Le Prix du Roman Métis des Lecteurs de la Ville de Saint-Denis a été attribué jeudi dernier au dernier roman de Nathacha Appanah, Tropique de la violence, paru chez Gallimard en 2016. La romancière mauricienne remporte ainsi un 7e prix pour ce roman sur les adolescents déshérités de Mayotte. Soumis à un jury de spécialiste, le Grand Prix du Roman Métis 2017, qui a été annoncé le même jour, récompense quant à lui l’auteur tunisien Yamen Manai pour son troisième roman, L’Amas ardent, une fable écologique et politique mettant en scène un apiculteur en lutte pour sauver ses abeilles des frelons, métaphore du combat des lumières contre l’obscurantisme.
Mohammed Aïssaoui, président du jury du Grand Prix du Roman Métis, salue la richesse et le talent des oeuvres en lice cette année et se réjouit de voir Tropique de la violence, de Nathacha Appanah (Gallimard), récompensé du Prix du Roman Métis des Lecteurs de la Ville de Saint-Denis. « Deux grands écrivains pour une année exceptionnelle », résume-t-il. La ville de Saint-Denis a créé ce prix cette année, qui vient donc s’ajouter au Grand Prix du Roman Métis, en partenariat avec la direction des affaires culturelles – océan Indien.
Son jury est constitué de dix lecteurs des bibliothèques de la ville, qui ont lu l’ensemble des 35 romans francophones inscrits cette année pour le Grand Prix Métis, et ont effectué leur propre présélection, en respectant les mêmes critères que le jury de professionnels : la qualité littéraire de l’oeuvre et le respect des valeurs de métissage, d’humanisme et de diversité. Sur un ensemble de romans issus de 13 pays, ces grands lecteurs avaient également retenu au côté du livre de Nathacha Appanah, Petit pays de Gaël Faye, Cartographie de l’oubli de Niels Labuzan et Matière de l’absence de Patrick Chamoiseau.
S’ils récompensent finalement le 6e roman de l’auteure mauricienne, c’est qu’ils ont été particulièrement « touchés par la plongée dans l’enfer d’une jeunesse livrée à elle-même sur l’île française de Mayotte ». Ils relèvent également la sensibilité de l’écriture : « Nathacha Appanah n’a pas simplement écrit, mais l’encre de ce livre a buriné, taillé dans nos sentiments », déclare un des membres du jury, tandis qu’un autre avance que l’on « sort de ce livre avec un sentiment d’urgence à agir » ou encore : « Nathacha Appanah révèle en somme ce que la littérature a de meilleur : la capacité à cartographier et retranscrire sans pathos le réel tout en sensibilisant le lecteur. »
Rappelons que ce texte polyphonique nous fait croiser le destin d’une infirmière venue de métropole avec son compagnon mahorais, de plusieurs adolescents vivant dans un bidonville des faubourgs de Mamoudzou, dont Moïse, émigré clandestin, et Mo, un meneur de bande né Mayotte, mais néanmoins rejeté, d’un policier ou encore d’un travailleur social. Tous parlent à tour de rôle à la première personne retraçant le quotidien de ces enfants de rue qui sombrent dans la violence, les bagarres et divers trafics, sur l’île française de Mayotte, qui fait géographiquement partie de l’archipel des Comores, dans l’océan Indien que nous partageons ici. La romancière installée près de Caen, en France a déjà remporté six prix pour ce roman, dont le Prix Anna de Noailles de l’Académie française 2017 ou encore le Prix Fémina des lycéens.