2011 a été une année dynamique pour la littérature mauricienne, du moins du côté des écrivains, et sans engagement pour ce qui est des lecteurs. Activité individuelle par excellence, le fait qu’elle soit le secteur le plus dynamique illustre bien cette île Maurice sans politique culturelle, sans cours d’histoire dignes de ce nom, avec peu de salles de spectacle et des places de cinéma au prix exorbitant…
L’année 2011 nous a permis de renouer avec les deux romanciers rares que sont Bertrand de Robillard et Carl de Souza. Le premier a ouvert l’année sept ans après L’homme qui penche en proposant Une interminable distraction au monde. Ce roman court restitue l’expérience d’un couple qui tente une nouvelle tranche de vie commune dans une maison du bord de mer. En chute libre, le roman de Carl de Souza est plus long et particulièrement foisonnant en personnages et en références à Maurice alors que celui de Bertrand de Robillard cultive la concision et pourrait se dérouler dans tout pays, simplement doté d’un littoral et d’un climat chaud. Dix ans après les Jours Kaya, Carl de Souza allie ici avec un talent impressionnant deux grandes passions de sa vie : l’écriture et le badminton.
L’autre événement littéraire de l’année était la sortie en octobre de deux textes d’Ananda Devi : un magnifique poème méditatif édité chez Bruno Doucey sous le titre Quand la nuit consent à me parler, et le récit autobiographique intitulé Les hommes qui me parlent, dans lequel l’auteur se dévoile avec beaucoup d’exigence et exprime ses réflexions sur le rôle de la littérature sans sa vie.
La bande dessinée collective Ile était une fois est sortie au milieu de l’année, exposant huit regards et huit styles de BD différents appliqués à huit aspects de l’histoire du pays. C’est la première fois qu’un travail de scénarisation de cette envergure est appliqué à une bande dessinée mauricienne.
Ile était une fois offre une vitrine de la BD mauricienne, associant les dessinateurs les plus expérimentés du pays aux jeunes espoirs. Une nouvelle signature est apparue en littérature jeunesse avec La toile bleue, un conte illustré par Joëlle Maestracci et signé Shenaz Patel. L’auteure du Silence des Chagos est revenue dans l’actualité en fin d’année avec la sortie très attendue de la version mauricienne du Trésor de Rackham le Rouge.
Trezor Rackam Ti Rouz nous a fait découvrir un professeur Tournesol, rebaptisé Pr Rokambol, dans toute sa fantaisie et sa distraction inventive. Toujours en jeunesse, Amarnath Hosany a sorti en début d’année le roman pour ado Longue vie au prince, qu’il a eu l’occasion de présenter au Salon du Livre en France.
Dans le domaine de la poésie, outre la réapparition de la revue Point Barre avec un nouveau look très agréable et une diffusion redéployée, il faut saluer la récente parution des oeuvres complètes de la poétesse Raymonde de Kervern, dont les écrits étaient épuisés depuis de trop nombreuses années. 2011 a aussi révélé une jeune poétesse de langue anglaise avec l’excellent premier recueil d’Ameerah Arjanee aux éditions de L’Atelier d’écriture. To the universe impressionne par sa maturité et une maîtrise de la poésie anglaise époustouflante pour une si jeune personne. Les lecteurs éprouvent aussi beaucoup de plaisir à découvrir le recueil très inspiré de Robert d’Argent, Semences d’étoiles.
Dans le domaine des travaux de recherche et essais, le livre de Catherine Servan Schreiber est venu apporter le regard de l’anthropologue sur notre patrimoine chanté avec Histoire d’une musique métisse de l’île Maurice / Chutney indien et séga Bollywood. L’auteur apporte aussi dans cet ouvrage très instructif un autre éclairage sur les motivations des migrants de culture bhojpurie aux 19e et 20e siècles. À retenir aussi la sortie des actes de deux colloques Media in Mauritius qui donne une myriade de points de vue sur la situation des médias à Maurice et Identification de la violence, violence de l’identification qui rend compte du colloque de psychanalyse qui s’est tenu en 2010 dans le pays.
Malgré le report de son colloque international à 2012, l’année Malcolm de Chazal a auguré de nombreuses conférences dans les écoles sur notre peintre visionnaire. Elle laisse aussi des souvenirs très concrets avec plusieurs publications, rééditions ou textes inédits de différents types. Jugez plutôt : Histoires étranges et Fabliaux de colloques magiques publiés par la fondation ; un numéro spécial de la revue L’Atelier d’écriture intitulé Réflexions inédites et contes, qui comprend la version intégrale du Message de sens plastique et quatre contes et une bibliographie complète ; le texte des deux pièces de théâtre inédites Le concile des poètes et Les désamorantes ; les Éditions Philippe Rey ont réédité L’ombre d’une île du photographe Bernard Violet sous le titre À la rencontre de Malcolm de Chazal avec un texte de Senghor adressé à notre génie mauricien ; Point Barre a publié les aphorismes du recueil inédit Humour rose, à la suite des poèmes courts des contributeurs de la revue de poésie.