris” et ce combat incessant pour faire de la langue kreol une langue réunificatrice car, dit-il, « l’identité mauricienne trouve son reflet à travers le kreol ».

Âgé de 23 ans, Lionel Lajoie sait de qui tenir. Entre son père, Clency, journaliste qui l’a enseigné à maîtriser la langue, et sa mère, Marie-Claire, enseignante qui s’occupe des enfants recalés, Lionel a choisi de faire des études en français et en créole à l’Université de Maurice. « Dans un premier temps, je voulais être enseignant, puis journaliste mais je pencherai plus vers l’enseignement. Pour l’instant, tout cogite encore dans ma tête », lance Lionel.

Les cheveux relevés en chignon, des lunettes qui lui donnent un petit air d’intello, Lionel préfère jouer la carte de l’humilité pour conter son parcours de slameur, indiquant que la lutte pour la cause de la langue créole a toujours été un sujet récurrent au sein de sa famille. « Parler créole chez soi commence à bien trouver sa place, les gens tendent graduellement à se libérer des préjugés. Il y a eu, à un certain moment, une sorte de colonisation de la pensée, car le français et l’anglais sont des langues coloniales, alors que le kreol symbolise la liberté de la langue.

Le kreol a subi une certaine forme d’oppression et graduellement on tend à s’en libérer avec cette fierté du “Made in Moris”. Il y a aussi tout un mouvement mis en place par les artistes, slameurs, le Festival Kreol, pour que notre identité mauricienne trouve son reflet à travers la langue créole », explique ce jeune homme.

Lionel Lajoie se félicite de la tournure prise par certains jeunes pour promouvoir le kreol et le fait de postuler pour un PGCE en créole est, pour lui, « une manière d’affirmer mon identité mauricienne ». Il ajoute : « Presque tous parlent, pensent en créole mais parfois il arrive qu’on reste bloqué. Je me souviens dernièrement avoir répondu à un appel de candidature pour travailler sur le dictionnaire kreol rodriguais. Alors que les questions m’étaient posées en kreol, je répondais en français.

C’était pour moi qu’une question de représentation. Pourtant, j’ai opté pour un cursus en kreol, alors pourquoi ce besoin de parler français. Souvent on développe des automatismes et rien ne peut vraiment expliquer ce détour de langues du kreol au français au moment des interviews. »

Sacré vainqueur du concours “Slam to Leritaz ! Slam to Pei”, organisé par la Creole Speaking Union, à l’Université de Réduit mardi dernier, Lionel Lajoie raconte avoir découvert cet univers de slameur en redoublant sa Form V au collège Imperial.

« Le slam a agi comme une bouée de sauvetage en me permettant de prendre conscience de l’importance de l’éducation. Il y a, dans le slam, cette notion d’écriture et de culture qui forge l’être. Les slameurs sont des névrosés qui ont ce besoin de s’extérioriser et de faire voir aux autres les maux de la société », dit-il.

Lionel Lajoie dit avoir fait la découverte de cet art il y a 6 ans. « Le slam sonnait comme une nouvelle vague pour les jeunes en quête de renouveau. Même s’il est toujours dans un état embryonnaire, nous slameurs souhaiterions que, dans les prochaines années, cette forme d’art fasse écho », souligne Lionel. Et, comment a-t-il senti en lui cette âme de slameur ? Entre deux éclats de rire, le jeune homme dira qu’il y a les mots qui viennent d’abord avant l’esthétisme.

« C’est une manière de revendiquer ses idées. Le slam est comme un combat dans lequel on s’engage pour faire entendre sa voix. La langue kreol aussi a longtemps été débattue autour de cette notion de savoir ce qui fait de nous une grande nation. Avec la langue kreol, il y a trois piliers fondamentaux: l’histoire, la culture et le projet commun. Le kreol est dans notre culture et il faut aspirer à sa réunification », dit-il.

Parlant de la différence entre la poésie et le slam, Lionel trouve que ce dernier est « une poésie populaire » qui n’incombe ni de sonnet, ni d’alexandrin. « Le meilleur slameur est celui qui a  le meilleur texte et qui a une présence scénique, alors que le poète, lui, il est à la fois littéraire et rythmique », indique-t-il.

Par contre, Lionel Lajoie se défend d’avoir un style, prenant plutôt les mots à bras-le-corps. « Je me définis comme quelqu’un de sage, conscient et amoureux des lettres », dit-il. Pour notre interlocuteur, le slam a su briser les clivages et cette poésie populaire devrait, selon lui, être propulsée. « Les jeunes ne veulent plus de grands discours, ils veulent du concret et le slam permet de s’attaquer aux maux de la société et d’éveiller les consciences. Il y a aussi beaucoup de discours de nos dirigeants pour promouvoir la langue kreol mais qui ne reflètent pas la réalité de notre pays », explique-t-il.

Dans “Zenes mo pei”, qui lui a permis de remporter le concours de slam, il avait écrit pour les 50 ans de l’indépendance de Maurice pour exprimer son amour pour sa patrie et ses travers. Son message s’articule dans cette pensée : « Zenes leve diboute, fer to prev, montre to valer. Fonse, fer fot, fer fout e ekler lavenir to pei avek to lalimier. »