Le poète Édouard Maunick ne sera pas probablement pas présent au prochain congrès du Conseil International des Études Francophones (CIEF), et le jury de cette éminente organisation lui décernera son prix annuel in abstentia. Mais le coeur y sera et sans doute battra-t-il fort d’un hémisphère à l’autre car une vidéo enregistrée permettra de voir et entendre au Centre de conférence de Grand-Baie, ce Mauricien au verbe « ensoleillé vif », rythmé par le chant des mers indocéanes.
Pour l’édition mauricienne de son congrès, le CIEF a choisi d’honorer le poète Édouard Maunick qui sera le récipiendaire du prix 2013 de cette organisation universitaire internationale. L’annonce en est faite depuis quelque temps sur le site web du CIEF qui distingue chaque année à l’occasion de l’ouverture de son congrès les écrivains et intellectuels du monde francophone. Cette distinction pour laquelle le poète mauricien installé en France ne pourra malheureusement pas faire le déplacement vient ainsi couronner l’ensemble de son oeuvre poétique et intellectuelle, et récompense d’une manière générale les auteurs « pour leur contribution exceptionnelle au développement des études francophones ». Daniel Maximin, un autre poète héritier et proche de Césaire, avait reçu ce prix en 2011, Antonine Maillet en 2010, Michel Tremblay en 2009, Paule Constant et René Depestre en 2008, Maryse Condé en 2006 et un autre auteur mauricien en 2007 en la personne d’Ananda Devi.
Si ce congrès créé en 1987 au Canada ne s’est jusqu’ici jamais déplacé dans l’hémisphère sud, il n’a donc pas boudé les auteurs du sud-ouest de l’océan Indien, particulièrement ceux de Maurice. Le nom de JMG Le Clézio avait été envisagé pour cette édition 2013 mais celui-ci étant en Amérique Latine à cette période, cela rendait la démarche plus complexe. Aussi aurait-il estimé n’avoir pas spécialement contribué aux études francophones en tant que telles, n’ayant pas fait de carrière universitaire sur ces questions. Cette approche littérale de l’énoncé du prix ne semble toutefois pas être celle de ses concepteurs qui récompensent les écrivains avant tout, en ce sens qu’ils livrent par leurs écrits la matière première de ces mêmes études francophones.
Comme nous l’explique la présidente du Conseil International des Études Francophones, Eileen Lokha, « Ce prix est un genre de Life Time award pour l’ensemble de l’oeuvre. Il va à la personne à laquelle on pense tout de suite lorsqu’on pense à une région. Difficile de dire qu’Édouard Maunick n’est pas le doyen de l’écriture mauricienne, même s’il n’est plus aussi productif ces jours-ci. Ananda Devi a été primée en 2007, JMG Le Clézio ne peut venir. De plus, les autres, plus jeunes qu’Édouard Maunick, ont encore une chance d’avoir ce prix plus tard. »
Édouard Maunick a publié son dernier recueil il n’y a pas si longtemps, en 2005 : 50 quatrains pour narguer la mort. Les émissions radiophoniques culturelles qu’il a produites dans sa jeunesse en France tout comme son passage à l’Unesco ont peut-être contribué à ce prix. Mais il y a de fortes chances que le jury international du CIEF ait surtout retenu ses vers, cette poésie au rayonnement indéniable dans toute la sphère francophone et au-delà. Des textes qu’il faut peut-être rappeler aux jeunes générations : Toi Laminaire, italiques pour Aimé Césaire qu’il adressait aux poètes de la négritude en 1990, Les Manèges de la mer sorti en 1964, Fusillez-moi en 1970, Ensoleillé vif (Prix Apollinaire 1977), Paroles pour solder la mer (1988). Édouard Maunick a eu d’autres honneurs pour son oeuvre tels que le Grand Prix International de Poésie 2001, le Grand Prix de la francophonie de l’Académie française (2003) et Grand Prix Léopold Sédar Senghor (2004). Malgré l’âge et la maladie, malgré aussi la tristesse qui l’a envahi depuis la disparition de son épouse, Édouard Maunick sait encore faire résonner la parole qui l’a fait homme et émouvoir son auditoire, comme il l’a d’ailleurs démontré récemment au salon international du livre.