Sorti en octobre 2014 aux Éditions Pamplemousses, Camp Agonie, qui raconte une histoire bouleversante en abordant des thèmes universels, est le premier roman de Christine Duvergé, ancienne championne d’athlétisme mauricienne qui découvre les études et la littérature grâce à une bourse sports-études. À Maurice depuis le début du mois pour la promotion de son livre, Christine Duvergé, Senior Lecturer à l’University of California, aux Etats-Unis, où elle enseigne le français, rappelle que le point de départ de l’histoire est un rêve, mais que la trame est inspirée des expériences de ceux et celles qu’elle croise au quotidien.
« L’idée m’est venue dans un rêve. Je me suis levée un matin avec cette image d’une fille qui quitte son pays. Je ne sais pourquoi, mais on sent qu’elle fuit quelque chose. Elle reçoit un coup de téléphone 20 ans plus tard qui lui dit que sa mère est morte et qu’elle a la charge d’un jeune frère qu’elle ne connaît pas. C’est tout ! Je me réveille avec cette image qui me hante », raconte Christine Duvergé au Mauricien, qui la rencontrait quelques jours après son arrivée au pays. Intriguée, elle décide de creuser et commence à écrire l’histoire et développe des situations qu’elle puise dans des multiples rencontres qu’elle fait au quotidien.
« Je suis professeure et je rencontre tous les jours des étudiants âgés de 18 à 21 ans qui viennent partager leurs peines. Ils sont majoritairement issus de la classe minoritaire et ils sont les premières générations qui vont à l’université. Leurs parents, des immigrés du Mexique, sont des sans-papiers alors qu’eux, ils sont nés en Amérique et sont Américains. Leurs parents ne parlent pas la langue, ils sont pauvres, illettrés et sans papiers. Ils me parlent beaucoup de leurs problèmes : famille brisée, parents divorcés, pères absents, parents alcooliques, enfants battus… Ce sont des histoires qui me touchent, celles de marginalisés qui n’ont pas de voix et qui veulent se faire une place dans la société mais ne savent comment le faire. » Ainsi, elle décide d’être la porte-parole de ces sans voix. À plus forte raison qu’elle-même vit aux Etats-Unis, « un pays qui n’est pas le mien », précise-t-elle. « Il y a ce lien entre mes étudiants et moi. » Cependant, elle choisit de placer l’essentiel de l’histoire à Maurice, plus précisément à Chamarel. Pourquoi ? « Parce que j’ai mes racines à Maurice et que j’ai écrit ce roman pour les Mauriciens », répond-elle.
Au début de cet itinéraire, fait ressortir notre interlocutrice, c’est tout naturellement qu’elle estimait devoir écrire en anglais. « J’ai commencé à écrire en 2009 et il était tout à fait logique qu’ayant passé toutes ces années aux Etats-Unis j’écrive en anglais. Cependant, vers fin 2010–début 2011, j’avais fini l’histoire, mais je ne ressentais plus rien quand je la relisais. C’est là que je me suis rendu compte que l’anglais n’est pas ma langue de coeur. » Commence alors une nouvelle étape dans son travail d’écriture. « Je décide de traduire le roman en français, mais je commence à y apporter des changements. Il y a plus d’émotions. Je m’investis plus. La version française réalisée en trois mois n’a rien à voir avec la version originale », avance-t-elle.
Christine Duvergé souligne qu’elle écrit depuis qu’elle est jeune mais n’avait jamais songé à être publiée. « Je n’avais jamais non plus songé à faire des études et à avoir un doctorat. J’étais l’athlète qui devait s’entraîner pour devenir une élite et participer aux Jeux Olympiques. Je suis allée aux USA à l’âge de 18 ans pour devenir cette athlète d’élite et j’aurais terminé ma carrière à 30 ans avec les JO de 2000, mais j’ai fait la découverte des études. Il faut savoir qu’aux USA, durant les deux premières années d’université menant à un bachelor de littérature française, on fait plein de choses : langues étrangères, sciences, astronomie, nutrition… Et c’est par la suite qu’on choisit le “Major”. La bourse de 4 ans était terminée, j’ai fais la demande pour une autre bourse et j’ai pris ma retraite de l’athlétisme. » Christine Duvergé n’a pas pour autant abandonné la piste puisqu’elle court encore pour le plaisir avec son mari, qu’elle a rencontré en ces mêmes lieux.