La onzième conférence internationale sur le poète réunionnais du XIXe, Auguste Lacaussade, s’est achevée hier en fin de journée avec la présentation d’une exposition des travaux que les élèves de troisième année en Fine arts du MGI ainsi qu’une classe préprofessionnelle soutenue par le Rotaract de Port-Louis ont réalisés sous la supervision de Krishna Luchoomun (MGI) et Vina Ballgobin (UoM). Bien sûr pour cet enfant de la Réunion, métis et batard né à une époque où le fouet claquait encore, la question de l’esclavage restait d’actualité. Aussi est-elle présente dans les travaux des élèves tout autant que les valeurs que le combat pour la liberté, l’égalité et pour l’instruction du plus grand nombre a su amener.
Au nom des élèves de la classe préprofessionnelle qui a travaillé sur cette exposition dans le cadre d’un partenariat entre le MGI et l’Université de Maurice, Nirmal Hurry a donné hier au biographe de Lacaussade, le Pr Prosper Eve, un petit tableau intitulé « Un coeur en or » sur lequel les élèves ont dessiné le portrait du poète aux côtés des mots-clés, Liberté et Egalité. Ces valeurs sont intimement liées à l’enseignement qui pourrait être prodigué à partir de l’oeuvre et de la vie d’Auguste Lacaussade. Ces travaux sont exposés à la galerie du MGI jusqu’au 1er octobre. La consigne donnée aux étudiants était : « le portrait d’Auguste Lacaussade et les problèmes de son temps. »
Historiens, hommes et femmes de lettres de Maurice, de la Réunion, de France, d’Allemagne et de Chine ont présenté leurs travaux au cours de dix séances qui ont permis d’explorer à la fois les volets historiques et littéraires de l’oeuvre du grand poète, les questions liées à la traduction de son oeuvre en diverses langues telles que le hindi, l’allemand ou le chinois, ainsi qu’aux possibilités qu’elle laisse entrevoir en matière d’enseignement, tant dans les Mascareignes que plus généralement, dans le monde francophone. Ces travaux ont été réunis sous le thème « Auguste Lacaussade en fraternité mauricienne et les questions de son temps ».
Pour Prosper Eve, la question de savoir si l’oeuvre d’Auguste Lacaussade mérite d’être enseignée dans les établissements scolaires ne se pose pas, car la réponse est évidemment positive. Pourtant, cet auteur, au même titre que plusieurs de ses homologues réunionnais, n’est pas enseigné, pas plus à la Réunion que dans la métropole française, et dans les pays francophones. Ce lettré proche de Victor Hugo, traducteur du grec, de l’anglais et du polonais, ce romantique qui aimait l’Antiquité, cet être « hybride » qui s’est approché des Parnassiens a pourtant produit une oeuvre en français qui de l’avis des experts mérite d’être explorée davantage, étudiée et surtout transmise …
« On peut s’en rendre compte en lisant Les salaziennes en ligne aujourd’hui, nous indique Proper Eve, mais il est clair aussi que par exemple, Les Epaves est une oeuvre majeure qui n’a pas encore été étudiée à sa juste valeur. Des outils pédagogiques ont commencé à être diffusés dans la filière d’enseignement du français comme langue étrangère. Mais Auguste Lacaussade permet aussi d’aborder les Droits humains et de revisiter l’histoire de France au XIXe. Il a parlé de la Commune de la Révolution de 1848 comme jamais. » Aux côtés des paroles de cet historien, nous pourrions aussi nous inspirer pour mieux connaître ce poète, des analyses littéraires que fait Bruno Cunniah sur le thème des détresses intimes ou encore sur celui de la beauté, de l’amour et de la volupté. Nous pourrons aussi apprendre pourquoi cet homme peut être considéré comme un modèle, comme l’a démontré le Pr Michel Latchoumanin.