On fera remonter la violence (notion hypervaste selon Markus Arnold, chercheur-enseignant à l’École Supérieure d’Art de la Réunion) à la mise à l’écart identitaire, à la tension inhérente à un certain nombre de choses : frustration, marginalisation, déchirures intimes ou collectives. Markus Arnold nous dit que violence et interculturalité sont intimement liées, lui qui a travaillé à partir d’un corpus de romans mauriciens. Il s’est attardé à un certain nombre de motifs : genre, race, classe. Il y a, outre ces blocs, piliers identitaires majeurs, la violence symbolique qui, dit-il, n’a pas des effets aussi concrets. Il y a des violences très subtiles exercées par des traditions avant de devenir violences concrètes. Les écrivains de la nouvelle génération sont ultra-contemporains (par rapport à une minorité qui parle du passé.). Dans le roman contemporain mauricien, le regard des auteurs va souvent du passé (en tenant compte de ses séquelles) vers le présent. Markus Arnold parle aussi du confinement de l’espace, de l’exil, de l’hybridation identitaire, du nomadisme des écrivains mauriciens qui sont une source de création énorme — création et tension par rapport à une source identitaire.
Karel Plaiche aborde, elle aussi, le contexte qui pousse à écrire sur la violence. Elle a soutenu une thèse en décembre 2012 à La Réunion, intitulée : États et écritures violentes en Afrique contemporaine. La représentation des conflits armés et des violences de masse dans les fictions africaines subsahariennes francophones. Son travail se situe plutôt dans une perspective anthropologique. Elle a rassemblé un corpus de 30 textes (romans, nouvelles) liés aux événements de guerre en Afrique contemporaine. Elle a étudié les écrivains africains « non rescapés » – ceux qui ne sont pas exposés directement à cette violence. Si dans une première partie, historique, sociologique, il s’agit de penser le rapport entre la langue et le traumatisme, son travail comprend une deuxième partie consacrée à l’analyse des textes, la manière de dire la violence, les modes de représentation.
Bruno Jean-François a, dans le cadre de sa thèse, étudié la poétique de la violence dans le récit francophone contemporain. Il a cherché à comprendre comment s’écrit aujourd’hui la violence dans le monde francophone à partir d’un corpus de textes comprenant au moins un auteur des principales régions francophones (océan Indien, Afrique subsaharienne, Caraïbes, Maghreb, Proche-Orient, Canada, Europe francophone, etc.). « J’ai voulu comprendre quels étaient les motifs de cette écriture, aussi bien au niveau de la représentation de la violence, que de la violence de la représentation… », dit-il. Quels types d’espaces ? Quels types de personnages ? Quelles catégories sociales ? Quels motifs esthétiques aussi : le dévoilement du corps par exemple sont autant d’interrogations qui complètent ses recherches.
Nous avons réuni cette semaine trois chercheurs et essayé de trouver (dans une présentation succincte) des convergences pour ce qui est de la violence usée dans le travail de l’artiste. Ces chercheurs ont, par ailleurs, donné une conférence à l’IFM jeudi soir. Nous reproduisons ci-dessous un extrait de l’intervention de Bruno Jean-François.