Lauréat du prix Goncourt 1987 pour son roman La nuit sacrée, l’écrivain marocain Tahar Ben Jelloun sera à Maurice au début du mois de mars pour une série de conférences, dont une publique à l’Institut français de Maurice (IFM), à Rose-Hill, le mercredi 9 mars, à 18 h. Tahar Ben Jelloun appartient à une génération d’écrivains marocains qui écrivent en français. À travers son oeuvre, il apporte un éclairage sur la culture maghrébine, peu connue du monde.
Durant son séjour, Tahar Ben Jelloun interviendra à deux reprises pour le grand public. Le 9 mars, à l’IFM, la conférence sera sur le thème Le Printemps arabe et après. Cette conférence aura pour modérateur le linguiste Issa Asgarally. Il participera aussi à une édition spéciale de l’émission culturelle et littéraire Passerelles, animée par Issa Asgarally, sur la télévision nationale, et dont la date n’a pas encore été communiquée. De plus, sur invitation de la présidente de la République, Ameenah Gurib-Fakim, l’écrivain interviendra à la State House. Cultures, quelles véritables rencontres ? sera le sujet du vendredi 4 mars à 16 h 30, à Réduit. Le mardi 8 mars, une conférence aura lieu à la Résidence de France, à 18 h 15 sur le thème Que peut la littérature ? Ces deux conférences seront accessibles sur invitation seulement.
Né à Fès, Tahar Ben Jelloun a grandi à Tanger et a fait des études universitaires de philosophie à Rabat. Ses études ont, toutefois, été interrompues par un séjour forcé de 18 mois dans un camp militaire (1966-1968), et c’est là qu’il a commencé à écrire. Par la suite, il a enseigné la philosophie dans les lycées marocains et en 1971, à la suite de l’arabisation de l’enseignement au Maroc, il s’installe à Paris pour poursuivre ses études (Ndlr : le Maroc vient tout juste de décider de revenir au français comme langue d’enseignement). Dans une interview accordée au Mauricien, lors de son séjour en 2001, en tant que président du jury du prix Jean Fanchette, il affirme : « Quand j’ai pris la décision de quitter mon pays, en 1971, pour me réfugier en France, la situation était très tendue au Maroc. On était en pleine répression et une véritable chasse aux intellectuels s’y était engagée. Après les 18 mois d’isolation que j’ai vécus dans le camp de concentration, je n’étais pas du tout prêt à recommencer l’expérience ! » Cependant, précise-t-il, « je ne me suis jamais exilé du Maroc. J’y vais toujours, quatre ou cinq fois par an ».
En 1972, il commence sa collaboration avec le journal Le Monde. Il continue à écrire et, en 1987, il décroche le prix Goncourt pour son roman La Nuit sacrée, une suite de son autre roman L’Enfant de sable, sorti en 1985. Homme engagé, militant contre toute forme d’injustice, dont le racisme, Tahar Ben Jelloun traite ces thèmes dans son oeuvre dont, dit-on, « son originalité réside dans son art de saisir tous les aspects de la tradition et de la culture maghrébine en une symbiose singulière avec la vie quotidienne et les problèmes sensibles de la société ». Il met en scène des sujets tabous, parle des marginaux de la société, surtout des « femmes soumises » dans une société régie par les hommes. Au Mauricien, il a affirmé : « Les femmes heureuses qui vivent bien leur vie n’ont pas besoin de moi. » Pour lui, « la littérature doit fouiller dans les problèmes ». C’est ainsi que l’on découvrira dans son dernier roman, Le Mariage de plaisir (ndlr : voir résumé plus loin), édité dans la collection blanche chez Gallimard, la réalité de cette pratique qu’on appelle aussi « le mariage de jouissance ou le mariage temporaire », qui consiste à ce qu’« un homme contracte un mariage d’un jour, d’une semaine ou d’un mois avec une femme afin qu’il puisse jouir de ses plaisirs en l’absence de celle-ci », une pratique condamnée par certaines écoles islamiques, dont les sunnites. Auteur prolifique, Tahar Ben Jelloun a, à son actif, une quinzaine de romans, de nouvelles, de recueils de poésie et d’essais.