Photo de famille pour l’équipe de tournage, avec la réalisatrice, Pierre Niney et Stacy Martin sur la droite

Les employés de l’hôtel Prince Maurice sont retournés à leurs responsabilités habituelles depuis que le clap de fin a été donné au tournage mauricien de Lisa Redler il y a plusieurs jours. Écrite et réalisée par Nicole Garcia, cette sombre passion amoureuse à trois prend place à Maurice en deuxième partie du film pour un de ses rebondissements les plus forts. La cinéaste a quitté Maurice au terme de deux semaines très intenses toujours subjuguée par la beauté et le calme du pays et par la gentillesse de ses habitants.

Nicole Garcia avait annoncé en 2017, lorsqu’elle était venue ici dans le cadre d’un festival de cinéma, qu’elle avait choisi Maurice pour tourner des séquences de son prochain film, une sombre passion amoureuse qui cousine avec les pulsions de meurtre. Si le groupe Constance a hébergé l’équipe de tournage venue de l’étranger, l’un de ses hôtels, le Prince Maurice, a servi de décor pendant une semaine à plusieurs scènes de tournage… Ce 9e long-métrage de la réalisatrice française s’intitule Lisa Redler. Incarnée par la jeune et prometteuse comédienne anglo-française Stacy Martin, l’héroïne éponyme est en effet mariée à Léo, incarné par Benoît Magimel, un riche assureur qui aime les hôtels de luxe et les expériences raffinées…

Pendant l’autre semaine de leur séjour, l’équipe française a tourné dans différents coins de l’île pour une excursion en catamaran dans l’ouest, quelques heures dans les faubourgs de Port-Louis du côté du foyer du Père Laval ou encore à La Cambuse. La Mauritius Film Development Corporation (MFDC) est aussi intervenue pour faciliter quelques prises de vue en hélicoptère, et ces 15 jours de tournage ont bénéficié du “Film Rebate Scheme”, proposé par l’Economic Development Board (EDB) pour soutenir l’émergence d’une industrie cinématographique à Maurice.

Nicole Garcia loue particulièrement le côté reposant et la beauté de Maurice, qui offrait ainsi un cadre idéal pour la deuxième partie de son film, où le couple trouve un cadre idyllique pour ses vacances. Ce tournage mauricien s’est intégralement déroulé en décors naturels, où seulement quelques lumières ont parfois été ajoutées, pour des scènes nocturnes par exemple. Dans une des dernières déclarations que Nicole Garcia a laissées auprès des représentants du Prince Maurice avant de quitter le pays, elle affiche toujours sa satisfaction. « J’ai été sidérée par les paysages à Maurice, souligne-t-elle, car nous cherchions une île tropicale paradisiaque. Je suis très contente de nos images. Ça va être un film singulier et émouvant. Plusieurs séances ont été tournées au Constance Prince Maurice, surtout sur les belles plages, sur les autoroutes et les marchés. Des figurants mauriciens ainsi que certains membres du personnel de l’hôtel ont aussi participé au tournage. De ce fait, cette initiative aidera à promouvoir la cinématographie à Maurice. »

Simon, alias Pierre Niney, est donc dans ce film sous la direction de notre Robert Furlong national, ce retraité qui a longtemps dirigé la Fondation Malcolm de Chazal, puis se fait remarquer dans des films étrangers dans de petits rôles, ou même dans des rôles principaux de quelques pièces de théâtre ou films mauriciens, comme dernièrement The Comeback, de Sharvan Anenden. Dans ce rôle de directeur d’hôtel, ce dernier est notamment amené à se préoccuper de Léo, qui subit un incident de plongée à un moment. Il ne tarit bien sûr pas d’éloge à propos de Nicole Garcia : « Une réalisatrice très attentionnée qui se livre à un vrai dialogue avec ses comédiens, quelle que soit l’importance de leurs rôles. Elle a ce don d’être claire sur ses attentes et modifie le texte avec les comédiens si nécessaire. » Notre interlocuteur loue également la convivialité qui régnait et le fait que « nous, Mauriciens, étions acceptés par tous comme exerçant le même métier… »

Gaston Valayden, Bill Soopaya et Christopher Ratzisoen ont pour leur part vécu les choses différemment dans des rôles d’hommes d’affaires malgaches, pour un ou deux jours de tournage à Mahébourg. Gaston Valayden est un peu déçu par cette expérience, car on lui a demandé de venir deux jours et, à l’issue de la première journée, on lui a fait savoir qu’il n’était pas nécessaire pour lui de revenir le lendemain. « Honnêtement, je ne peux pas dire grand-chose… Le tournage s’est passé à Mahébourg dans un restaurant près du marché, où nous avons eu une interaction très brève avec Benoît Magimel, mais je serais bien incapable de dire quelle place occupe cette scène dans le déroulé du film. Si on m’avait dit au départ que c’était seulement pour une journée de tournage, je n’y serais pas allé. » Parmi les valeurs sûres du théâtre mauricien, Vinaya Sungkur a aussi joué un petit rôle dans ce film.

Du point de vue de la directrice de la communication du Prince Maurice, Aurélie Aupée, ce tournage a essentiellement demandé un effort d’organisation parmi le personnel de l’hôtel, d’autant plus que plusieurs employés devraient figurer dans le film dans leur propre rôle de réceptionnistes, voituriers, bagagistes, etc. L’équipe du Prince Maurice a aussi accueilli une « recrue éphémère » en la personne du comédien Pierre Niney, pour qui un poste a été concocté sur mesure… Oubliez Yves Saint-Laurent : Pierre Niney est ici Simon, accompagnateur pour les excursions et autres animations de l’hôtel. Mais dans le scénario écrit par Nicole Garcia et Jacques Fieschi, il incarne surtout le jeune homme que Lisa a follement aimé cinq ans auparavant… La première partie du film se déroule en effet à Paris, où ces beaux jeunes gens vivent leur passion jusqu’à ce que Simon quitte brusquement le pays, au lendemain d’une soirée qui a mal tourné. Lisa attendra en vain de ses nouvelles…

Le temps passant, elle finira par se marier avec Léo. Mais quand le couple débarque à Maurice, comme clients de l’hôtel où Simon travaille, Lisa ne s’attend évidemment pas à se retrouver face à celui qui a incarné ce si grand amour… Nous n’en saurons pas plus pour le moment, si ce n’est que la dernière partie de cette trilogie amoureuse se déroule à Genève. Lisa Redler devrait sortir dans les salles obscures en 2020.

Une grande voix féminine du cinéma

Lisa Redler est le neuvième long-métrage que Nicole Garcia réalise. S’il explore ici la passion amoureuse et soumet les sentiments à l’épreuve du temps et des séparations, il faut comprendre que cette cinéaste, qui a tout d’abord accompli une brillante carrière d’actrice, s’attache le plus souvent dans ses films à sonder les rapports humains, dans leur complexité, leurs nuances et leur violence aussi parfois. Un week-end sur deux et Le fils préféré ont été loués par la critique lorsqu’ils sont sortis. Place Vendôme, avec Catherine Deneuve, puis L’Adversaire, avec Daniel Auteuil, sont de grands succès populaires. En tant que comédienne, tout autant que comme réalisatrice, Nicole Garcia collectionne les nominations, particulièrement pour la cérémonie des Césars, ce qui laisse penser qu’elle invente un cinéma qui s’inscrit très naturellement dans la tradition française du 7e art.

Son dernier film adapté du roman à succès de Milena Agus, Mal de pierres, avec Marion Cotillard dans le rôle principal, a été nominé dans huit catégories différentes aux Césars en 2017, ce qui est exceptionnel. Régulièrement membre de jury, que ce soit à Cannes, Venise, Paris ou Marrakech, Nicole Garcia se démarque par la singularité de son regard et la profondeur pudique avec laquelle elle aborde ses personnages. Sa présence a l’hôtel Prince Maurice, même à 14 000 km de Paris, a été remarquée par la clientèle et il a fallu parfois canaliser les équipes pour qu’elles puissent travailler tranquillement.

Si Pierre Niney compte parmi les valeurs sûres du cinéma français, notamment depuis qu’il a reçu le César du meilleur acteur pour Yves Saint-Laurent, Stacy Martin ne cesse de faire des émules. Particulièrement remarquée dans Nymphomaniac, de Lars von Trier, son premier long-métrage, Stacy Martin a joué dans une quinzaine de films, dont Vox Lux, de Brady Corbet, The last photograph, de Danny Huston, ou encore cette année Dernier Amour, de Benoît Jacquot…

Benoît Magimel, prix d’interprétation masculine à Cannes pour La Pianiste, en 2001, aux côtés d’Isabelle Huppert, et César du meilleur acteur dans un second rôle pour La tête haute, est assurément l’acteur le plus expérimenté de cette distribution. Aussi est-il amusant de se rappeler qu’il a fait ses premiers pas de comédien à l’âge de 12 ans dans la comédie satirique absolument hilarante, d’Étienne Chatillez, La vie est un long fleuve tranquille, dans le rôle de Momo Groseille.