« Jardin qu’un dieu sans doute a posé sur les eaux / Maurice, où la mer chante et dorment les oiseaux. » Ces deux uniques vers représentent pour Daniel Arranjo le poème majeur que Paul Jean Toulet a écrit sur l’île. Le professeur de l’Université de Toulon, prix de la critique de l’Académie française 2003, a donné une série de conférences à Maurice, dans lesquelles il vient rappeler les vertus de la poésie de cet écrivain étonnant par son originalité.
Daniel Aranjo loue chez Paul Jean Toulet un sens aigu de la concision… « Dans son journal de l’île Maurice, écrit pendant le séjour de trois ans qu’il a passé ici, il avait déjà des formules définitives. Puis sa poésie montrera un mélange d’acuité et de rêve. En peu de syllabes, peu de lignes, il arrive à cerner le rêve dans une forme brève. » L’île Maurice se concentre dans son journal des premières années, puis elle se dissémine dans son oeuvre, de manière tout de suite identifiable même quand aucun patronyme ne permet de le confirmer.
S’il admirait Baudelaire, s’il le lisait et réfléchissait à sa poésie, il entretenait un rapport dialectique avec le courant symboliste. Notre interlocuteur suggère que son art de la contrerime est né de cette réflexion, venant ainsi apporter « un contour plus net au symbolisme qui cultivait le sens du mystère ». Cette nouvelle strophe qui a donné son titre à l’unique recueil dans lequel ses poésies ont été rassemblées, est composée de quatre vers, dont les rimes s’organisent en symétrie. Le premier vers répond au quatrième ; le deuxième vers, au troisième. Le texte ci-contre offre un autre exemple de poème écrit sur Maurice, selon ce principe dont il est l’inventeur.
« Un poème pouvait contenir une ou deux contrerimes. Elle était la fois moderne et imprévue, tout en revendiquant l’héritage d’un rythme et de la rime. » Particulièrement connu pour sa poésie, Paul Jean Toulet était maître aussi dans l’art du « roman éclaté », préfigurant en ce sens l’antiroman de Gide, ou même le nouveau roman dans les années cinquante. Dans le texte d’une des conférences qu’il vient de donner à Maurice, Daniel Aranjo décrit ainsi « Monsieur Paur, homme public », son premier « chef d’oeuvre » écrit en 1898, comme « un antiroman acide, somptueux, inquiétant, parfois satanique, éclaté, décentré, d’une extrême diversité de rythme, car ce romancier est un poète en prose, et un moraliste âcre en même temps qu’un traducteur subtil du Grand Dieu Pan d’Arthur Machen, un classique du roman d’épouvante, ou l’auteur d’un mariage de Don Quichotte (1902) inégal, prestigieux, fertile en épisodes secondaires, bien français de ton et inachevé. »